Romans français

Seule en sa demeure, Cécile Coulon

Fan du « Rebecca » de Daphné du Maurier? Précipitez vous sans tarder sur le dernier roman de Cécile Coulon qui vient tout juste de paraître et dont le titre glaçant se suffit presque à lui-même : « Seule en sa demeure« !

En 2 mots : L’histoire d’une jeune mariée, au XIXe siècle, qui quitte sa famille pour vivre dans la propriété perdue au milieu des bois de son époux. Une atmosphère inquiétante règne sur cette demeure encerclée par les arbres et la nouvelle maîtresse des lieux a bien du mal à s’y sentir à l’aise. Une solitude renforcée par l’attitude distante et réservée de son mari, lui dont la première épouse est décédée seulement 6 mois après leur mariage…

Mon avis : J’ai adoré cette ambiance mystérieuse et tourmentée, cette tension que l’on sent monter crescendo à mesure que les secrets s’accumulent. Le côté sombre et oppressant de la nature donne d’ailleurs tout son charme à ce huis clos feutré. Aux côtés d’Aimée, je me suis posée mille questions sur ce mari si rigoriste, sur les secrets qu’ils pourraient dissimuler à sa femme, sur cette menace que l’on sent planer sur le domaine…

J’ai tout aimé dans ce roman que j’attendais avec impatience, déjà conquise d’avance par ce titre et cette sublime couverture! Le récit, aux allures de conte qui vire au cauchemar, a également tenu toutes ses promesses tant l’écriture s’est révélée envoûtante, comme pour mieux garder le lecteur lui-aussi captif en cette demeure… Bref, une histoire incroyablement puissante et immersive !

Références : « Seule en sa demeure« , Cécile Coulon, aux éditions de l’Iconoclaste, 333 pages, 19€.

Policiers

Le major parlait trop, Agatha Christie

En 2 mots : En vacances aux Antilles, miss Marple fait la connaissance du major Palgrave, un vieux raseur qui adore ressasser les mêmes histoires sans prêter attention aux oreilles indiscrètes. Il a d’ailleurs une formidable anecdote à raconter à la vieille demoiselle à propos d’un meurtrier qui aurait déjà tué deux de ses épouses sans se faire prendre, ici dans les Antilles. Alors qu’il est sur le point de lui montrer une photo de cet individu, le major s’interrompt soudain, les yeux fixés sur quelqu’un puis change brusquement de sujet. Le lendemain, il est retrouvé mort…

J’ai trouvé qu’il y’avait quelques petites incohérences dans ce récit et que la fin pouvait se deviner un peu plus facilement que d’habitude! Néanmoins, j’ai apprécié l’exotisme de cette enquête! C’est agréable de voir Miss Marple prendre le soleil et enquêter les pieds dans l’eau dans un hôtel de rêve. Ce n’est clairement pas mon Marple préféré mais cela reste une lecture agréable et sans prise de tête!

Références : « Le major parlait trop« , Agatha Christie, aux éditions Le livre de poche, 222 pages, 5,60€.

Romans français

Mon mari, Maud Ventura

Une lecture tellement atypique, je suis conquise par cette petite pépite signée Maud Ventura!

En 2 mots : Une semaine glaçante dans la vie d’un couple a priori sans histoire. Mariés depuis 13 ans, deux enfants, une belle maison et la réussite qui va avec. Bien évidement, tout cela n’est qu’une façade et le mal, bien tapi dans l’esprit de l’épouse, tisse sa toile autour de cette famille décidément bien particulière

Car dans « Mon mari » il faut surtout chercher la femme! C’est elle, cette amoureuse folle jusqu’à l’obsession, qui illumine le roman de sa puissance, flamboyante et inquiétante à la fois. Dès les premières lignes, on sent bien que quelque chose ne tourne pas rond dans la tête de cette femme, qu’elle est complètement zinzin, obsessionnelle et maladivement dépendante de son mari qui, lui, semble bien terne en comparaison

Elle, elle organise toute sa vie en fonction de lui, dissèque chacun de ses propos, enregistre leurs conversations pour mieux les analyser par la suite, note ses « fautes » dans un carnet en lui attribuant de justes punitions, bref on est face à une femme psychologiquement instable, à la limite de la folie. Un personnage fascinant, maladivement angoissé et qui s’auto persuade d’être dans son bon droit, trouvant des justifications à tous ses comportements extrêmes. Une femme complexe qui ne semble pas pouvoir exister sans son mari alors qu’elle affiche une force de caractère impressionnante

Bref, jai adoré détester cette femme -si éloignée de l’idée que je me fais du couple- pourtant ses obsessions m’ont fasciné. Je n’en revenais pas de son degré de perversité et de ses manigances pour éprouver l’amour de son mari. Tant de contrôle et de rigueur sans jamais pouvoir se sentir en sécurité c’est juste dingue, hyper original et dérangeant!

