Romans français

Ma Louise, Edouard Moradpour

En 2 mots : L’histoire d’amour fulgurante d’Arnaud et de Louise dans le Paris de nos jours. Elle, jeune factrice, s’éprend au premier regard de ce gynécologue bon chic bon genre à qui elle doit remettre un recommandé. S’ensuit une première lettre, une première rencontre puis, bien vite, une liaison passionnelle. Fou amoureux de cette jeune fille lumineuse et pleine de vie, Arnaud quitte sa petite vie bien rangée, son appartement des beaux quartiers, son épouse et ses enfants pour s’installer avec Louise. Mais est-elle vraiment celle qu’elle prétend être ?

Mon avis : Le roman se divise réellement en deux parties, avec un premier temps plutôt convenu mettant en scène une histoire d’amour interdite et passionnée. Louise et Arnaud s’aiment, envers et contre tous, et laissent une chance à leur histoire de s’épanouir. La seconde partie, plus sombre, rabat les cartes de cette romance un peu trop cousue de fil blanc. Enfin nous découvrons les vrais visages de Louise et d’Arnaud, personnages moins lisses que ce que l’on pouvait penser. Le récit s’emballe alors, prenant un virage beaucoup plus sombre et la noirceur envahie alors le dernier tiers du roman. La fin m’a surprise, au point qu’elle m’a même mise mal à l’aise tant je ne m’attendais pas à ce dénouement…

Si l’histoire se révèle intéressante et plutôt bien ficelée, j’ai en revanche eu du mal avec le style de l’auteur que j’ai trouvé un peu désuet. Il y’a finalement beaucoup de descriptions et pas suffisamment de dialogues à mon goût entre les deux principaux protagonistes. M’est donc restée de cette lecture l’impression d’un roman un peu trop bavard, le style manquant de légèreté et de fluidité pour ma part …

Références : « Ma Louise« , Edouard Moradpour, aux éditions Michel de Maule, 221 pages, 20€.

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Une joie féroce, Sorj Chalandon

En 2 mots : Elles sont quatre. Brigitte, Assia, Mélody et Jeanne. Quatre femmes frappées par le cancer ayant fait connaissance dans les couloirs d’un service d’oncologie. Quatre solitudes qui vont s’unir, se soutenir et se redonner le sourire autour d’un mantra : embrasser leur vie d’une joie féroce. Cohabitant toutes les quatre dans un appartement parisien, n’ayant plus rien à perdre ni personne d’autre à qui se raccrocher, ces femmes décident de tenter un coup de folie. Une fulgurance insensée, une belle connerie comme elles le reconnaissent elles-mêmes : organiser le braquage d’une luxueuse bijouterie de la place Vendôme afin de payer la rançon exigée par l’ex compagnon de Mélody, en échange de sa fille, emmenée de force en Russie.

Mon avis : Très très gros coup de cœur pour ce roman! C’est un texte incroyable, fort et lumineux, parfois douloureux, mais quelle histoire! Malgré les passages bouleversants, je me suis accrochée, bien décidée à accompagner les héroïnes vers des jours meilleurs. Ainsi, si le début du roman met l’accent sur la sidération qui saisit Jeanne à l’annonce de sa maladie et sa tristesse devant l’éloignement de son mari, bien vite, comme Jeanne, le roman se ressaisit et replace le curseur sur le combat de ces femmes. Ces femmes bien décidées à ne pas subir sans se battre, à se révolter face à ce corps qui les trahit. Quitte à tenter un coup de folie pour se prouver qu’elles sont encore bien vivantes.

J’ai adoré ces femmes qui veillent les unes sur les autres. Tout particulièrement Brigitte, la meneuse, qui rassure et console, s’efforçant de rester forte pour ces compagnes. Et Jeanne, frappée par le cancer alors qu’elle a déjà perdu son petit garçon et qui voit son mari prendre la poudre d’escampette après l’annonce du diagnostic.

Je ne suis pas prête d’oublier ce texte magnifique, remarquablement bien écrit et qui ne sombre jamais dans le pathos. Ces femmes restent dignes dans l’épreuve, nous donnant une belle leçon de vie et d’espérance!

