Non classé·Romans français

Le roman de Molly N., Sophie Carquain

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En 2 mots : Sophie Carquain nous fait découvrir la vie – romancée – de Molly Norris, caricaturiste américaine ayant intégré le programme de protection des témoins, après avoir réalisé une caricature du prophète Mahomet en 2010. Une histoire vraie, passionnante et intense, que l’auteure, marquée par ce destin hors du commun, choisi de prolonger en imaginant ce que Molly a pu devenir, une fois entrée dans l’anonymat…

Mon avis : Un roman prenant, où tout sonne juste, sur la descente aux enfers de cette cartooniste qui avait tout pour être heureuse. Ce récit est avant tout celui d’une histoire incroyable, improbable et pourtant vraie : comment cette dessinatrice branchée de Seattle s’est-elle fourrée dans un tel pétrin? Au point d’avoir dû disparaître pour sauver sa vie, vivre cette demi-existence à laquelle une fatwa la condamne…

L’auteure imagine le quotidien de Molly et de sa fille, après avoir intégré le programme de protection des témoins : nouvelles identités, profession, nouveau pays, etc. Elle continue à dérouler le fil, comble les blancs de la vie de Molly depuis qu’elle a dû disparaître. Elle imagine, déduit, prolonge l’existence de celle qui a sombré dans l’oubli, coupable d’avoir dessiné une caricature qui ne passe pas. Surtout, l’auteure met en exergue cette angoisse latente, qui peine à les quitter et se fait obsédante, ce sentiment de n’être jamais en sécurité. Etre sans arrêt sur le qui vive , ne faire confiance à personne, ne jamais trouver le calme ni la paix, se sentir traquer en permanence constituent désormais le quotidien de la mère et de sa fille.

En revanche, j’ai eu du mal à éprouver de la sympathie pour cette femme égocentrique, même si j’en ai eu pour le malheur qui l’a accablé, elle et ses proches. J’avoue que le nom de cette caricaturiste m’était inconnu avant de me plonger dans ce livre et j’ai réellement appris beaucoup de choses au cours de ma lecture. Une lecture qui m’a fait réfléchir, cogiter et revivre des événements marquants de la mémoire collective, et ce dès les les premières pages : l’émotion s’impose ainsi lorsque le livre s’ouvre sur l’attaque de Charlie Hebdo. L’évocation de cette tragédie provoque toujours chez moi une réaction épidermique tant cette journée m’a marqué et ébranlé.

Sophie Carquain se livre ici à une mise en abîme très réussie, en dévoilant ses propres doutes lors des phases d’écriture et de recherche. En creux se dessine bien évidemment le thème central et ô combien d’actualité de la liberté d’expression.

En bref, un roman passionnant entre fantasme et réalité.

Références : « Le roman de Molly N. » , Sophie Carquain, aux éditions Charleston, 416 pages, 19€.

Non classé·Policiers

Les indiscrétions d’Hercule Poirot, Agatha Christie

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En 2020, je continue à (re)découvrir les classiques d’Agatha Christie ! Pour février, j’ai choisi le titre « les indiscrétions d’Hercule Poirot« , un moyen sûr de retrouver mon détective préféré 😉 !

En 2 mots : Dans ce roman policier choral et familial, Poirot pénètre les secrets de la famille Abernethie, touchée par le récent décès du patriarche. En apparence, rien d’anormal : Richard était âgé et sa santé mauvaise. Mais lorsque Cora, la jeune sœur de Richard, que personne n’a vu depuis plus de 20 ans, annonce tout à trac après les funérailles : «mais il a bien été assassiné, non?», le doute s’installe. D’autant plus lorsque Cora est retrouvée sauvagement assassinée à la hachette, dès le lendemain…

Mon avis : Un Agatha Christie qui tisse sa toile dans le milieu de la gentry anglaise avec cette atmosphère et ses décors typiquement anglais : vaste demeure à la campagne, grande famille désordonnée et pleine de secrets, assassinats mystérieux, etc.

