Non classé·Romans français

Ainsi gèlent les bulles de savon, Marie Vareille

En 2 mots : Marie Vareille questionne ici la maternité et les rapports mère/fille à travers 3 personnages féminins savamment étudiés : la future mère épanouie devenue une jeune maman en plein postpartum, l’adolescente paumée et la mère accomplie (du moins en apparence). Au delà des clichés, l’auteure tisse une toile habile entre ces 3 femmes dont les destins sont plus intimement liés qu’il n’y parait de prime abord.

Mon avis : J’ai adoré ce roman qui donne un bon coup de pied dans la fourmilière et qui aborde avec subtilité les bouleversements de la maternité. J’ai l’ai surtout trouvé déculpabilisant et amenant de nombreuses possibilités de réflexion et de discussion. Très bien écrit, le roman amène une petite dose de suspens tant on se prend à chercher les liens qui pourraient bien exister entre les héroïnes. A l’arrivée, je n’ai pas été déçue!

Les personnages se révèlent touchantes car profondément humaines avec leurs fêlures et cette culpabilité écrasante dont elles peinent à se défaire. L’injonction d’être une mère parfaite pèse encore profondément sur les épaules des femmes d’aujourd’hui qui ont le sentiment de ne jamais en faire assez ni d’être suffisamment à la hauteur des standards en vigueur. Marie Vareille leur octroie ici le droit de briser les codes, de commettre des erreurs, d’essayer de les réparer, de demander de l’aide et de dire stop quand ça ne va pas. Elle met en lumière différents types de mère, sans jugement, en soulignant que derrière le sacro saint règne des apparences, la vérité n’est pas toujours aussi belle que ce que l’on veut faire croire aux autres… Etre mère n’est pas toujours innée et ce cheminement peut nécessiter du temps et du soutien.

En bref, que ça fait du bien d’envisager la maternité sous différentes façons – et pas toutes des plus glorieuses ! À mettre d’urgence entre les mains des futures et/ou jeunes mères, sans oublier les papas!

Références : « Ainsi gèlent les bulles de savon« , Marie Vareille, aux éditions Charleston, 368 pages, 19€.

Non classé·Romans français

Le parfum des fleurs la nuit, Leila Slimani

En 2 mots : Une belle introspection de la part de l’auteure qui accepte, le temps d’une nuit, de se laisser enfermer dans le musée de la Punta Della Dogana (Douane) à Venise. Une idée un peu folle, proposée par son éditrice dans le cadre du projet « ma nuit au musée » lancé par les éditions Stock. Là, au milieu des œuvres d’art, Leila Slimani déambule, s’émeut ou reste perplexe devant les propositions artistiques toutes plus barrées les unes que les autres. Une nuit d’errance magnifique, durant laquelle elle convoque les «fantômes» qui lui sont chers mais également les souvenirs de son enfance au Maroc, tout en s’interrogeant sur son rapport à l’écriture, la littérature, la foi, l’art, aux autres, etc. L’inspiration sera t-elle au rendez-vous?

Mon avis : J’ai eu peur, en lisant les premières pages, que ce soit très nombriliste. Il n’en est rien car Leila Slimani m’a totalement embarqué dans son univers. J’attendais une histoire, le récit d’une nuit inattendue et je l’ai bel et bien eu. J’ai découvert une femme complexe, pleine de doutes et d’incertitudes. Surtout, j’ai aimé ses belles réflexions ainsi que les références littéraires et artistiques qui jalonnent cette nuit – un peu magique, aux frontières du fantastique et du surnaturel – au musée. Leila Slimani livre ici un récit intimiste, acceptant de lever un peu le voile sur ses fragilités au cœur d’une nuit solitaire, dans ce merveilleux décor propice aux confidences…

Références : « Le parfum des fleurs la nuit« , Leila Slimani, aux éditions Stock, 140 pages, 18€.