Références : « Une joie féroce« , Sorj Chalandon, aux éditions du Livre de poche, 320 pages, 7,90€.

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Les Aérostats, Amélie Nothomb

En 2 mots : « La jeunesse est un talent, il faut des années pour l’acquérir« . Ange, 19 ans, étudiante en philologie à Bruxelles, est recrutée par le richissime Grégoire Roussaire afin de dispenser des cours de soutien scolaire à son fils dyslexique de 16 ans, le bien nommé Pie ! Dès la première rencontre, la tâche semble ardue car Pie n’a jamais lu le moindre livre … Poussé par sa jeune professeur, l’adolescent achève « Le Rouge et le Noir » de Stendhal, un texte qu’il méprise mais qui révèle néanmoins que le jeune homme n’a absolument rien d’un dyslexique! La deuxième rencontre de Pie avec la littérature aura lieu avec « l’Iliade » d’Homère, un texte qui l’ébranle, faisant alors de lui, enfin, un lecteur! Voilà les prémices de savoureux échanges par textes interposés!

Mon avis : Comment est le dernier Amélie Nothomb ? Et bien premier constat – « Soif » mis à part – ce dernier opus m’a davantage plu que que les textes de ces dernières années, notamment « Les prénoms épicènes« . L’ambiance du roman m’a semblé moins pesante, moins violente et j’ai apprécié les joutes verbales entre Ange et Pie autour des grands classiques de la littérature : « Le Rouge et le Noir », « L’Iliade », « L’Odyssée », « La Métamorphose », etc. Ces passages sont plutôt stimulants et non dénués d’humour, comme c’est souvent le cas chez Amélie Nothomb, qui prête d’ailleurs certains traits de sa personnalité à son héroïne. La structure du roman est néanmoins un peu répétitive, avec ces rencontres successives entre Ange et Pie qui dissertent à chacune fois autour d’un chef d’œuvre littéraire, sous l’œil intrusif du père, tapi dans l’ombre.

Le roman s’articule finalement autour de 4 personnages (Ange et Pie, qui tiennent les rôles principaux) dont deux faire valoir : Donate, la colocataire d’Ange, et Grégoire, le père tyrannique de Pie. À eux quatre, ils présentent des traits de personnalité poussés à l’extrême, ce qui renforce l’effet comique du roman. Comment ne pas sourire, par exemple, devant la maniaquerie de Donate qui va jusqu’à interdire l’accès au tiroir à légumes à sa colocataire car cela relève de « sa pudeur », ambiance!

Pour le reste, on retrouve bien les codes de l’autrice : des personnages dotés d’une personnalité déviantes et portant des prénoms abracadabrants (Pie, Donate, etc.), une situation en apparence « normale » mais qui évolue peu à peu vers quelque chose de noir et de menaçant et, bien sûr, du champagne! Le livre se lit d’une traite et je me suis sentie bien dans cette lecture moins déstabilisante que ce que « Soif » avait pu être. Il y’a ainsi des passages emplis de gaieté, ce qui contrebalance la fin qui, elle, tombe comme un couperet, froide et implacable.

En bref, un roman « classique » d’Amélie Nothomb, des thèmes déjà abordés précédemment et, surtout, moins de prise de risque que l’an dernier. Un texte que les amoureux de la littérature devraient néanmoins apprécier! À noter le petit clin d’œil d’Amélie Nothomb qui a choisi de nommer son héroïne « Ange », autrement dit : un prénom épicène!

Références : « Les Aérostats« , Amélie Nothomb, aux éditions Albin Michel, 180 pages, 17,90€ .

Romans français

Les billes du Pachinko, Elisa Shua Dusapin

En 2 mots : Claire, 29 ans, vit en Suisse et passe l’été chez ses grands-parents maternels, à Tokyo. Ces derniers vivent au Japon depuis des décennies, ayant fuit leur pays d’origine lors de la guerre de Corée. La jeune femme végète ainsi, dans une chaleur humide et suffocante, entre le petit appartement de ses grands-parents – situé en face de l’établissement de Pachinko que tient son grand-père – et son travail de professeur de français auprès d’une jeune adolescente japonaise, Mieko.

