Romans français

Propriété privée, Julia Deck 

Le cauchemar de tous les nouveaux propriétaires, c’est dans « Propriété privée » de Julia Deck! Ce roman court et insolite m’a agréablement surprise tant ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais😜

Lorsque ce couple de parisien un peu misanthrope sur les bords accède à leur rêve de devenir propriétaire d’une petite maison en banlieue, tous deux pensent avoir fait l’affaire du siècle! Leur pavillon se situe dans une impasse au calme et dispose des dernières innovations écologiques. Ça c’était le deal sur le papier. Dans la vraie vie, ils sont entourés d’une horde de voisins plus envahissants que dans « Desperate Housewives » et leur rue est défigurée par un énorme fossé de canalisation de gaz! Leur quotidien tourne vite à l’horreur pour le plus grand plaisir du lecteur qui se délecte des turpitudes de ce petit microcosme de banlieue française

En partant d’un sujet un peu bateau, Julia Deck parvient à nous embarquer dans la vie de cette communauté qui peine à vivre ensemble et dont le passe temps préféré est d’espionner son voisin. Les coups bas et les médisances pleuvent jusqu’au jour où un événement grave vient faire voler en éclat l’entente factice et artificiel du quartier. L’équilibre est rompu, le drame entre en scène…

Une lecture vraiment jubilatoire avec de nombreux rebondissements, j’ai adoré!

Références : « Propriété privée », Julia Deck, aux éditions Minuit, 176 pages, 8€.

Policiers

Dans les brumes de Capelans, Olivier Norek

Déjà 6 ans que le capitaine Coste se terre dans les brumes de l’île de saint Pierre et Miquelon. Décidé à se faire oublier après les tragiques événements ayant clos la trilogie 93, il subsiste désormais grâce au service de protection des témoins. Un job solitaire de « peseur d’âmes » – dont la mission principale consiste à faire coopérer de gré ou de force les voyous dont il a la garde – et qui correspond parfaitement à son état d’esprit tourmenté. Lorsqu’il doit prendre en charge et donner un abri à la jeune Anna, récemment retrouvée après 10 ans de captivité, Coste se retrouve plongé dans son passé de flic, son instinct de protecteur remontant alors à la surface. Mais le ravisseur d’Anna, qui compte près de 10 victimes connues au compteur, pourrait bien être sur leurs traces…

J’avoue que, depuis le temps, j’avais moi-même un peu oublié le capitaine Coste 🙈! Néanmoins je l’ai retrouvé avec plaisir et surtout hors de son environnement habituel de la banlieue parisienne. Là, dans sa maison forteresse du bout du monde entre vents et marées, c’est un peu un nouvel homme que j’ai (re)découvert et il m’a d’avantage plu que dans mon souvenir ! La faute sans doute au cadre de l’enquête, à ces paysages de saint Pierre et Miquelon que j’ai adoré.

L’intrigue en elle-même s’est également révélée passionnante avec des rebondissements inattendus qui m’ont coupés le souffle tant j’étais loin d’avoir perçu toutes les clés de cette enquête fleuve. J’en ressors vraiment séduite par ma lecture et contente d’avoir découvert un peu plus ce territoire français proche du Canada !

Références : « Dans les brumes de Capelans », Olivier Norek, aux éditions Michel Lafon, 429 pages, 20,95€.

Romans français

America(s), Ludovic Manchette et Christian Niemiec

Un formidable road trip, de Philadelphie à Los Angeles, entrepris par la (très) jeune Amy, au cours d’une semaine folle de juillet 1973! Décidée à retrouver sa grande sœur, partie il y’a un an pour devenir playmate dans la mythique Mansion d’Hugh Hefner, Amy s’embarque pour un long périple à travers les Etats-Unis, traversant le pays d’est en ouest, au gré des rencontres faites sur la route!

J’ai tout aimé dans ce roman, c’est LE road trip qu’on a envie de lire, tellement riche de rencontres et de découvertes! Comme dans « Alabama 1963 », c’est hyper bien documenté et cette fois-ci accompagné d’une bande-son qui colore le roman et le rend incroyablement vivant ! On a l’impression d’être dans l’habitacle de la voiture, devenu à notre tour des voyageurs en quête d’eux-mêmes ou de leur avenir, soumis aux aléas de la météo, discutant de la guerre du Vietnam et du Watergate, entonnant à tue-tête les chansons des années 1970

Amy fait des rencontres magnifiques, bouleversantes d’humanité, et bien sûr d’autres moins agréables ou plus insolites. Toutes participeront à rendre ce périple inoubliable car non, décidément, elle ne sera plus la même au bout du voyage… En chemin, elle mûrit, s’ouvre à de nouvelles cultures et découvre le multiculturalisme américain dans ce qu’il a de plus beau, sa tolérance et sa diversité

C’est un roman inspirant que j’ai vraiment eu plaisir à lire et que j’étais contente de retrouver. Il m’a fait voyager et m’a insufflé une envie d’évasion, de partir sur les routes en se laissant porter par le hasard🚗

Références : America(s), Ludovic Manchette et Christian Niemiec, aux éditions du Cherche Midi, 284 pages, 18€

Feel Good

Et que quelqu’un vous tende la main, Carène Ponte

Mon petit (en fait gros!) coup de cœur de ce début de vacances ❤❤❤! Tout simplement l’un des meilleurs romans de Carène Ponte : j’ai rigolé, j’ai pleuré, j’ai vibré, bref j’ai fait le plein de belles émotions avec « Et que quelqu’un vous tende la main » !

