Romans français

Ne t’arrête pas de courir, Mathieu Palain

Le roman de Mathieu Palain « Ne t’arrête pas de courir » est juste complètement addictif et, une fois encore, c’est une parution des éditions de l’Iconoclaste, dont j’ai dévoré pratiquement toutes les sorties de cette rentrée littéraire 2021!

On y découvre la rencontre puis la relation qui se tisse entre Toumany Coulibaly, champion de France d’athlétisme incarcéré pour de multiples cambriolages, et le journaliste Mathieu Palain, fasciné par le parcours schizophrène de cet athlète qui avait tout pour réussir.

Mon premier réflexe a été de googliser Toumany Coulibaly pour voir s’il s’agissait d’une histoire vraie ou d’une fiction, et bien tout est vrai! Alors qu’il est doté de dispositions physiques hors normes, capable de rivaliser avec les plus grands sur 200 ou 400m, Toum n’a pas si tôt finit de serrer des mains et de soulever des coupes, qu’il enfile la cagoule pour se mettre à braquer des pharmacies ou des supermarchés. Un parcours dingue, incompréhensible pour son entourage, mais tellement fascinant…

Mathieu Palain raconte, avec une précision journalistique, les parloirs, les sms, les rencontres avec les proches de Coulibaly pour tenter de percer le mystère de ce mec qui, inexorablement, gâche son talent pour un shoot d’adrénaline. J’ai beaucoup aimé ce face à face entre deux trentenaires qu’à priori tout oppose et qui parviennent à nouer une relation intime, entre confidences et faux-semblants. Qu’est-ce qui les pousse l’un vers l’autre ? Pourquoi Toum se livre t-il ainsi à un parfait inconnu et que voit Mathieu dans ce détenu qui s’accroche à ses rêves du fond de sa cellule miteuse?

Un roman passionnant, qui se lit comme une enquête et qui m’a tenu en haleine de bout en bout tant ce destin brisé en pleine gloire à tout d’une tragédie de cinéma. La réalité surpasse ici encore, et avec panache, la fiction…

Références : « Ne t’arrête pas de courir« , Mathieu Palain, aux éditions de l’Iconoclaste, 422 pages, 19€.

Romans français

Kerozene, Adeline Dieudonné

En plein dans « Kérozène » d’Adeline Dieudonné et, mon dieu, qu’il faut avoir le cœur bien accroché 😱

Dès le début, comme dans son premier roman « La vraie vie », on comprend que ça va être glauque. Très glauque. L’auteure l’a d’ailleurs très bien expliqué en conférence : elle profite de l’écriture pour exorciser toute la noirceur qu’elle a en elle. Le trash, le sordide, l’horreur : elle les tient hors d’elle en les mettant dans ses romans

Ici, elle nous propose une galerie de personnages qui se croisent, une nuit d’été, à la station-service d’une aire d’autoroute. Ils sont 15 (en comptant le cheval et le cadavre) et tous ont une histoire à vous faire dresser les cheveux sur la tête.

Malgré les récits glaçants qui s’enchaînent et me heurtent, avec plus ou moins d’intensité, je suis à nouveau happée par la plume d’Adeline Dieudonné. Je poursuis ma lecture, même si c’est difficile, oscillant entre terreur et fascination. Passionnante expérience de lecture en vérité, qui m’oblige à sortir de ma zone de confort pour me confronter à une littérature incisive, profondément noire et dérangeante. Parfois, c’est aussi cela la lecture, faire un saut dans l’inconnu et être fière de l’avoir fait…

Références :  » Kérozène », Adeline Dieudonné, aux éditions de l’Iconoclaste, 257 pages, 20€.

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Seule en sa demeure, Cécile Coulon

Fan du « Rebecca » de Daphné du Maurier? Précipitez vous sans tarder sur le dernier roman de Cécile Coulon qui vient tout juste de paraître et dont le titre glaçant se suffit presque à lui-même : « Seule en sa demeure« !

En 2 mots : L’histoire d’une jeune mariée, au XIXe siècle, qui quitte sa famille pour vivre dans la propriété perdue au milieu des bois de son époux. Une atmosphère inquiétante règne sur cette demeure encerclée par les arbres et la nouvelle maîtresse des lieux a bien du mal à s’y sentir à l’aise. Une solitude renforcée par l’attitude distante et réservée de son mari, lui dont la première épouse est décédée seulement 6 mois après leur mariage…

Mon avis : J’ai adoré cette ambiance mystérieuse et tourmentée, cette tension que l’on sent monter crescendo à mesure que les secrets s’accumulent. Le côté sombre et oppressant de la nature donne d’ailleurs tout son charme à ce huis clos feutré. Aux côtés d’Aimée, je me suis posée mille questions sur ce mari si rigoriste, sur les secrets qu’ils pourraient dissimuler à sa femme, sur cette menace que l’on sent planer sur le domaine…

J’ai tout aimé dans ce roman que j’attendais avec impatience, déjà conquise d’avance par ce titre et cette sublime couverture! Le récit, aux allures de conte qui vire au cauchemar, a également tenu toutes ses promesses tant l’écriture s’est révélée envoûtante, comme pour mieux garder le lecteur lui-aussi captif en cette demeure… Bref, une histoire incroyablement puissante et immersive !

