Feel Good·Non classé

Même les méchants rêvent d’amour, Anne-Gaëlle Huon

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En 2 mots : Julia, la trentaine, quitte Paris pour s’installer dans la maison de sa grand-mère en Provence. Cette dernière, Jeannine, n’est plus tout à fait la même depuis quelques temps et une mauvaise chute dans le jardin l’a contrainte a emménager dans une résidence pour personnes âgées, sous la bonne garde de Félix, son aide de vie. Se sentant décliner, la vieille dame avait entrepris la rédaction d’un carnet contenant ses souvenirs de jeunesse ainsi que quelques secrets qu’elle désirait révéler à sa petite fille après sa mort. Mais Julia met rapidement la main sur ce carnet et part alors à la rencontre de la jeune fille enthousiaste et pleine de vie que fut sa grand-mère. En parallèle, la jeune trentenaire remet également en question sa vie, ses aspirations et ses priorités, trouvant dans les souvenirs de sa mamie, la force d’oser faire bouger les choses et de vivre enfin pleinement sa vie, en savourant l’existence et les bonheurs qu’elle lui apporte.

Mon avis : Une touchante histoire de secrets de famille sous le soleil de Provence! Malheureusement, malgré les personnages sympathiques et le joli décor, la mayonnaise a eu du mal à prendre :/

J’ai ainsi peiné tout du long, perdant le fil au gré des sauts dans le temps et des listes mnémotechniques de Jeannine. Pourtant, malgré les nombreuses coupures dans le récit, la narration reste claire et fluide, mais je n’ai pas ressenti ce petit frisson susceptible de capter mon intérêt et d’illuminer ma lecture, me donnant envie d’y revenir avec gourmandise. Un peu d’ennui donc et finalement peu d’intérêt pour le sort des personnages auxquels je n’ai jamais réellement réussi à m’attacher et j’en suis vraiment désolée car j’aurai adoré avoir un coup de cœur pour ce roman mais ce ne sera pas pour cette fois.

J’avais déjà eu un peu cette impression avec le précédent roman de l’autrice, « Le bonheur n’a pas de rides », où là encore je n’avais pas réussi à adhérer complètement à l’histoire. Néanmoins, « Même les méchants rêvent d’amour » restent une lecture divertissante et feel good même si, pour ma part, je n’ai pas été sensible à son charme…

Références : « Même les méchants rêvent d’amour« , Anne-Gaëlle Huon, aux éditions du livre de poche, 352 pages, 7,90€.

Feel Good·Non classé

L’habit ne fait pas le moineau, Zoe Brisby

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En 2 mots : Gros coup de cœur pour ces Bonnie and Clyde version 2.0! Les deux fugueurs sont ici incarnés par Alex, un jeune homme dépressif en plein chagrin d’amour, et Maxine, petite mamie fugueuse de 90 ans, évadée de sa sinistre maison de retraite. Les deux compères se rencontrent à l’occasion d’un covoiturage vers Bruxelles, point de départ d’un road trip déjanté😊!

Mon avis : Dès les premières lignes, j’ai senti le coup de cœur se profiler tant ce roman est bourré d’humour et de bonne humeur! Ces deux âmes en peine vont tenter, chacune à leur manière, d’adoucir les bleus à l’âme et le blues de l’autre. Alex qui n’a plus foi en l’avenir et Maxine dont la vie est désormais derrière elle, vont se tirer vers le haut et cheminer de concert pour se convaincre mutuellement que la vie vaut la peine d’être vécue. Ce roman éminemment positif souligne ainsi le bien fondé de vivre l’instant présent, de faire des projets afin de ne pas ressasser sans fin ses problèmes, d’élargir son horizon et d’arrêter de se regarder le nombril.

Beaucoup de tendresse émane également des personnages et il est difficile de ne pas être touché par leurs histoires. Si Maxine a vécu en profitant de chaque instant de son incroyable vie, Alex, lui, s’est toujours senti de trop, pas à sa place, osant à peine respirer. Le contact avec cette vieille dame pleine de punch va lui permettre de sortir enfin de sa coquille et de révéler sa personnalité, assumant enfin haut et fort ses envies. Par effet de contagion, Maxine se rendra elle-même compte que sa vie n’est pas terminée et qu’elle peut encore lui réserver de bien jolies surprises! L’association de ces deux loustics donne ainsi un cocktail détonnant et vitaminé que j’ai aimé accompagné le temps d’un covoiturage décidément pas comme les autres!

En bref, cette comédie intergénérationnelle m’a fait hurler de rire, surtout quand les médias s’emparent de la fugue des deux compères, qualifiant Alex de malfrat en cavale et de kidnappeur de petite vieille! Un nouveau duo au grand cœur est né!