Références : « Mon mari« , Maud Ventura, aux éditions de l’Iconoclaste, 355 pages, 19€ .

Feel Good

La charmante librairie des jours heureux, Jenny Colgan

Mon petit coup de ❤ du moment ! Un super feel good, signé par la britannique Jenny Colgan, à qui l’on doit notamment la série « la petite boulangerie du bout du monde« .

En 2 mots : Dans ce roman, nous faisons la rencontre de Nina, une jeune bibliothécaire au chômage qui décide de transformer un vieux van en librairie ambulante pour sillonner l’Écosse. Une belle idée qui séduit les habitants des petits villages isolés des Highlands en manque de lecture!

Mon avis : Grande amoureuse de l’Écosse, j’en ai pris plein les yeux avec ce roman qui met en lumière toute la beauté de ce pays et de ses habitants ! Nina quitte une ville de Birmingham bruyante, polluée et oppressante pour s’épanouir dans un petit village des Highlands et vivre pleinement sa passion pour les livres. Comme elle, j’ai eu l’impression de mieux respirer et de m’apaiser en lisant ce récit d’un changement radical de vie pour un environnement plus sain et naturel. J’ai d’ailleurs trouvé son parcours vraiment inspirant d’autant que son franc succès fait plaisir à voir.

On retrouve également beaucoup des ingrédients qui ont fait le succès de « la petite boulangerie » : rudesse et beauté des paysages préservés, petite communauté unie et chaleureuse, soirée cocooning au coin du feu, histoire d’amour mal embarquée et pourtant si évidente!

Bref, foncez, c’est tout simplement un bol d’air pur qui revigore et apaise en même temps 🤗

Références : « La charmante librairie des jours heureux« , Jenny Colgan, aux éditions Pocket, 432 pages, 7,95€.

Romans étrangers

Le restaurant de l’amour retrouvé, Ogawa Ito

« Un petit chef-d’œuvre gastronomique et littéraire » dixit la couverture ? Oh que oui! Ce roman japonais est une petite merveille de poésie et de délicatesse 🤗!

En 2 mots : l’histoire de Rinco, une jeune fille japonaise qui perd sa voix après une rupture amoureuse brutale. Démunie, elle n’a d’autre choix que celui de retourner chez sa mère, dans son village natal, après 10 ans d’absence. Là, toujours muette, elle décide de se consacrer entièrement à sa passion : la cuisine. Aidée de son ami Kuma, Rinco ouvre un minuscule restaurant – baptisé « l’escargot » – dont la particularité est de n’avoir qu’une seule table. Chaque soir, elle imagine un menu personnalisé pour ses convives, se fiant à son intuition pour choisir les mets parfaits pour eux. Bientôt se répand la rumeur que dîner à « l’escargot » aurait des vertus magiques, notamment celle d’exaucer les vœux de ceux qui goûtent la cuisine de Rinco…

Mon avis : lu en quelques heures, je ne pouvais tout simplement pas m’arrêter tant j’étais captivée ! Bien que glacée par la fin du roman, j’ai vraiment apprécié cette lecture, son atmosphère feutrée, la simplicité et l’abnégation de Rinco ainsi que sa cuisine, si exotique pour la française que je suis! J’y ai trouvé un véritable univers, parfois contradictoire ou décalé – l’animal domestique de la mère de Rinco étant tout de même un cochon nommé Hermès, choyé comme un roi – mais toujours ancré à l’essentiel.

Au-delà du voyage gastronomique, c’est aussi un magnifique roman sur la transmission et la filiation, sur les liens familiaux entravés par la pudeur et la retenue avec, en trait d’union, la cuisine comme ultime passerelle pour révéler et traduire ses sentiments quand on ne peut les exprimer à voix haute.

En bref, ce roman est une belle parenthèse de lecture, un moment suspendu où l’on se laisse gagner par la force tranquille de son héroïne qui nous charme par sa personnalité autant que par sa cuisine authentique et savoureuse!

Références : « Le restaurant de l’amour retrouvé« , Ogawa Ito, aux éditions Picquier, 224 pages, 8€.

Romans étrangers

Le chant de la rivière, Hannah Richell

Ce livre, c’est vraiment tout ce que j’aime : une Angleterre automnale et mélancolique, une belle demeure à la campagne ainsi qu’une famille tourmentée par ses secrets!