Romans français

L’inconnu de la poste, Florence Aubenas

En 2 mots : Florence Aubenas, grand reporter au journal Le Monde, retrace l’histoire d’un crime sordide commis dans le petit village de Montréal-la-Cluse, au mois de décembre 2008 : l’assassinat d’une postière, Catherine Burgot, tuée de 26 coups de couteau dans son petit bureau de poste, alors qu’elle était enceinte…
Un suspect atypique se dessine dès les premières pages : Gérald Thomassin, marginal autrefois acteur et lauréat d’un César en 1991, nouvellement résidant de cette petite communauté où tout le monde se connaît. Lui, l’étranger, comédien à la dérive, paumé pet drogué, a tout du parfait coupable. Presque trop…

Mon avis : Lecture passionnante et passionnée! Florence Aubenas fait mouche à chaque fois! Comme dans « La quai de Ouistreham », ce récit d’un -vrai – fait divers nous happe dès les premières lignes!

Florence Aubenas remonte le fil de ce fait divers et invite le lecteur au cœur d’une enquête palpitante, richement documentée et immersive. Sous sa plume, les différents éléments de l’affaire sont analysés méthodiquement et c’est alors toute la communauté de ce petit village de montagne qui reprend vie pour tenter de faire la lumière sur ce meurtre particulièrement violent, opportuniste et sans explication logique face à un tel acharnement.

J’ai été captivée dès les premières lignes par cette affaire particulièrement mystérieuse ; difficile de croire que tout est vrai et que cela s’est réellement produit tant ce crime semble fou, improbable et inexplicable.

Références : « L’inconnu de la poste« , Florence Aubenas, aux éditions de l’Olivier, 240 pages, 19,90€.

Romans français

La chaleur, Victor Jestin

En 2 mots : Leonard passe un été interminable en compagnie de sa famille dans un camping des landes. Là, tout l’accable : la chaleur, le bruit des fêtes sur la plage, la promiscuité, et, surtout, cette éclatante joie de vivre que les autres semblent afficher en toute circonstance, heureux de profiter d’un bel été. Une nuit d’insomnie, alors qu’il erre dans le camping en trainant sa mélancolie, il est témoin d’une scène choc : il aperçoit Oscar, un jeune du camp, en train de suffoquer sur une balançoire, les cordes emmêlées autour du cou. Tétanisé, Léonard ne bouge pas d’un pouce et assiste à la longue agonie d’Oscar, sans lui venir en aide…

Mon avis : Coup de cœur pour ce court roman ultra percutant! En quelques 140 pages, Victor Jestin réussi à nous embarquer, dès les premières lignes, dans une histoire hyper forte et prenante, avec cette scène incroyable de la mort d’Oscar.

J’ai adoré l’atmosphère si particulière qui se dégage de ce roman ; les personnages semblent crouler sous la chaleur, oppressés par un soleil impitoyable qui annihile toute réflexion. Les paysages sauvages des landes se font menaçants, comme si le héros était pris au piège en un lieu qu’il ne pourrait jamais plus quitter. C’est ce petit côté huis-clos qui m’a finalement le plus marqué.

Les états d’âme du héros, ainsi que la culpabilité qu’il ressent pour être resté passif face à la détresse d’Oscar, soulèvent également de vraies questions : qu’est ce qui a motivé cette réaction incroyable ? Pourquoi Léonard est-il resté cloué sur place, en spectateur malsain, fasciné par l’agonie d’un camarade – certes qu’il méprisait – mais tout de même. Comment expliquer qu’il l’ai regardé droit dans les yeux sans lui venir en aide, comme absent à cette scène, privé de ses facultés de réactions. J’ai été fascinée par le récit des heures qui suivent la mort d’Oscar et le comportement de Léonard, ses mécanismes de défense psychique pour tenir à distance l’impensable.

Un instantané de l’adolescence dans ce qu’elle a de plus complexe, où les sentiments sont exacerbés et passent d’un extrême à l’autre en un claquement de doigts. A lire absolument!

Références : « La chaleur« , Victor Jestin, aux éditions J’ai lu, 140 pages, 6,90€.

Romans français

M’asseoir cinq minutes avec toi, Sophie Jomain

Encore une petite pépite des éditions Charleston avec ce magnifique roman sur l’autisme signé Sophie Jomain 🤗

Mon cœur de psychomotricienne ne pouvait qu’être touché par les mots de Sophie Jomain! Des mots qui sonnent si justes, si proches de la réalité concrète des familles qui élèvent un enfant qualifié de « différent « . A travers les personnages magnifiques de Claire, formidable mère courage, et de Pauline, cette préado sans filtre et débordante d’intelligence, c’est une histoire sensible, bienveillante et ô combien d’actualité que j’ai découverte.