Références : « L’habit ne fait pas le moineau« , Zoe Brisby, aux éditions du Livre de poche, 512 pages, 8,70€.

Feel Good·Non classé

Hamish Macbeth dans « Qui a une taille de guêpe », M. C. Beaton

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En 2 mots : J’ai attaqué cette saga de la regrettée M. C. Beaton (créatrice de la série « Agatha Raisin »), par le tome 4. On y retrouve bien l’esprit décalé et british d’Agatha, transposé ici dans les Highlands écossaises avec son cortège de clichés : loch, whisky,  châteaux et mauvais temps, pour ne citer qu’eux! Petite précision d’importance : nul besoin d’avoir lu les tomes précédents pour s’y retrouver grâce aux nombreuses allusions au passé d’Hamish, policier dans le petit village de Lochdubh. L’histoire tourne ici autour d’une nouvelle venue dans le bourg, Trixie Thomas, une ménagère particulièrement despotique et autoritaire, promesse d’ennuis en perspective pour les femmes au foyer du coin!

Mon avis : J’ai apprécié ce cosy mystery, plus pour le charme de l’Écosse et ses personnages haut en couleur, que pour le suspens de l’intrigue. En effet, j’ai trouvé un côté enfantin à cette histoire, un peu comme dans les romans de la bibliothèque verte que je lisais enfant. Tout y est un peu trop lisse et gentillet, à commencer par le détective Macbeth, héros lunaire et désintéressé, uniquement préoccupé par le bien-être de sa communauté. Un policier dévoué, culotté mais aussi un amoureux transi puisque ce cher Hamish a le béguin pour la riche héritière du coin, Priscilla Hallburton-Smythe. L’ensemble est finalement très convenu mais ça remplit le job de lecture doudou et réconfortante.

Cela reste donc plaisant à lire car très feel good, l’enquête ajoutant simplement au plaisir de s’immerger dans la vie d’un petit village écossais, mais elle reste à mon sens assez secondaire…

Références : « Hamish Macbeth tome 4« , M. C. Beaton, aux éditions Albin Michel, 252 pages, 14€.

Non classé·Policiers

La disparue de la cabine n° 10, Ruth Ware

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En 2 mots : Une croisière en mer du nord sur un yacht luxueux avec quelques invités triés sur le volet. Un voyage de rêve en apparence pour la journaliste Laura Blacklock qui y voit surtout l’occasion de faire progresser sa carrière tout en étendant son réseau. Mais dès le premier soir, la jeune femme est réveillée en sursaut par un cri provenant de la cabine voisine, suivi quelques secondes plus tard d’un gros « plouf ». Terrifiée, pensant que la personne occupant la cabine à côté de la sienne est passée par dessus bord, la jeune femme donne l’alerte. Problème : la cabine numéro 10 est inoccupée – alors qu’elle avait pourtant emprunté un mascara dans l’après-midi à sa voisine – et, surtout, aucun passager n’est porté disparu…

Un véritable mystère en mer qui devient de plus en plus trouble à mesure que l’on devine l’instabilité d’une Laura portée sur l’alcool, accro aux calmants et sujette à des crises d’angoisse et de paranoïa…

Mon avis : Gros coup de cœur pour ce polar maritime que j’ai littéralement dévoré en quelques heures! Même si j’ai mis un peu de temps à rentrer dans l’histoire – le début traînant un peu en longueur – la suite m’a tenu en haleine tout du long et, surtout, je n’ai pas été déçue par la chute! Je me posais beaucoup de questions au cours de ma lecture car plusieurs pistes se dessinaient, certaines dans des directions diamétralement opposées les unes des autres mais la solution proposée par Ruth Ware m’a vraiment donné entière satisfaction.

J’ai apprécié ce côté huis clos et la tension qui monte crescendo, à mesure que l’héroïne dévoile sa complexité : ses problèmes d’alcool, son stress post traumatique, sa dépendance aux médicaments, etc. autant d’aspects qui jettent petit à petit le doute sur sa crédibilité, permettant d’accroître le suspens pour le lecteur. Beaucoup de faux semblants émanent également des différents protagonistes, ce qui contribue à entretenir le flou sur ce qui se passe réellement à bord du bateau, et j’avoue que j’avais échafaudé mille hypothèses – certaines se sont d’ailleurs révélées vraies ^^.

Polar éminemment féminin, « La disparue de la cabine n°10 » joue aussi sur le côté thriller psychologique en mettant en scène une héroïne elle-même mystérieuse et instable, à laquelle le lecteur ne peut entièrement se fier. En ce sens, il m’a beaucoup fait penser à « La fille du train« , qui jouait un peu sur les mêmes ressorts.