En 2 mots : Les Sorrell se rassemblent à l’occasion du mariage de l’une des trois filles, Lucy. Depuis la séparation des parents, Ted et Kit, l’unité familiale a volé en éclat et les trois sœurs ne sont plus aussi proches qu’auparavant. Margot, la cadette et mouton noir de la famille, ne parle d’ailleurs plus à sa mère depuis des années, coupable d’avoir mis le feu au dernier roman de Kit, écrivain à succès. D’ailleurs cette dernière n’a, depuis l’incendie, plus écrit une seule ligne. Quant à Eve, l’aînée, elle joue à la parfaite mère de famille avec son époux et ses deux enfants, courant partout pour organiser un mariage de rêve à Lucy qui, la pauvre, n’en demandait pas tant… Tous les ingrédients sont donc réunis pour que ce soit explosif!

Mon avis : J’ai aimé l’effervescence de cette histoire qui s’étale sur la semaine précédant le mariage, avec quelques allers-retours dans le passé pour démêler les différentes tensions entre les membres de la famille Sorrell. Il se dégage une belle énergie de ces personnages ainsi que de la nature, très présente dans ce récit. Enfin le mariage, magnifique et mélancolique, m’a beaucoup touché par sa joie de vivre et sa poésie.

Rancœurs, jalousies et non-dits font le sel de cette histoire riche en rebondissements et entrecoupée de véritables moments de grâce et de complicité. J’ai d’ailleurs souvent été surprise par certains éléments du récit qui n’étaient pas ce à quoi je m’attendais de prime abord ; en ce sens, l’auteure m’a agréablement surprise en m’entrainant loin des sentiers battus et des clichés. Les amateurs de saga familiale à l’anglaise apprécieront ce joli roman qui fleure bon la campagne et la nature dans toute sa splendeur!

Références : « Le chant de la rivière« , Hannah Richell, aux éditions Belfond, 395 pages, 21€.

Romans français

From Jackie with love, Hermine Simon

Bon, les Kennedy c’est un peu l’un de mes sujets de prédilection, alors quand j’ai vu passer ces « mémoires fictives » de Jackie Kennedy (« From Jackie with love » de Hermine Simon), j’ai sauté dessus! L’ouvrage balaie la vie de la first lady, de son enfance à son mariage avec John Kennedy, de leur accession à la maison blanche à l’assassinat de Dallas, puis les années Onassis jusqu’à son décès en mai 1994. Malheureusement, je ressors de ma lecture particulièrement frustrée 😓.

Déjà, j’ai eu beaucoup de mal avec l’utilisation de la première personne du singulier et les mots prêtés à Jackie par l’auteure, qui s’imagine dans la peau de la first lady la plus emblématique des Etats-Unis. J’ai souvent pensé « mais non ce n’est pas possible, Jackie n’aurait jamais dit ou pensé cela », bref cela reste bien sûr très subjectif…

Je suis également restée sur ma faim car j’ai trouvé ce roman biographique très très superficiel, n’effleurant qu’en surface la personnalité et les grands moments de la vie de Jackie Kennedy. Trop de passages manquent de profondeur et auraient mérités que l’on s’y attarde longuement. Malheureusement, ils ne sont que survolés. En revanche, on a d’interminables descriptions sur les robes et tenues…

Reste que j’ai été contente de retrouver ces « personnages » devenus emblématiques même si je n’ai pas appris grand chose et que la Jackie que j’ai découverte dans ce livre a tout d’une héroïne de roman à l’eau de rose mais trop peu de consistance. Elle était tellement plus que ça! Vraiment dommage😓

Références : « From Jackie with love« , Hermine Simon, aux éditions Charleston, 320 pages, 19€ .

Non classé·Romans français

Ainsi gèlent les bulles de savon, Marie Vareille

En 2 mots : Marie Vareille questionne ici la maternité et les rapports mère/fille à travers 3 personnages féminins savamment étudiés : la future mère épanouie devenue une jeune maman en plein postpartum, l’adolescente paumée et la mère accomplie (du moins en apparence). Au delà des clichés, l’auteure tisse une toile habile entre ces 3 femmes dont les destins sont plus intimement liés qu’il n’y parait de prime abord.

Mon avis : J’ai adoré ce roman qui donne un bon coup de pied dans la fourmilière et qui aborde avec subtilité les bouleversements de la maternité. J’ai l’ai surtout trouvé déculpabilisant et amenant de nombreuses possibilités de réflexion et de discussion. Très bien écrit, le roman amène une petite dose de suspens tant on se prend à chercher les liens qui pourraient bien exister entre les héroïnes. A l’arrivée, je n’ai pas été déçue!