Aucun pathos, aucun cliché dans le récit du quotidien de cette maman solo mais bien entourée, qui fait de son mieux pour offrir la plus belle vie possible à sa fille, diagnostiquée TSA (trouble du spectre autistique). J’ai aimé la résilience de Claire qui ne changerait pour rien au monde sa fille, qui la trouve formidable avec ses particularités et son approche cash du monde et des autres. J’ai également été admirative de sa lucidité lorsqu’elle réalise certaines erreurs qu’elle a pu commettre – notamment dans sa vie de couple – de sa force à tenir bon coûte que coûte, de sa capacité à vivre pleinement ses moments de joie et à accueillir, sans se cacher, ses peines et ses doutes qui sont si compréhensibles…

C’est un roman lumineux et positif, dont on ressort gonflé à bloc, rempli du courage de Claire et gorgé de l’amour de ses proches – sa famille, ses amis – toujours là pour elle et sa fille. Une enfant atypique certes, mais qui apporte tellement de par son unicité et sa présence ❤

Un formidable hymne à la vie, à la différence, à l’entraide et à l’amour !

Références : « M’asseoir cinq minutes avec toi« , Sophie Jomain, aux éditions Charleston, 272 pages, 18€.

Non classé·Romans français

Nuits d’été à Brooklyn, Colombe Schneck

En 2 mots : Le récit s’articule autour d’un accident survenu le 19 août 1991 à Brooklyn : un enfant noir est tué par un chauffard, juif, ayant perdu le contrôle de son véhicule. Un fait divers tragique qui dégénère en émeutes dans les heures qui suivent, mettant le quartier de Crown Heights à feu et à sang. Voilà pour l’arrière plan qui sert de décor à l’amourette d’Esther, jeune journaliste juive pour 3 mois à New-York, et de Frederick, professeur de littérature à l’université, noir, marié et père de famille. Le temps d’un été, ils vivent une passion torride mais entachée par les préjugés, la morale, et le qu’en-dira-t-on.

« Les paroles sont inassimilables, elles se répètent dans le vide. Chacun reste dans son camp avec l’histoire qui l’arrange. La douleur de l’autre est étrangère. »

Mon avis : un joli titre qui m’évoquait un texte exaltant, la promesse d’une plongée dans une ville de New-York vibrante et pleine d’énergie. De l’énergie certes il y’en a mais elle est plutôt perverse, négative et conflictuelle. Ici, il est surtout question de haine raciale, de violences urbaines et d’incompréhension entre les communautés noires et juives.

Si j’ai trouvé ce texte intéressant, notamment du point de vue historique, je me suis en revanche lassée de ces allers-retours intempestifs – 2 semaines avant l’accident, 3 jours après, etc – qui m’ont donné l’impression d’un texte décousu, avec des personnages satellites qui gravitent autour de cet élément central, mais l’ensemble manque de lien et de cohérence.

Références : « Nuits d’été à Brooklyn« , Colombe Schneck, aux éditions Le livre de poche, 240 pages, 7,40€.

Romans français

La famille Martin, David Foenkinos

En 2 mots : Le narrateur – qui ressemble furieusement à David Foenkinos lui-même – est un écrivain à succès en panne d’inspiration. Inspiration qu’il décide de chercher en bas de chez lui en arrêtant la première personne qu’il croisera dans la rue, pour lui proposer de raconter sa vie dans son nouveau roman. Le hasard place sur sa route Madeleine Tricot, une charmante mamie qui perd un peu la mémoire. C’est décidé, ce sera elle la nouvelle héroïne de notre écrivain tourmenté! C’est sans compter sur la famille de la vieille dame, les Martin, qui finissent également par entrer en scène, formant un groupe hétéroclite de personnages à partir desquels se déploie la trame d’une intrigue basée sur la réalité des faits.
Un quotidien qui se révèle bien peu palpitant…

Mon avis : Pas facile de trouver les mots pour parler d’une histoire aussi plate ! Ce n’est ni bien ni pas bien, c’est juste incroyablement banal et sans surprise…

Le roman se lit heureusement très vite avec ces 223 pages mais je me suis quand-même beaucoup ennuyée😕! Tout du long, j’ai eu l’impression que l’auteur ne s’était pas beaucoup décarcassé pour nous servir une histoire qui pioche dans des thèmes qu’il a déjà exploré : la vieillesse et les regrets du temps qui passe, la dépression et le mal-être au travail, les affres du manque d’inspiration de l’écrivain, etc.