Références : « Seule en sa demeure« , Cécile Coulon, aux éditions de l’Iconoclaste, 333 pages, 19€.

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Mon mari, Maud Ventura

Une lecture tellement atypique, je suis conquise par cette petite pépite signée Maud Ventura!

En 2 mots : Une semaine glaçante dans la vie d’un couple a priori sans histoire. Mariés depuis 13 ans, deux enfants, une belle maison et la réussite qui va avec. Bien évidement, tout cela n’est qu’une façade et le mal, bien tapi dans l’esprit de l’épouse, tisse sa toile autour de cette famille décidément bien particulière

Car dans « Mon mari » il faut surtout chercher la femme! C’est elle, cette amoureuse folle jusqu’à l’obsession, qui illumine le roman de sa puissance, flamboyante et inquiétante à la fois. Dès les premières lignes, on sent bien que quelque chose ne tourne pas rond dans la tête de cette femme, qu’elle est complètement zinzin, obsessionnelle et maladivement dépendante de son mari qui, lui, semble bien terne en comparaison

Elle, elle organise toute sa vie en fonction de lui, dissèque chacun de ses propos, enregistre leurs conversations pour mieux les analyser par la suite, note ses « fautes » dans un carnet en lui attribuant de justes punitions, bref on est face à une femme psychologiquement instable, à la limite de la folie. Un personnage fascinant, maladivement angoissé et qui s’auto persuade d’être dans son bon droit, trouvant des justifications à tous ses comportements extrêmes. Une femme complexe qui ne semble pas pouvoir exister sans son mari alors qu’elle affiche une force de caractère impressionnante

Bref, jai adoré détester cette femme -si éloignée de l’idée que je me fais du couple- pourtant ses obsessions m’ont fasciné. Je n’en revenais pas de son degré de perversité et de ses manigances pour éprouver l’amour de son mari. Tant de contrôle et de rigueur sans jamais pouvoir se sentir en sécurité c’est juste dingue, hyper original et dérangeant!

Références : « Mon mari« , Maud Ventura, aux éditions de l’Iconoclaste, 355 pages, 19€ .

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From Jackie with love, Hermine Simon

Bon, les Kennedy c’est un peu l’un de mes sujets de prédilection, alors quand j’ai vu passer ces « mémoires fictives » de Jackie Kennedy (« From Jackie with love » de Hermine Simon), j’ai sauté dessus! L’ouvrage balaie la vie de la first lady, de son enfance à son mariage avec John Kennedy, de leur accession à la maison blanche à l’assassinat de Dallas, puis les années Onassis jusqu’à son décès en mai 1994. Malheureusement, je ressors de ma lecture particulièrement frustrée 😓.

Déjà, j’ai eu beaucoup de mal avec l’utilisation de la première personne du singulier et les mots prêtés à Jackie par l’auteure, qui s’imagine dans la peau de la first lady la plus emblématique des Etats-Unis. J’ai souvent pensé « mais non ce n’est pas possible, Jackie n’aurait jamais dit ou pensé cela », bref cela reste bien sûr très subjectif…

Je suis également restée sur ma faim car j’ai trouvé ce roman biographique très très superficiel, n’effleurant qu’en surface la personnalité et les grands moments de la vie de Jackie Kennedy. Trop de passages manquent de profondeur et auraient mérités que l’on s’y attarde longuement. Malheureusement, ils ne sont que survolés. En revanche, on a d’interminables descriptions sur les robes et tenues…

Reste que j’ai été contente de retrouver ces « personnages » devenus emblématiques même si je n’ai pas appris grand chose et que la Jackie que j’ai découverte dans ce livre a tout d’une héroïne de roman à l’eau de rose mais trop peu de consistance. Elle était tellement plus que ça! Vraiment dommage😓

Références : « From Jackie with love« , Hermine Simon, aux éditions Charleston, 320 pages, 19€ .

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Ainsi gèlent les bulles de savon, Marie Vareille

En 2 mots : Marie Vareille questionne ici la maternité et les rapports mère/fille à travers 3 personnages féminins savamment étudiés : la future mère épanouie devenue une jeune maman en plein postpartum, l’adolescente paumée et la mère accomplie (du moins en apparence). Au delà des clichés, l’auteure tisse une toile habile entre ces 3 femmes dont les destins sont plus intimement liés qu’il n’y parait de prime abord.