Pour ma part : promesse tenue! J’ai eu l’impression d’être sur des montagnes russes émotionnelles avec ce roman et c’est bien là ce que j’attend d’un bon page turner : de l’émotion, du suspens et une intrigue savamment ficelée!

Références : « La disparue de la cabine n° 10« , Ruth Ware, aux éditions Pocket, 480 pages, 8,20€.

Non classé·Romans français

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Jean-Paul Dubois

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En 2 mots : « Quand Patrick apprit la raison de mon enfermement, il s’intéressa à mon histoire avec la bienveillance d’un compagnon du Devoir prenant connaissance des premières tentatives maladroites de son apprenti. Lorsque j’eus terminé mon modeste récit, il se gratta le lobe de l’oreille droite dévoré par un eczéma rougeoyant. « À te voir, je croyais pas que t’étais capable d’un truc pareil. T’as bien fait. C’est sûr et certain. Moi, je l’aurais tué. »

Jean-Paul Dubois livre ici l’histoire de Paul Hansen, un homme ordinaire qui, suite à un « pétage de plomb« , se retrouve incarcéré pour deux ans à la prison de Bordeaux à Montréal. Sa détention lui offre l’occasion de se retourner sur son passé et d’en tirer le bilan, revenant ainsi sur les grandes étapes qui ont jalonné sa vie : son enfance en France auprès de ses parents franco-danois, son arrivée au Canada, sa profession de surintendant à la résidence l‘Excelsior, son histoire d’amour avec la pilote d’hydravion Winona Mapachee, et enfin les circonstances du drame qui l’ont mené en prison.

Mon avis : le Goncourt 2019 est un texte épuré, minimaliste, presque factuel et pourtant il dégage une étonnante force d’attraction qui pousse à en poursuivre la lecture. Mis à part la précision des passages descriptifs, parfois trop minutieux à mon goût, j’ai apprécié ce style si particulier, entre froideur, détachement et désabusement envers le sort des personnages. Malgré, la distance dans laquelle il maintient le lecteur, on a envie de s’accrocher, fascinée par la solitude de ce microcosme carcéral et par l’étonnant duo que forme Paul et son codétenu, Patrick Horton, ex Hells Angels. Leur relation, empreinte de fraternité et de tolérance mutuelle, apporte un peu de lumière à cette partie sombre du roman. Mais la solitude de l’existence carcérale, tempérée par ce codétenu haut en couleur, ne suffit pas à combler l’hébétude de Paul ni le manque de ses chers disparus : son père, sa femme et sa chienne, qu’il convoque fréquemment en pensée pour supporter le quotidien.

Les passages où Paul se remémore son passé sont moins oppressants mais laissent un goût amer comme si toute la vie du narrateur n’avait été faite que de médiocrité, de solitude et de déceptions. Les petites embellies viennent des passages où il évoque ses instants de bonheur auprès de sa femme, d’origine algonquine, et de sa chienne, Nook. Des bonheurs simples qui représentent de véritables fulgurances dans le roman, des instants de grâce qui tempère la noirceur et le détachement du reste du texte.

Au bout du compte, j’ai trouvé ce roman passionnant et particulièrement bouleversant en toute fin de lecture lorsque la vérité est enfin révélée sur la nature du crime commis par Paul et les raisons qui l’ont poussé à en arriver là. Cet homme ordinaire, humble et serviable, qui n’aspirait qu’à mener une vie paisible et à faire son travail consciencieusement, se retrouve poussé à bout, harcelé jusqu’au point de non retour. C’est à ce moment là que le roman prend, selon moi, toute son ampleur : j’ai alors ressenti une profonde empathie pour cet anti-héros, qu’un seul dérapage malheureux mais compréhensible, condamne à une privation de liberté. Un texte marquant, qui donne à réfléchir sur des questions telles que la liberté, la solitude, la rédemption et le déterminisme.

Références : « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon« , Jean-Paul Dubois, aux éditions de l’Olivier, 256 pages, 19€.