Mon avis : Comme dans « Hiver à Sokcho« , le précédent roman d’Elisa Shua Dusapin, j’ai retrouvé ce style doux et mélancolique qui m’avait tant plu. Là encore, il ne se passe pas grand chose mais pourtant l’atmosphère est particulièrement prenante, presque enivrante à force d’évoluée en vase clos. L’horizon de Claire est en effet bien étroit : la rue de ses grands-parents, avec l’établissement de Pachinko, sa femme-sandwich ou encore le supermarché du coin, et le quartier de Mieko. Cette vie monotone est ponctuée de rares sorties, dans des endroits tout aussi étranges et solitaires que l’héroïne (le parc d’attraction consacrée à « Heidi » en est un bon exemple). J’ai d’ailleurs parfois eu l’impression que Claire était prisonnière de son environnement, comme s’il la rendait léthargique, l’amenant à fonctionner au ralenti. Les bruits sont comme assourdis, le temps presque figé, les mouvements ralentis et la ville de Tokyo nimbée dans une sorte de brouillard qui floute ses contours et ses habitants.

Très vite, on sent que Claire peine à trouver sa place dans cet espace-temps que constitue son séjour à Tokyo. Elle ne se sent ni à l’aise avec ses grands-parents coréens dont elle a oublié la langue, ni vraiment avec Mieko et sa mère. Là sans être là, elle tue le temps, déambulant sans but ni envie, se convainquant presque malgré elle que la raison de sa présence réside dans le souhait de ses grands-parents de revoir un jour la Corée. Un voyage que Claire tente d’organiser, mollement, tant l’envie fait défaut chez elle comme chez ses aïeules. Une impression renforcée par le rythme de ce roman très court, même pas 160 pages : tout y est lancinant, répétitif, accentuant cette impression de vie étroite, réduite où les protagonistes cohabitent les uns avec les autres sans vraiment se comprendre. Le rapprochement avec Mieko et les grands-parents s’opère finalement mais là encore de manière fugace, dans les non-dits.

Un petit texte mélancolique, agréable à lire, qui pose la question des origines et de l’identité, explorant la complexité des rapports familiaux confrontés aux barrages de la langue et de la culture. Le rapport au temps tient également une place importante dans ce roman où tout semble immuable, à la manière de ces joueurs qui se rendent chaque jour au Pachinko pour répéter les mêmes gestes et routines, sans fin, sans but, pris dans l’engrenage de l’habitude.

A lire pour se fondre dans une atmosphère ouatée tout en réfléchissant subtilement au multiculturalisme, aux racines, à la difficulté de trouver sa place et d’habiter son monde.

Références : « Les billes du Pachinko« , Elisa Shua Dusapin, aux éditions Folio, 160 pages, 7,50€.

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Je voudrais tout prendre d’elle, Cécile de Ménibus

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En 2 mots : une famille française où l’histoire de Catherine, aujourd’hui âgée de près de 70 ans, qui se penche sur ses souvenirs à l’occasion d’un voyage effectué avec sa fille, Constance. Toutes deux se retrouvent pour un périple à destination de l’île bretonne d’Ouessant afin d’y faire le deuil de Sylvie, leur fille et sœur. Ce pèlerinage sera l’occasion pour Catherine de faire son introspection en se retournant sur sa vie, houleuse. Une destinée marquée dès l’adolescence par une fugue du château familial, devenu irrespirable car trop hostile, froid et violent. Ayant trouvé refuge à Paris, Catherine trouve finalement un emploi, à la campagne, dans une petite ferme. Là, elle fait la connaissance d’Etienne ; l’heure est alors aux premiers émois avant que se succèdent désillusions et chagrins, de manière implacable… La naissance de ses enfants tant aimés apportera néanmoins la lumière dans son existence.

Mon avis : Ce roman traîne derrière lui une douce vague de mélancolie. Le thème du deuil flotte ainsi en creux, effleurant les personnages comme une présence constante, impossible à oublier. Celle de la grande absente, Sylvie, mais aussi celle plus ancienne du petit Thierry, dont la disparition tragique a marquée l’héroïne au fer blanc.