Mon avis : J’ai adoré ce roman qui donne un bon coup de pied dans la fourmilière et qui aborde avec subtilité les bouleversements de la maternité. J’ai l’ai surtout trouvé déculpabilisant et amenant de nombreuses possibilités de réflexion et de discussion. Très bien écrit, le roman amène une petite dose de suspens tant on se prend à chercher les liens qui pourraient bien exister entre les héroïnes. A l’arrivée, je n’ai pas été déçue!

Les personnages se révèlent touchantes car profondément humaines avec leurs fêlures et cette culpabilité écrasante dont elles peinent à se défaire. L’injonction d’être une mère parfaite pèse encore profondément sur les épaules des femmes d’aujourd’hui qui ont le sentiment de ne jamais en faire assez ni d’être suffisamment à la hauteur des standards en vigueur. Marie Vareille leur octroie ici le droit de briser les codes, de commettre des erreurs, d’essayer de les réparer, de demander de l’aide et de dire stop quand ça ne va pas. Elle met en lumière différents types de mère, sans jugement, en soulignant que derrière le sacro saint règne des apparences, la vérité n’est pas toujours aussi belle que ce que l’on veut faire croire aux autres… Etre mère n’est pas toujours innée et ce cheminement peut nécessiter du temps et du soutien.

En bref, que ça fait du bien d’envisager la maternité sous différentes façons – et pas toutes des plus glorieuses ! À mettre d’urgence entre les mains des futures et/ou jeunes mères, sans oublier les papas!

Références : « Ainsi gèlent les bulles de savon« , Marie Vareille, aux éditions Charleston, 368 pages, 19€.

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Le parfum des fleurs la nuit, Leila Slimani

En 2 mots : Une belle introspection de la part de l’auteure qui accepte, le temps d’une nuit, de se laisser enfermer dans le musée de la Punta Della Dogana (Douane) à Venise. Une idée un peu folle, proposée par son éditrice dans le cadre du projet « ma nuit au musée » lancé par les éditions Stock. Là, au milieu des œuvres d’art, Leila Slimani déambule, s’émeut ou reste perplexe devant les propositions artistiques toutes plus barrées les unes que les autres. Une nuit d’errance magnifique, durant laquelle elle convoque les «fantômes» qui lui sont chers mais également les souvenirs de son enfance au Maroc, tout en s’interrogeant sur son rapport à l’écriture, la littérature, la foi, l’art, aux autres, etc. L’inspiration sera t-elle au rendez-vous?

Mon avis : J’ai eu peur, en lisant les premières pages, que ce soit très nombriliste. Il n’en est rien car Leila Slimani m’a totalement embarqué dans son univers. J’attendais une histoire, le récit d’une nuit inattendue et je l’ai bel et bien eu. J’ai découvert une femme complexe, pleine de doutes et d’incertitudes. Surtout, j’ai aimé ses belles réflexions ainsi que les références littéraires et artistiques qui jalonnent cette nuit – un peu magique, aux frontières du fantastique et du surnaturel – au musée. Leila Slimani livre ici un récit intimiste, acceptant de lever un peu le voile sur ses fragilités au cœur d’une nuit solitaire, dans ce merveilleux décor propice aux confidences…

Références : « Le parfum des fleurs la nuit« , Leila Slimani, aux éditions Stock, 140 pages, 18€.

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L’inconnu de la poste, Florence Aubenas

En 2 mots : Florence Aubenas, grand reporter au journal Le Monde, retrace l’histoire d’un crime sordide commis dans le petit village de Montréal-la-Cluse, au mois de décembre 2008 : l’assassinat d’une postière, Catherine Burgot, tuée de 26 coups de couteau dans son petit bureau de poste, alors qu’elle était enceinte…
Un suspect atypique se dessine dès les premières pages : Gérald Thomassin, marginal autrefois acteur et lauréat d’un César en 1991, nouvellement résidant de cette petite communauté où tout le monde se connaît. Lui, l’étranger, comédien à la dérive, paumé pet drogué, a tout du parfait coupable. Presque trop…

Mon avis : Lecture passionnante et passionnée! Florence Aubenas fait mouche à chaque fois! Comme dans « La quai de Ouistreham », ce récit d’un -vrai – fait divers nous happe dès les premières lignes!

Florence Aubenas remonte le fil de ce fait divers et invite le lecteur au cœur d’une enquête palpitante, richement documentée et immersive. Sous sa plume, les différents éléments de l’affaire sont analysés méthodiquement et c’est alors toute la communauté de ce petit village de montagne qui reprend vie pour tenter de faire la lumière sur ce meurtre particulièrement violent, opportuniste et sans explication logique face à un tel acharnement.