Feel Good·Non classé

Tout ce que tu vas vivre, Lorraine Fouchet

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En 2 mots : Dom Le Goff, 15 ans, vit seul à Paris avec son père depuis le départ de sa mère, voilà 5 ans. Cette chirurgienne orthopédique est en effet partie panser ses blessures en Argentine après une opération qui a mal tourné. Depuis, le jeune adolescent se languit d’elle, espérant son retour. Lorsqu’une nuit son père décède subitement d’une crise cardiaque entre les bras d’une mystérieuse femme blonde, Dom se retrouve orphelin. Son oncle et sa tante veillent d’un œil bienveillant sur leur neveu qui tente, tant bien que mal de surmonter son chagrin ; d’abord en trouvant refuge sur l’île de Groix, berceau de sa famille, puis en partant au bout du monde sur les traces de sa mère, jusqu’au mythique cap Horn…

Mon avis : Un formidable élan de vie se dégage de ce roman qui aborde la mort et le deuil d’une bien douce manière. Lorraine Fouchet ne tombe jamais dans le pathos et traite ces sujets délicats avec humanité et pudeur. Tout sonne juste dans l’histoire de Dom qui trouve en lui les ressources pour ne pas s’effondrer et poursuivre son chemin en restant fidèle aux valeurs qui lui ont été transmises. L’évasion, les grands espaces, la fuite en avant pour essayer de renouer avec ses racines et ses origines, sont ainsi les thèmes qui rythment ce roman, entraînant le lecteur à travers des lieux refuges qui apaisent l’âme. C’est d’abord la sauvage île de Groix puis l’éblouissante Patagonie et son cortège de paysages grandioses. J’ai ainsi eu un véritable coup de cœur pour le voyage de Dom en Amérique du sud, pour ces lieux aux noms chantant : Ushuaia, le glacier Upsala, le lac Argentino, le lac Guillermo, le Perito Moreno… J’en ai pris plein les yeux sans quitter mon chez moi!

Ce petit Dom qui fait face à la perte douloureuse de son père m’a touché, mais je retiens surtout la présence de ses proches. Son oncle Gaston, sa tante Tifenn, Mathilde l’amie fidèle restée à Groix, la petite concierge allemande, le patron du café breton juste en face de chez lui à Montparnasse. A eux tous ils forment une petite tribu soudée qui prend l’adolescent sous son aile, l’entoure, le soutienne et le conseille, l’aidant à se relever quand il trébuche. Un formidable élan de bonté et d’entraide qui m’a fait du bien.

Références : « Tout ce que tu vas vivre« , Lorraine Fouchet, aux éditions du Livre de poche, 352 pages, 7,90€.

Non classé·Romans étrangers

Le crocus jaune, Laila Ibrahim

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En 2 mots : Dépaysement géographique et historique avec ce roman qui débute en 1837 dans une plantation de coton du sud des États-Unis ! Une petite fille vient de naître dans la demeure de Fair Oaks et Mattie, esclave aux champs qui vient elle-même d’avoir un fils, est réquisitionnée par ses maîtres pour devenir la nourrice du nouveau-né, mademoiselle Elizabeth. Une relation fusionnelle se créée dès lors entre la petite fille blanche et sa nounou noire.

Mon avis : Un petit côté «Autant en emporte le vent» souffle indéniablement sur ce roman qui réunit plusieurs des ingrédients ayant fait le succès du mythique roman!  Amour, violence, injustice, révolte, tout y est! Néanmoins, « Le crocus jaune » a le mérite de développer une intrigue peu conventionnelle autour de l’attachement quasi-maternel qui lie une esclave noire à sa petite maîtresse blanche. La force de leur lien se révèle particulièrement touchant et souligne à quel point les soins et l’affection du jeune enfant sont primordiaux dès sa venue au monde, afin de lui permettre de se développer de manière sécure. Mattie et Lisbeth ne sont peut-être pas liées par les liens du sang mais l’amour et l’attachement qu’elles éprouvent l’une pour l’autre sont criant de sincérité car tissés sur des bases solides dès les premiers instants de vie de la petite fille.

Bien sûr, j’ai trouvé que ce roman, aussi beau et lumineux soit-il, avait un petit côté conte de fée, comme si l’histoire était trop parfaite pour être vraie. Difficile en vérité d’imaginer qu’une telle relation ait pu perdurer et être tolérée dans un monde régit par le racisme et les préjugés. Le tournant que prend la vie de Mattie, une fois Lisbeth devenue grande, m’a certes fait plaisir pour cette femme incroyable mais là encore j’ai trouvé que cela manquait de crédibilité, les choses tournant rarement aussi bien dans la « vraie » vie.

Ce roman se lit admirablement bien grâce à la fluidité de son style et à la beauté de l’histoire qu’il déroule. On s’attache très vite à ces deux personnages féminins et l’on se passionne pour les péripéties qui agitent leurs existence, permettant ainsi de passer par toute la gamme des émotions. On vibre en effet à la lecture de ce roman, on tremble, on espère, on se réjouit avec Mattie et Lisbeth, héroïnes du XIXe siècle et pourtant follement modernes!

J’ai d’ailleurs hâte de les retrouver dans la suite : « Un grain de moutarde« !

Références : « Le crocus jaune« , Laila Ibrahim, aux éditions Charleston, 256 pages, 19,90€.