J’ai aimé l’idée de ce duo qui s’épaule pour essayer d’endiguer leur souffrance. Cette mère et cette fille, unies dans leur chagrin, qui décident d’accomplir un voyage afin de rendre hommage à leur chère disparue, en espérant un peu soulager leur fardeau. J’ai trouvé belle cette démarche de Constance qui tente d' »alléger son chagrin et [de] lui procurer la paix intérieure dont a besoin sa courageuse, sa si belle maman. Pour que tout rentre dans l’ordre sereinement.« 

Certains passages, entre Catherine et sa mère notamment, sont effroyables de cruauté. La vie de château fait ici froid dans le dos et la situation familiale de Catherine évoque plutôt celle de Cosette ou de Cendrillon, tant sa mère se montre sans cœur et méprisante envers elle. Ces interludes sont heureusement contrebalancés par ses relations avec ses propres enfants, qui prennent le contre-pied de toute cette haine et de cette rancœur. Le roman souligne ainsi que l’on peut faire fi du passé en évitant de reproduire les comportements abjects subis en étant enfant. Cette relation passionnelle qui unie Catherine à ses enfants irrigue le roman avec force, martelant ainsi le pouvoir inconditionnel de l’amour maternel.

Le texte, plutôt court, se lit facilement mais je n’ai pas été séduite par l’écriture et certaines tournures de phrases que j’ai trouvé un peu « vieillottes ». Au bout du compte, l’histoire de cette vie, marquée par les drames et les joies de l’existence, est somme toute plutôt convenue.

En bref, un roman poignant qui ébranle le lecteur mais qui manque de cette touche d’originalité qui aurait pu le rendre vraiment marquant…

Références : « Je voudrais tout prendre d’elle« , Cécile de Ménibus, aux éditions Charleston. Sortie prévue le 13 octobre 2020.

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Laissez-nous la nuit, Pauline Clavière

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En 2 mots : Inspiré d’une histoire vraie, le roman raconte la descente aux enfers de Max, incarcéré du jour au lendemain pour une sombre histoire de facture non acquittée. La chute de ce quinquagénaire, incroyable et imprévisible, le précipite dans un microcosme sordide. Ce « Monsieur tout le monde », sonné par l’absurdité de ce qui lui arrive, doit rapidement apprendre à maîtriser les codes de son nouvel univers s’il veut survivre. Dans ce monde glauquissime, fait de violence, d’interdits et de privations, il apprend à savourer les plus infimes plaisirs : « un peu de silence, du café, une cigarette « .

Mon avis : J’ai lu ce texte petit à petit tant le sujet peut vite se révéler lourd à digérer. C’est un roman que l’on avance un peu à la manière d’une série tv, en regardant un épisode puis en faisant une pause avant de reprendre le fil le lendemain.

Ce qui m’a tout particulièrement marqué dans cette histoire c’est de pouvoir passer de l’autre côté, d’envisager et de vivre la prison du point de vue de ceux qui la côtoient au quotidien et de la manière la plus intime : les détenus. Ce roman humanise ces hommes, dans le sens où il les rend palpables en mettant en lumière leurs individualités. Ici, ce sont des noms, mais surtout des histoires et des trajectoires de vie que l’on découvre ; certaines se révèlent glaçantes, d’autres touchantes mais l’on évite le côté caricatural grâce à des personnages tout en nuances. Je pense notamment à Marcos, le compagnon de cellule de Max, grande gueule accro à l’alcool et aux stupéfiants mais dont le côté bourru inspire la sympathie.

La prison est ici décrite comme une machine implacable qui broie ses occupants pour mieux les asservir. Pauline Clavière décrit ainsi avec minutie ce glissement lent et insidieux qui guette tous les nouveaux arrivants, les modelant alors de manière insidieuse : les caractères, le langage, la posture se modifient pour coller au standing de la prison. L’omniprésence de la violence et des trafics, ce régime de domination des plus forts, qui flairent la faiblesse et l’exploitent jusqu’à plus soif, est remarquablement  bien décrit. En creux se dessine ainsi la critique d’un système devenu archaïque, court-circuité par les absurdités et les contradictions qui le gangrène.