Poirot m’enchante à nouveau par son talent pour exposer et disséquer les faits avec méthode, se laissant guider par son intelligence et sa logique. Je l’ai néanmoins trouvé un peu brouillon au début, difficile en effet de s’y retrouver dans la multitude de personnages qui compose la famille Abernethie et son entourage. Dans cette affaire de famille complexe, rien n’est évidemment simple : les personnages sont de parfaits étrangers les uns pour les autres et dissimulent de sombres secrets que Poirot parviendra à révéler en pleine lumière, me stupéfiant une fois de plus…

Références : « Les indiscrétions d’Hercule Poirot« , Agatha Christie, aux éditions du Livre de poche,251 pages, 5,60€.

Non classé·Romans français

Les os des filles, Line Papin

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En 2 mots : Dans ce petit texte, la romancière Line Papin évoque l’histoire complexe de sa famille et de ses origines, son parcours tumultueux pour trouver sa placer et parvenir à exister malgré ses bleus au corps et à l’âme, qui la marquent jusqu’au plus profond d’elle même, jusque dans ses os. Elle se raconte et s’adresse à celle qu’elle a été en 1995 – lors de sa naissance à Hanoï – à la petite fille de 2005 – arrachée brutalement au Vietnam pour venir vivre en France, le pays de son père – à l’adolescente de 2010 – anorexique et dépressive – puis à la jeune femme de 17 ans en pleine reconstruction et de retour sur cette terre vietnamienne tant aimée.

Mon avis : un livre dont j’avais vraiment envie de vous parler! J’ai été touchée/émue/embarquée/captivée par ce récit intime et viscéral, celui d’un écartèlement entre deux pays, deux cultures, deux langues, deux manières d’être au monde.

Tout d’abord, Line Papin m’a donné envie de découvrir le Vietnam, elle qui a su si bien retranscrire l’exotisme et la fureur de vivre qui agitent Hanoï, personnage à part entière. Un attachement qui va crescendo, à mesure que la nostalgie et le manque viscéral de sa terre natale se font sentir.

Puis c’est son style si particulier qui la distingue. Son écriture délicate sait se faire incisive et précise pour dire les mots et les maux au plus juste de ses ressentis. Line Papin tranche dans le vif, ne prend pas de gants pour dire les choses mais elle y met les formes. Elle parvient ainsi à faire danser et se percuter les mots pour aller à l’essentiel, sans s’embarrasser de superflu. Pas une phrase n’est de trop dans cette introspection ciselée que constitue « les os des filles« .

A pas feutrés, presque en murmurant, elle nous invite dans son histoire familiale : d’abord celle de sa grand-mère, Ba, dans le Vietnam de la seconde guerre mondiale, puis celle de ses parents dans une Hanoï en pleine mutation. Puis le récit se scinde en deux : l’enfance vietnamienne et lumineuse de la petite Line suivi de sa descente aux enfers, lors de son déracinement pour la France. Cette seconde partie, dure et brutale, prend littéralement aux tripes. Lorsqu’elle évoque sa souffrance, le manque du pays qui l’a vu naître et des siens, son anorexie, l’auteure choisi de s’exprimer avec élégance. Ainsi, elle utilise la métaphore de la guerre pour évoquer cet état de délabrement qui s’installe insidieusement en elle. Et ça sonne drôlement juste…

Cette désincarnation, ce désinvestissement d’elle-même au point de devenir une ombre, un fantôme qui se meurt d’avoir été ainsi privé de tout ce qui lui était essentiel est remarquablement bien décrit. Elle est parvenue à « dire » sa douleur, à l’extraire d’elle même pour la coucher sur le papier et ainsi la regarder bien en face. Pour expier, exorciser, (re)vivre à nouveau. Un récit puissant, dont on sort exsangue, mais avec une confiance et un espoir en l’avenir tout aussi fort!

Références : « Les os des filles« , Line Papin, aux éditions du Livre de poche, 184 pages, 7,20€.