Les personnages se révèlent touchantes car profondément humaines avec leurs fêlures et cette culpabilité écrasante dont elles peinent à se défaire. L’injonction d’être une mère parfaite pèse encore profondément sur les épaules des femmes d’aujourd’hui qui ont le sentiment de ne jamais en faire assez ni d’être suffisamment à la hauteur des standards en vigueur. Marie Vareille leur octroie ici le droit de briser les codes, de commettre des erreurs, d’essayer de les réparer, de demander de l’aide et de dire stop quand ça ne va pas. Elle met en lumière différents types de mère, sans jugement, en soulignant que derrière le sacro saint règne des apparences, la vérité n’est pas toujours aussi belle que ce que l’on veut faire croire aux autres… Etre mère n’est pas toujours innée et ce cheminement peut nécessiter du temps et du soutien.

En bref, que ça fait du bien d’envisager la maternité sous différentes façons – et pas toutes des plus glorieuses ! À mettre d’urgence entre les mains des futures et/ou jeunes mères, sans oublier les papas!

Références : « Ainsi gèlent les bulles de savon« , Marie Vareille, aux éditions Charleston, 368 pages, 19€.

Romans étrangers

Héroïnes, Sarah-Jane Stratford

En 2 mots : Au début du roman, la scénariste Phoebe Adler, accusée à tort d’être « une rouge », n’a d’autre choix que de fuir New-York pour l’Angleterre afin de continuer à exercer librement son métier. Là, un groupe d’américains exilés et blacklistés la prend sous son aile, notamment Hannah, productrice déléguée sur le point de lancer une nouvelle série révolutionnaire « les aventures de Robin des bois »! Un joli pied de nez à la censure américaine qui a contraint bon nombre de ses concitoyens à devenir des hors la loi dans leur propre pays…

Mon avis : Sujet passionnant que cette période trouble de l’histoire des États-Unis où chacun vit dans la peur à l’idée d’être accusé d’être ou d’avoir des accointances avec un communiste. Une période anxiogène et malsaine, qui voit son lot de dénonciations calomnieuses et de procès à charge, au nom de la défense de la patrie. Cette chasse aux sorcières est particulièrement virulente dans le petit monde du cinéma et des médias, contraignant les intellectuels à l’exil ou à l’emprisonnement. J’ai appris beaucoup au cours de cette lecture qui a ravivé mes cours d’histoire sur la guerre froide. Richement documenté, le roman restitue bien cette atmosphère délétère, chacun soupçonnant tout le monde et craignant d’être dénoncé ou accusé à tort.

« Héroïnes » fait brillamment la part belle aux femmes qui résistent – Phoebe et Hannah en-tête – refusant de se soumettre et de contraindre leur liberté de parole et de penser. Leurs idées s’exprimeront par le biais de la formidable portée médiatique de leur série télévisée ! Coup de ❤!

Références : « Héroïnes« , Sarah-Jane Stratford, aux éditions Belfond, 432 pages, 21€.

Non classé·Romans français

Le parfum des fleurs la nuit, Leila Slimani

En 2 mots : Une belle introspection de la part de l’auteure qui accepte, le temps d’une nuit, de se laisser enfermer dans le musée de la Punta Della Dogana (Douane) à Venise. Une idée un peu folle, proposée par son éditrice dans le cadre du projet « ma nuit au musée » lancé par les éditions Stock. Là, au milieu des œuvres d’art, Leila Slimani déambule, s’émeut ou reste perplexe devant les propositions artistiques toutes plus barrées les unes que les autres. Une nuit d’errance magnifique, durant laquelle elle convoque les «fantômes» qui lui sont chers mais également les souvenirs de son enfance au Maroc, tout en s’interrogeant sur son rapport à l’écriture, la littérature, la foi, l’art, aux autres, etc. L’inspiration sera t-elle au rendez-vous?

Mon avis : J’ai eu peur, en lisant les premières pages, que ce soit très nombriliste. Il n’en est rien car Leila Slimani m’a totalement embarqué dans son univers. J’attendais une histoire, le récit d’une nuit inattendue et je l’ai bel et bien eu. J’ai découvert une femme complexe, pleine de doutes et d’incertitudes. Surtout, j’ai aimé ses belles réflexions ainsi que les références littéraires et artistiques qui jalonnent cette nuit – un peu magique, aux frontières du fantastique et du surnaturel – au musée. Leila Slimani livre ici un récit intimiste, acceptant de lever un peu le voile sur ses fragilités au cœur d’une nuit solitaire, dans ce merveilleux décor propice aux confidences…

Références : « Le parfum des fleurs la nuit« , Leila Slimani, aux éditions Stock, 140 pages, 18€.