Ce roman offre aussi une galerie de personnages variées, qu’ils soient au premier plan où qu’il ne traverse le récit que fugacement. L’aumonier, la médecin, certains surveillants apportent un peu d’humanité à ce lieu. Eux ne se résignent pas et continuent à lutter pour conserver leur part d’humanité et ne pas se laisser aspirer dans ce gouffre, ce puit sans fond qu’est la prison. Et bien sûr il y’a aussi la question des proches, ceux qui attendent à l’extérieur, s’éloignant de celui devenu un pestiféré ou au contraire jetant ses forces dans une bataille impossible contre un système judiciaire qui ne veut pas voir ses propres faiblesses.

Un texte édifiant, fort et suffisamment lumineux pour transpercer la noirceur du milieu carcéral.

Références : « Laissez-nous la nuit« , Pauline Clavière, aux éditions Grasset, 624 pages, 21,50€.

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L’énigme de la chambre 622, Joël Dicker

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En 2 mots : À Genève, la banque Ebezner est le théâtre d’un incroyable jeu de dupes. L’enjeu ? Rien de moins que le siège de président, normalement dévolu à Macaire Ebezner, unique héritier de la famille. Mais ses mauvais résultats, doublé d’un tempérament désordonné et négligeant pourrait bien le mettre sur la touche, éclipsé par son flamboyant collègue, Lev Levovitch, véritable prodige de la finance. Dès le début, on comprend que l’un des pontes de la banque sera la victime d’un meurtre, commis dans la chambre 622 d’un palace de Verbier. Mais on ignore de qui il s’agit… (jusqu’à ce que débute la seconde partie!) Des années plus tard, l’auteur lui-même reprend le fil de cette énigme, bien décidé à faire la lumière sur cette étrange affaire et, pourquoi pas, trouver là matière à la rédaction d’un nouveau roman.

Mon avis : Un roman qui suscite la controverse mais que moi j’ai passionnément aimé! Un peu déçue par son précédent ouvrage « La disparition de Stéphanie Mailer« , j’ai enfin retrouvé ce suspens de folie et cette explosion d’émotion que j’avais ressenti en lisant le cultissime « La vérité sur l’affaire Harry Quebert« !

Alors certes, il y’a des défauts – l’hommage à Bernard de Fallois qui vient parfois comme un cheveu sur la soupe, des personnages caricaturaux ou des rebondissements un peu rocambolesques – mais qu’importe tant j’ai pris plaisir à lire ce roman, littéralement scotchée par l’intrigue. C’est véritablement à la moitié que l’histoire s’emballe, devenant tellement dingue à mesure que la tension va crescendo : je n’ai pas pu le lâcher!

Joël Dicker livre ici un roman dense, complet, d’une richesse incroyable : à la fois polar, roman d’espionnage ou encore histoire d’amour.  Servi par une trame scénaristique efficace, le roman nous plonge dans un incroyable jeu de dupes dans lequel on ne sait pas qui manipule qui ni qui mène vraiment le jeu. De fait, il y’a tellement de possibilités (qui est la victime puis qui est le meurtrier), qu’il est tout bonnement impossible de deviner la fin! Surtout, la solution de Joël Dicker est tellement inattendue – coup de chapeau pour l’incroyable révélation qui surgie au 2e tiers du roman et qui m’a littéralement fait tomber de ma chaise (je ne m’en suis pas encore remise!!) Une fois sa bombe lâchée, quel feu d’artifice!

La trame narrative est fluide, malgré de fréquents allers-retours dans le passé, il y’a suffisamment de repères temporaux pour ne pas perdre le fil. Tous les personnages sont importants et détiennent un élément clé du dénouement final. Leurs révélations progressives finissent ainsi par apporter la lumière sur cette affaire complexe, le passé venant éclairer le présent. La fin est à la hauteur des attentes, répondant à toutes les questions que l’on peut se poser à la lecture du roman, dispersant toutes les zones d’ombre.

L’écriture, très cinématographique, se prêterait bien à mon sens à une adaptation sur petit ou grand écran. En tout cas je croise les doigts!