Les personnages sont sans plus, la banalité du quotidien n’étant malheureusement pas transcendée par le passage au romanesque! Heureusement cela reste très bien écrit mais c’est sans âme ni panache…

Références : « La famille Martin« , David Foenkinos, aux éditions Gallimard, 240 pages, 19,50€.

Romans français

Les enfants sont rois, Delphine de Vigan

En 2 mots : Mélanie Diore est à la tête d’un petit empire grâce à la chaîne Youtube qu’elle anime avec passion depuis plusieurs années. Son émission, « Happy Récré« , met en scène le quotidien de la jeune femme mais aussi, et surtout, celui de ses deux jeunes enfants, Sammy et Kimmy. A coup de vidéos, photos et multiples publications, Mélanie a réussi à faire de sa progéniture des stars de la téléréalité, des apprentis youtubeurs qui drainent désormais plus de 5 millions de fans! Une surexposition médiatique qui n’est pas sans conséquence, suscitant tout à la fois admiration et compliments mais aussi convoitise et jalousie. Qu’importe. Cette reconnaissance comble de bonheur Mélanie qui n’hésite pas à en demander toujours plus à Sammy et Kimmy, parfois au mépris de leur bien-être. Lorsqu’un soir, la petite fille est introuvable après une partie de cache-cache, la famille bascule dans l’horreur. Qui a bien pu enlever l’une des enfants les plus célèbres de France ? L’enquête est confiée à la brigade criminelle de Clara Roussel, bien décidée à tout faire pour élucider le mystère de la disparation de Kimmy, quitte à exposer les plus noirs secrets de la famille Diore …

Mon avis : Une plongée inquiétante mais passionnante dans l’univers de la téléréalité, de la surexposition médiatique et de l’auto promotion à outrance, dans une société de plus en plus avide de tout voir et de tout savoir. Ce sujet, plus que jamais d’actualité, est ici traité avec finesse et pertinence, en interrogeant notre rapport aux images, aux réseaux sociaux, ainsi qu’à nous même, à ce besoin de partager aux autres des fragments – parfois intimes – de nos vies via écrans interposés.

Le roman se déroule à la manière d’une enquête, avec les comptes-rendus d’interrogatoire, l’examen des pièces à conviction et les théories échafaudées par Clara, qui apparait d’ailleurs comme étant l’exact opposé de Mélanie. Une femme réfléchie, qui garde la tête froide et se méfie de ce déballage indécent et de la surexposition incarnée par « Happy Récré » et ses émules.

J’ai éprouvé une véritable fascination pour les dérives du personnage de Mélanie, qui ne semble absolument pas avoir conscience de ses excès ni de la pression néfaste à laquelle elle soumet ses enfants, les contraignant à toujours plus de vidéos, plus de défis stupides, de sourires factices et de mise en scène, pour entretenir leur popularité. Sourde et aveugle à la lassitude de ses enfants, elle fait passer son besoin abyssal de reconnaissance et d’amour avant tout le reste. Un personnage extrêmement ambivalent, difficile à apprécier, notamment quand on la voit esquisser un sourire de satisfaction en voyant ses « likes » augmenter après l’annonce de l’enlèvement de sa fille. Elle m’a vraiment fait l’impression d’une gourde sans cervelle qui s’obstine dans ses mauvais comportements, convaincue de son bon droit. J’ai néanmoins adoré suivre les parcours de ces deux femmes, qui n’ont presque rien en commun, si ce n’est le désir de retrouver Kimmy.

En bref, un compte à rebours haletant qui m’a tenu en haleine tout du long!

Références : « Les enfants sont rois« , Delphine de Vigan, aux éditions Gallimard, 352 pages, 20€.