Valérie se fait admettre de son plein gré au « Jardin des Cybèles », une maison de repos. Après une grosse crise familiale et un burn out au boulot elle n’en pouvait plus et a décidé de dire stop, d’accepter de se faire aider. Là bas, elle fait la connaissance d’Anna, une jeune maman inconsolable suite à la perte de son bébé, décédé de la mort subite du nourrisson. Petit à petit, un lien se crée entre ces deux écorchées de la vie. Leur duo, bien vite rejoint par Charline, la gérante du salon de thé attenant au « Jardin des Cybèles », se fait alors trio. Lorsque le malheur accable également la pétillante Charline, les trois nouvelles copines décident de partir se ressourcer au bord de la mer, une escapade magnifique pour renouer avec la vie!

Gros coup de cœur pour ces trois héroïnes qui ne sont décidément pas épargnées par la vie. Anna, notamment, m’a beaucoup ému et tiré quelques larmes tandis que l’optimisme à toute épreuve de Charline m’a redonné du baume au cœur (j’aimerais d’ailleurs beaucoup la suivre, elle et son salon de thé dans un prochain roman^^)

Un roman solaire dont on ressort bien décidé à croquer la vie à pleines dents!

Références : « Et que quelqu’un vous tende la main« , Carène Ponte, aux éditions Fleuve, 288 pages, 17,90€.

Feel Good

Les dominos de la vie, Laure Manel

Le nouveau Laure Manel – Auteur vient de paraître ! Elle nous propose cette fois un joli portrait de femme à travers l’histoire d’Amélie, jeune maman trentenaire qui part à la reconquête d’elle-même, de son corps et de sa vie après s’être remise d’une grave maladie. Animée d’une force nouvelle, elle décide de chambouler sa vie bien rangée et de se laisser porter par l’effet domino de sa petite révolution. Un roman inspirant, lumineux, porteur d’espoir…

Toutefois j’ai eu un peu de mal avec la forme du roman qui alterne entre le « tu »(flashback) et le « elle » pour relater la vie d’Amélie. Le fait de parler de l’héroïne à la 3e personne du singulier m’a gênée car cela mettait vraiment de la distance avec le personnage qui devenait, à mon goût, un peu caricatural. J’ai ressenti moins d’empathie et de résonance avec elle que dans les flashbacks, qui sonnaient plus « vrais ». Là, avec toutes ces phrases courtes, descriptives et saturées de compliments, je découvrais une Amélie qui me plaisait moins, égocentrique, égoïste, que l’on essayait de me dépeindre sous un jour favorable. En vain car c’était un peu trop mielleux…

Si j’ai ressenti des sentiments contradictoires vis-à-vis d’Amelie, j’ai néanmoins beaucoup aimé son histoire, ses rencontres et sa renaissance. Le roman met également un coup de projecteur sur un sujet encore trop peu abordé : les violences gynécologiques. Certains passages sont particulièrement durs mais le lien entre l’accouchement traumatique d’Amélie et le développement de sa maladie est édifiant! Le récit de son cheminement pour digérer ses traumatismes m’a semblé beau mais il aurait gagné à plus de simplicité

Références : « Les dominos de la vie« , Laure Manel, aux éditions Michel Lafon, 376 pages, 18,95€.

Romans français

La déraison, Agnès Martin-Lugand

Agnès Martin-Lugand parle décidément de musique et d’amour comme personne dans ce roman, d’une intensité folle, dont on sort bouleversé, sonné, exsangue ❤!

Dans « La déraison« , son roman le plus personnel, elle nous entraîne dans une histoire d’amour tragique et tourmentée comme elle en a le secret. Ici, comme dans « Les gens heureux lisent et boivent du café », les éléments se déchaînent, comme en écho à la souffrance des personnages. Il y’a d’abord Maddie, atteinte d’une maladie incurable et qui n’a plus que quelques jours à vivre. Des moments qu’elle décide de passer aux côtés de sa fille, dans la maison familiale qui surplombe une plage bretonne balayée par le vent et les embruns. La maison dans face est occupé par Joshua, un pianiste torturé et dépressif, et son fils Nathan qui tente de lui maintenir la tête hors de l’eau. On comprend vite que Maddie et Joshua ont vécu une histoire d’amour ténébreuse il y’a plus de 20 ans, une passion dont ils ne sont jamais remis et qui les a brisé irrémédiablement

Moi qui n’aime rien tant que la tempête et les personnages tourmentés, je me suis délectée de ce roman à la fois sombre et lumineux. Bien qu’éminemment tragique – Maddie étant condamnée – on est touché par des fulgurances de bonheur, des shots de pure émotion. Il se dégage une telle puissance de leur histoire, un tel sentiment d’urgence que l’on est comme happé par leur détresse, la beauté de leur retrouvaille, la pureté des derniers instants, ces ultimes moments de vie entourés par ceux que l’on aime