Références : « L’énigme de la chambre 622« , aux éditions De Fallois, 576 pages, 23€.

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Le peintre du dimanche, David Zaoui

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En 2 mots : David Zaoui croque ici le portrait d’Alfredo Scali, un jeune aspirant peintre ayant pour ambition d’immortaliser sur ses toiles les rêves et l’inconscient des animaux, leurs désirs secrets. Un thème déjanté qui peine à trouver son public jusqu’au jour où le jeune homme recueille Schmidt, une petite femelle capucin, ex-animal thérapeutique de sa grand-mère, souffrant de la maladie d’Alzheimer. Plus qu’un animal de compagnie, le petit singe se révèle être une formidable compagne de vie pour le jeune Alfredo qui végète dans sa triste banlieue. Schmidt, dotée d’une remarquable intelligence, console et comble ainsi la solitude du jeune homme, avec toute sa douceur, sa sensibilité et sa drôlerie. Lorsqu’elle se met elle même à prendre les pinceaux et à composer des toiles somptueuses, Alfredo entrevoit enfin l’espoir d’un avenir meilleur et, surtout, la fin de sa longue relation chaotique avec son conseiller pôle emploi!

Mon avis : Alerte coup de cœur pour ce roman qui mêle humour, originalité et tendresse! J’ai vraiment adoré dès les premières lignes, totalement séduite par le ton de l’auteur et surtout conquise de trouver enfin un roman à la fois drôle et intelligent! C’est bien simple on éclate de rire presque à chaque page, à la lecture des pitreries de Schmidt, qui affectionne notamment les déguisements et le feuilleton « Starsky et Hutch » (mais sans Hutch!), ou encore avec les énormités que sort la grand-mère d Alfredo.

Coup de cœur également pour cette galerie de personnages qui traverse le roman, à la fois loufoques et tendres, touchants de par leur fêlures. Ces êtres atypiques et cabossés, avec leur fantaisie et leur philosophie de vie, illuminent les pages de ce roman, lui apportant profondeur et luminosité. Tous traînent en effet leurs problèmes et leur mal-être dans un Paris qui n’ouvre que difficilement ses portes aux êtres en marges de la société. Qu’importe, ils se font leur place, à leur manière.

Que le lecteur qui hésiterait se rassure : c’est un peu déjanté mais sans jamais déraper dans la lourdeur. Cela flirte avec le grotesque, l’absurde et le burlesque mais avec une telle bienveillance que ça fonctionne. Les personnages, révélés sous des jours parfois peu flatteurs, ne sont jamais ridicules mais au contraire profondément humain.

En bref, un livre qui fait vraiment du bien, décontracté, malicieux et, surtout, qui ne se prend pas au sérieux : un vrai bol d’air frais!

Références : « Le peintre du dimanche« , David Zaoui, aux éditions du Livre de poche, 288 pages, 7,40€.

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La folie douce, Christine Jusanx

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En 2 mots : Juliette vit une histoire d’amour passionnelle avec Lucas, son amant depuis près d’un an. Follement éprise, la jeune femme ne touche plus terre en ce vendredi soir alors qu’elle se dirige vers la gare de Lyon, bien décidée à savourer l’escapade secrète qu’ils ont planifié dans le sud de la France. Les minutes passent, le train pour Montpellier entre en gare mais Lucas n’est pas là… Anxieuse, déboussolée, Juliette finit néanmoins par monter in extremis dans le train, complètement chamboulée par l’absence inexpliquée de Lucas. Cette escapade en solitaire, bien que douloureuse et subie, sera peut-être l’occasion pour Juliette de se remettre en question et de s’interroger sur ce qu’elle attend vraiment de la vie et des relations humaines…

Mon avis : Un texte lumineux, gorgé du soleil et de la chaleur du Sud de la France! Montpellier et Marseille offrent ainsi un cadre chaleureux et réconfortant aux errances de Juliette, si souvent déçue en amour. Les soirées d’été qui s’étirent, les promenades le long des calanques, les baignades dans la Méditerranée ainsi que l’accent chantant du sud enveloppent le roman d’une aura estivale irrésistible.