J’ai été captivée dès les premières lignes par cette affaire particulièrement mystérieuse ; difficile de croire que tout est vrai et que cela s’est réellement produit tant ce crime semble fou, improbable et inexplicable.

Références : « L’inconnu de la poste« , Florence Aubenas, aux éditions de l’Olivier, 240 pages, 19,90€.

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La chaleur, Victor Jestin

En 2 mots : Leonard passe un été interminable en compagnie de sa famille dans un camping des landes. Là, tout l’accable : la chaleur, le bruit des fêtes sur la plage, la promiscuité, et, surtout, cette éclatante joie de vivre que les autres semblent afficher en toute circonstance, heureux de profiter d’un bel été. Une nuit d’insomnie, alors qu’il erre dans le camping en trainant sa mélancolie, il est témoin d’une scène choc : il aperçoit Oscar, un jeune du camp, en train de suffoquer sur une balançoire, les cordes emmêlées autour du cou. Tétanisé, Léonard ne bouge pas d’un pouce et assiste à la longue agonie d’Oscar, sans lui venir en aide…

Mon avis : Coup de cœur pour ce court roman ultra percutant! En quelques 140 pages, Victor Jestin réussi à nous embarquer, dès les premières lignes, dans une histoire hyper forte et prenante, avec cette scène incroyable de la mort d’Oscar.

J’ai adoré l’atmosphère si particulière qui se dégage de ce roman ; les personnages semblent crouler sous la chaleur, oppressés par un soleil impitoyable qui annihile toute réflexion. Les paysages sauvages des landes se font menaçants, comme si le héros était pris au piège en un lieu qu’il ne pourrait jamais plus quitter. C’est ce petit côté huis-clos qui m’a finalement le plus marqué.

Les états d’âme du héros, ainsi que la culpabilité qu’il ressent pour être resté passif face à la détresse d’Oscar, soulèvent également de vraies questions : qu’est ce qui a motivé cette réaction incroyable ? Pourquoi Léonard est-il resté cloué sur place, en spectateur malsain, fasciné par l’agonie d’un camarade – certes qu’il méprisait – mais tout de même. Comment expliquer qu’il l’ai regardé droit dans les yeux sans lui venir en aide, comme absent à cette scène, privé de ses facultés de réactions. J’ai été fascinée par le récit des heures qui suivent la mort d’Oscar et le comportement de Léonard, ses mécanismes de défense psychique pour tenir à distance l’impensable.

Un instantané de l’adolescence dans ce qu’elle a de plus complexe, où les sentiments sont exacerbés et passent d’un extrême à l’autre en un claquement de doigts. A lire absolument!

Références : « La chaleur« , Victor Jestin, aux éditions J’ai lu, 140 pages, 6,90€.

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M’asseoir cinq minutes avec toi, Sophie Jomain

Encore une petite pépite des éditions Charleston avec ce magnifique roman sur l’autisme signé Sophie Jomain 🤗

Mon cœur de psychomotricienne ne pouvait qu’être touché par les mots de Sophie Jomain! Des mots qui sonnent si justes, si proches de la réalité concrète des familles qui élèvent un enfant qualifié de « différent « . A travers les personnages magnifiques de Claire, formidable mère courage, et de Pauline, cette préado sans filtre et débordante d’intelligence, c’est une histoire sensible, bienveillante et ô combien d’actualité que j’ai découverte.

Aucun pathos, aucun cliché dans le récit du quotidien de cette maman solo mais bien entourée, qui fait de son mieux pour offrir la plus belle vie possible à sa fille, diagnostiquée TSA (trouble du spectre autistique). J’ai aimé la résilience de Claire qui ne changerait pour rien au monde sa fille, qui la trouve formidable avec ses particularités et son approche cash du monde et des autres. J’ai également été admirative de sa lucidité lorsqu’elle réalise certaines erreurs qu’elle a pu commettre – notamment dans sa vie de couple – de sa force à tenir bon coûte que coûte, de sa capacité à vivre pleinement ses moments de joie et à accueillir, sans se cacher, ses peines et ses doutes qui sont si compréhensibles…

C’est un roman lumineux et positif, dont on ressort gonflé à bloc, rempli du courage de Claire et gorgé de l’amour de ses proches – sa famille, ses amis – toujours là pour elle et sa fille. Une enfant atypique certes, mais qui apporte tellement de par son unicité et sa présence ❤

Un formidable hymne à la vie, à la différence, à l’entraide et à l’amour !

Références : « M’asseoir cinq minutes avec toi« , Sophie Jomain, aux éditions Charleston, 272 pages, 18€.