Que dire aussi de Lisa et Nathan, les enfants de Maddie et Joshua, exemplaires d’abnégation et de prévenance pour leurs parents brisés qui se retrouvent au seuil de la mort

L’écriture est magnifique, pudique et lumineuse, musicale aussi puisque Maddie et Joshua s’aiment aussi passionnément qu’ils aiment le piano. Un amour viscéral et destructeur dont la bande son accompagne la lecture pour une expérience sensorielle et immersive

Références : « La déraison« , Agnès Martin-Lugand, aux éditions Michel Lafon, 280 pages, 19,95€.

Feel Good

Luna, Serena Giuliano

Cette semaine j’ai voyagé à Naples aux côtés de « Luna », l’héroïne du roman de Serena Giuliano !

Cette jeune galeriste, installée à Milan depuis son adolescence, se voit contrainte de retourner à Naples au chevet de son père malade. Une ville qui ne lui a pas laissé que de bons souvenirs et qu’elle redoute de retrouver. Une fois sur place, elle retrouve pourtant avec un certain plaisir les lieux, les odeurs et la gastronomie qu’elle aimait tant durant son enfance, réalisant alors petit à petit que ses origines napolitaines sont viscéralement ancrées en elle. Ce voyage est aussi l’occasion pour elle de renouer avec sa cousine Gina et de rétablir le dialogue avec un père qu’elle méprise depuis près de 20 ans.

Si j’ai beaucoup aimé me perdre dans Naples, ressentir la chaleur du soleil et l’énergie incroyable de cette ville dont le cœur bat au rythme du Vésuve, j’ai en revanche peu accrochée avec l’héroïne. J’ai trouvé Luna particulièrement dure avec son père malade et, en découvrant les raisons de leur brouille, j’ai eu du mal à comprendre pourquoi elle ne lui pardonnait pas. J’ai donc trouvé son comportement disproportionné et difficile à justifier, le vieil homme m’ayant franchement fait de la peine à plus d’une reprise.

Pas fan non plus des échanges de sms avec ses copines qui m’ont vraiment semblé superficiel. Luna se bride également au sujet d’une histoire d’amour, présentée comme lourde à assumer, alors que cela devient très vite évident et qu’il n’y a rien de choquant. Donc là aussi, j’ai eu du mal à me mettre en empathie avec ses errements et ses atermoiements…

Heureusement, les personnages secondaires se révèlent attachants, à l’image de la pétulante cousine Gina ou de Filomena, la voisine, qui éclipsent à mon sens Luna

J’en ressors donc un peu déçue de ne pas avoir retrouvé la luminosité et la chaleur de « Mamma Maria » que j’avais adoré ❤

Références : « Luna« , Serena Giuliano, aux éditions Le livre de poche, 256 pages, 7,70€.

Romans français

Alabama 1963, Ludovic Manchette et Christian Nimiec

Roman coup de poing, roman coup de ❤!

L’Amérique profonde, sudiste et ségrégationniste se dévoile dans cet ouvrage au titre percutant : bienvenue en Alabama à l’été 1963. Kennedy est à la tête du pays alors que la marche pour les droits civiques voit converger des milliers de personnes en direction de Washington ; Martin Luther King y prononça d’ailleurs son célèbre discours. Voilà pour l’arrière-plan historique

Pourtant, dans la petite ville de Birmingham (Alabama), les mentalités peinent à évoluer, blancs et noirs évoluant toujours dans un climat de peur, de rejet et de mépris les uns à l’égard des autres, bien loin des aspirations de Luther King. La communauté noire est néanmoins en émoi, secouée par la disparition puis la découverte du cadavre d’une petite fille noire. Une affaire que les policiers – blancs – traitent avec peu de diligence, pas concernés, pas intéressés. Ayant besoin d’argent, le détective Bud Larkin accepte d’enquêter sur l’affaire pour le compte des parents de la jeune fille. Alcoolique, colérique et bordélique, Bud met peu de coeur à l’ouvrage jusqu’à ce qu’il soit secoué par Adela, sa toute nouvelle femme de ménage. Perspicace et dotée d’un grand sens de l’observation, Adela pousse Bud à se consacrer sérieusement à l’enquête, d’autant qu’une autre enfant est à son tour portée disparue. Ensemble, Bud et Adela enquêtent, apprenant par la même occasion à se connaitre puis à se respecter et à se faire confiance

J’ai été captivée, autant par l’enquête que par la relation qui se tisse petit à petit entre cet improbable duo. Lui, l’ancien flic déchu, bourru et arrogant et elle, simple femme de ménage noire, analphabète et pieuse. C’est une lecture très immersive, bien documentée, qui plonge vraiment le lecteur au cœur des tensions raciales, à tel point que l’on imagine sans peine une adaptation sur petit ou grand écran

Références : « Alabama 1963« , Ludovic Manchette et Christian Nimiec, aux éditions Pocket, 352 pages, 7,70€.