Juliette, cette jeune femme si attachante, m’a beaucoup inspiré, notamment de par sa capacité à faire face et à aller de l’avant, à profiter de la vie et de ses opportunités malgré sa déception, immense. L’attente de l’autre, le sentiment d’abandon, les espoirs déçus sont très bien retranscrits et l’on se prend à espérer, puis à relativiser et à s’apaiser, comme au diapason avec l’héroïne.

J’ai beaucoup aimé l’histoire, cette folie douce et légère malgré la gravité. Il y’a de bien jolis passages, emplis de gaieté et d’insouciance, que j’ai particulièrement apprécié, même si le vague à l’âme n’est jamais loin. Juliette passe par des hauts et des bas mais le lecteur l’accompagne, presque comme s’il veillait sur elle, durant cette parenthèse. Le silence de son amant la contraint à une remise en question nécessaire et salutaire qui donne à réfléchir sur nos vies lancées à cent à l’heure, parfois dans des trajectoires bien éloignées de nos aspirations.

Un petit bémol cependant sur le fond avec un style que j’ai mis un peu de temps à apprivoiser. Je m’agaçais ainsi de ces phrases multipliant les synonymes, ces répétitions inutiles tant l’état d’esprit de Juliette était limpide et ne nécessitait pas autant de mots similaires pour le décrire. Un texte un peu plus épuré aurait gagné, selon moi, en légèreté.

En bref : une jolie lecture à savourer sous le soleil estival!

Références : « La folie douce« , Christine Jusanx, aux éditions Michel Lafon, 251 pages, 17,95€.

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La terre des loups, Jeanne-Marie Sauvage-Avit

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En 2 mots : Suite à son licenciement, Jessy quitte Lyon pour s’installer dans un hameau de 11 habitants perdu dans les montagnes alpines. Passionnée d’histoire de l’art, la jeune femme est l’auteure d’une thèse sur Steffen Witzberg, un peintre allemand ayant du fuir l’Allemagne dans les années 30 pour ses peintures controversées, à charge contre le Führer et le régime nazi. L’une des cachettes de l’artiste et de son épouse fut  justement  la petite bergerie dans laquelle Jessy pose ses bagages. Là, dans ses lieux imprégnés par l’aura du peintre, la jeune femme en apprend davantage, notamment en interrogeant celui qui, à l’époque âgé de 14 ans, avait aidé Witzberg et sa femme à fuir les nazis en s’échappant dans les montagnes pour gagner la Suisse. Lorsqu’un projet immobilier de grande ampleur menace la quiétude du hameau, Jessy décide de se battre en prenant les pinceaux afin d’imiter le style de son modèle afin de réaliser une oeuvre dont la vente permettrait de sauver le village…

Mon avis : J’ai été séduite par cette histoire qui prend place dans les montagnes alpines ainsi que par ses personnages authentiques et sincères. Ce roman dégage une impression de simplicité et de calme qui m’ont ainsi rendu cette lecture apaisante et paisible. J’ai notamment aimé me fondre dans ces paysages préservés des Alpes, dans ce hameau de quelques âmes où Jessy trouve refuge suite à son licenciement. Ces instants où elle s’abandonne tout entière à la peinture, dans cette bulle protectrice que lui procure sa bergerie, m’ont paru être de très jolis moments de lecture, tout en grâce et en sensibilité.
Le côté historique, en faisant le parallèle avec le destin du peintre allemand Witzberg, en fuite durant la seconde guerre mondiale, m’a particulièrement plu, notamment car cette période troublée de l’histoire recèle encore bien des mystères autour des œuvres artistiques disparues et spoliées.
Si Jessy ne m’était guère sympathique – un peu trop froide à mon goût – j’ai néanmoins aimé suivre son combat pour sauver son village d’adoption des mains d’un promoteur immobilier. La fin, plutôt ouverte, laisse envisager la possibilité d’une suite.

Une lecture fluide et prenante qui mêle habilement la petite et la grande histoire, l’art, la nature et les sentiments.

Références : « La terre des loups« , Jeanne-Marie Avit-Sauvage, aux éditions Charleston, 320 pages, 18€.