Non classé·Romans français

Les choses humaines, Karine Tuil

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En 2 mots : Jean Farel, présentateur vedette à la TV, mène une vie parisienne bourgeoise, ne se préoccupant que de lui-même et de ses intérêts. Séparé de sa femme, Claire, une essayiste à la mode aussi froide et insensible que lui, ils se préoccupent tous deux fort peu de leurs fils Alexandre, jeune garçon promis à la gloire de Stanford ainsi qu’à une brillante carrière aux Etats-Unis. Lorsqu’une plainte pour viol est déposé contre Alexandre, la vie égocentriste de la famille Farel se retrouve sous le feu des projecteurs. Livrés en pâture aux médias et aux réseaux sociaux, excités par la récente mise en lumière de l’affaire Weinstein et du mouvement #metoo, les Farel commencent leur descente aux enfers…

Mon avis : Un roman brillant mais dérangeant qui a mis un peu de temps à démarrer. J’ai en effet été moins séduite par le premier tiers, axé sur la présentation de la famille Farel, dont n’émane aucune sympathie ni empathie. Les personnages sont très bien dépeints mais domine l’impression d’être projeté dans un monde où les relations humaines sont déshumanisées, brutales et intéressées. Tout n’est que façade et faux-semblants, un univers bourré de clichés où règne un froid glacial. Le contexte est planté : celui des hautes sphères du pouvoir et de l’argent. Mais derrière la façade clinquante, les vies de ces happy few sont creuses et tristes à mourir. On se demande comment ces gens imbus d’eux-même peuvent se supporter…

Lorsque la plainte est déposée, enfin! Le roman s’emballe et livre une seconde partie haletante et presque jubilatoire, dans laquelle le lecteur se réjouirait presque de voir ces êtres suffisants et méprisants tomber de leur piédestal. Les versions se confrontent, un sentiment d’ambivalence est présent. On ne sait plus qui croire, qui dit la vérité, qui ment,  et l’on s’attend à un ultime rebondissement, une révélation finale qui mettrait fin  au suspens, à ce parole contre parole insoluble.

Le roman s’attache à une certaine impartialité, ne basculant ni dans un camp ni dans l’autre, préférant sans cesse flirter avec la zone grise, avec deux vérités et deux manières d’avoir vécu cette funeste soirée. Les plaidoiries, les débats d’idées et les questions de société sont la vraie force de ce roman instructif et bien documenté, criant de vérité.

Alors oui, c’est remarquablement bien écrit et la deuxième partie tient toutes ses promesses en se révélant haletante et passionnante. Reste le sentiment de lire le roman de la nausée moderne, à travers une histoire éminemment contemporaine et d’actualité, mais manquant cruellement d’émotions! Un tel roman ne pouvait sans doute être écrit que sur un terreau de suffisance nauséabond mais cela a pu rendre ma lecture pesante et dérangeante.

Je retiendrai la partie consacrée à la mise en branle de la machine médiatique, à partir du dépôt de plainte, et le traitement médiatique du procès qui m’ont captivé au point de lire les deux tiers restant d’une seule traite, complètement captivée par ce spectacle cruel et contemporain.

Références : « Les choses humaines« , Karine Tuil, aux éditions Gallimard, 352 pages, 21€.

Non classé·Policiers

Nátt, Ragnar Jónasson

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En 2 mots : Quelques mois après Snjór, sa première enquête, nous retrouvons le policier tourmenté et solitaire Ari Thór, toujours en poste dans le petit commissariat de Siglufjördur, au nord de l’Islande. La découverte d’un cadavre sur un chantier le sort de sa torpeur – dans laquelle le plonge ses problèmes sentimentaux – et le précipite dans une enquête sordide. 

Mon avis : Déception pour ce nouveau volet des aventures d’Ari Thór. Si j’ai retrouvé avec plaisir la ville côtière de Siglufjördur, j’ai en revanche été vraiment déçue par l’intrigue que j’ai trouvé insipide et peu rythmée. Le roman se disperse trop, à mon sens, et Ari Thór ne prend pas suffisamment sa place d’enquêteur, préoccupé par ses soucis personnels et talonné de près par une mystérieuse journaliste. Trop brouillon, desservi par des aller-retours passé-présent qui n’apportent rien et définitivement noyé par la multitude de personnages et d’intrigues annexes, j’ai finis par perdre le fil. Cette lecture s’est donc révélée ennuyante et, le suspens étant peu au rendez-vous, je n’éprouvais aucun plaisir à reprendre ma lecture car je n’en attendais pas particulièrement le dénouement. D’ailleurs j’ai trouvé la fin vraiment décevante et mal amenée. La sauce n’aura pas pris une seconde fois, contrairement au premier volet – Snjór – que j’avais adoré. Je referme ce livre avec des sentiments mitigés, contrariée par cette histoire fade et qui manque d’ambition alors qu’Ari Thór a le potentiel pour devenir un héros incontournable du polar scandinave. Mais à l’avenir, pour me convaincre d’y retourner, il me faudra une histoire bien plus consistance à me mettre sous la dent car là ça manque cruellement de punch!

Références : « Nátt« , Ragnar Jónasson, aux éditions Points, 312 pages, 7,60€.

Non classé·Policiers

Rendez-vous avec le mal tome 2 – Julia Chapman

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En 2 mots : Les détectives du Yorkshire acte 2! Je retrouve avec plaisir la team de choc formée par Samson et Delilah dans ce second volet de leurs enquêtes : «Rendez-vous avec le mal».
Une fois encore, le petit village de Bruncliff est agité par d’étranges événements : un bélier de compétition se volatilise mystérieusement tandis que la résidence pour personnes âgées est le siège de petits vols sans queue ni tête. Lorsque l’une des résidentes décède soudainement après avoir averti Samson que quelqu’un en voulait à sa vie, ce dernier décide de mener l’enquête…

Mon avis : Je me prends décidément de passion pour le style des « cosy mysteries« , ces petites enquêtes policières pleine de charme, sans violence exagérée ni horreur en tout genre. Encore une fois, le charme anglais fait des merveilles dans le cadre pittoresque des vallons du Yorkshire. Samson et Delilah enquêtent à la maison de retraite où le lecteur peut se régaler d’une galerie de personnages attachants et fantasques. Rien de bien terrifiant donc mais crimes et suspens sont bel et bien au rendez-vous malgré le côté léger et édulcoré de la saga.

Je commence vraiment à m’attacher à tout ce petit monde, au couple d’enquêteur et à « leur » chien bien sûr, mais aussi aux personnages secondaires qui peuplent les romans et que je suis contente de retrouver. Ce village vivant presque en vase clos, chacun sachant tout de ce qui se passe chez le voisin, les petites guéguerres de voisinage, le thé et les muffins ont finalement leurs avantages 😉 notamment celui d’offrir un très bon moment de lecture, cocooning, distrayant et avec une pointe d’intrigue et de mystère!

Références : « Rendez-vous avec le mal – tome 2« , Julia Chapman, aux éditions la Bête Noire, 408 pages, 14,90€.

Feel Good·Non classé

Mission Hygge, Caroline Franc

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En 2 mots : Découvrez l’histoire de Chloé, jeune reporter de guerre casse cou qui ne vit que pour son métier. Trop. Au point d’être au bord du burn out. Pour venir en aide à la jeune femme, son patron décide de l’envoyer en repérage au pays du Hygge : le Danemark, afin d’écrire un reportage sur Gilleleje – aussi connu sous le surnom de «village le plus heureux du monde»! L’enfer sur terre pour Chloé à première vue. Mais l’ambiance chaleureuse et les bons sentiments de ses habitants pourraient bien la faire changer d’avis…

Mon avis : Une jolie lecture de saison à s’offrir car tout est réuni pour se plaisir : une atmosphère douce et cocooning dans un petit village de carte postale, des personnages généreux et attachants, et, bien-sûr le fameux esprit « Hygge » et son cortège de bougies, plaids et sucreries! Mais le concept va bien au delà de ces clichés et s’inscrit en réalité dans un art de vivre dont nous aurions beaucoup à apprendre : voir le bon côté des choses malgré les coups durs de la vie, veiller sur son prochain, se montrer respectueux et civilisé, « vivre chaque jour comme s’il n’y avait plus de café demain« , etc.

L’héroïne m’a également touché avec son côté fracassé par la vie. Fragile, sous sa carapace, elle reprend petit à petit goût au bonheur en débarquant dans cette atmosphère préservée et en se laissant apprivoiser par sa logeuse, la chaleureuse Birgit, ainsi que par sa collègue – mon coup de cœur – Inge.

En bref, un feel good efficace et bien écrit, dépaysant et positif. Leçon à méditer « ce n’est pas parce que tu es triste que tu dois être malheureux« …

Références : « Mission Hygge« , Caroline Franc, aux éditions Pocket, 192 pages, 6,40€.