Romans français

Le consentement, Vanessa Springora

En 2 mots : Vanessa Springora revient sur la relation complexe qu’elle a entretenue avec le célèbre écrivain G.M, lorsqu’elle avait 14 ans. Une histoire qu’elle décrit comme un aveuglement, un éblouissement pour l’adolescente fragile et influençable qu’elle était alors. Une jeune fille paumée, en manque de repères et d’amour, qui s’étiole petit à petit dans cette aventure malsaine avec un homme mûr et célèbre qui assoit progressivement son emprise sur elle, comme il l’a fait avec d’autres très jeunes adolescentes auparavant. Le récit de cette relation chaotique donne la nausée. Comment ne pas être révoltée devant la démission des parents de V. qui laisse cette relation naître, se concrétiser et se poursuivre pendant des mois ?

Mon avis : Un roman qui a fait couler beaucoup d’encre et dans lequel je me suis plongée presque à reculons. Pas vraiment envie de lire une histoire sordide qui allait nécessairement me heurter et me faire passer un moment de lecture pas très agréable. Si ce préjugé s’est révélé vrai pour les deux premiers chapitres il s’est en revanche dissipé à partir de la partie trois, « l’emprise ». J’ai en effet trouvé que dans le début du livre on avait comme un déballage d’anecdotes toutes plus sordides les unes que les autres sur l’enfance de V., annonçant déjà la couleur de la suite. J’ai eu peur de ce côté glauque et pesant mais les trois chapitres suivants ont heureusement gagné en profondeur et en intérêt pour ma part.

Enfin on délaisse les récits racoleurs et intimes pour des considérations plus pertinentes. V. entreprend alors de disséquer la relation qu’elle a entretenue avec G.M., égratignant au passage son entourage, la brigade des mineurs et la complaisance de l’époque qui ont tous fermé les yeux sur cet homme abjecte, incroyablement égocentrique et pervers.

Vanessa Springora analyse avec finesse ses errements d’ado qui ne se rend pas compte, sur le coup, de ce dans quoi elle s’engage. Elle se sent amoureuse, se rêve héroïne romanesque aux prises avec un amour interdit dont elle occulte le côté glauque et malsain, d’autant que son entourage proche laisse faire… Les limites ne sont pas posées et sont alors enjambées avec d’autant plus de force qu’elle ne rencontre pas d’opposition ou si peu. Drôle d’époque vraiment…

Références : « Le consentement », Vanessa Springora, aux éditions Le livre de poche, 216 pages, 7,40€.

Romans français

Arsène Lupin, l’île aux trente cercueils, Maurice Leblanc

En 2 mots : En 1917, Véronique d’Hergemont est attirée sur l’île bretonne de Sarek, surnommée l’île aux trente cercueils en référence aux écueils qui l’entourent. Une convergence d’indices lui laissent en effet à penser que son père et son fils, qu’elle croyait morts depuis 14 ans, seraient en fait bien vivants et terrés sur l’île. Lorsqu’elle débarque sur Sarek, Véronique est rapidement confrontée à une série de morts violentes, toutes plus horribles les unes que les autres, l’a laissant bientôt au comble de l’angoisse et seule survivante en apparence sur ce petit bout de terre. L’horreur de sa situation s’accentue encore davantage lorsqu’elle découvre de sinistres présages annonçant sa mort prochaine, crucifiée en compagnie de trois autres femmes…

Mon avis : J’ai été très surprise par cette lecture car je ne m’attendais absolument pas à lire une histoire aussi glauque et horrible! Je me faisais une idée totalement fausse de ce que pouvait être une aventure d’Arsène Lupin, que j’imaginais assez smart, teintée d’humour, un peu à la manière des romans d’Agatha Christie. Je suis tombée de haut même si j’ai finis par apprécier certains aspects de cette intrigue, particulièrement éprouvante. L’atmosphère de l’île, isolée et en pleine tempête, ainsi que les références religieuses accentuent l’angoisse et rendent la lecture très immersive. On frissonne, on frissonne et j’aime d’ailleurs assez ce genre d’ambiance en huis clos!

Néanmoins, j’ai eu du mal avec le rythme, assez lent, ainsi qu’avec le côté sordide de l’histoire. Certains passages m’ont vraiment effrayé tant je les trouvais malsains et dérangeants. D’ailleurs, si l’intrigue ne manque pas d’originalité – empruntant même parfois aux ressorts du surnaturel et du fantastique – elle se révèle quand même, par moments, tirée par les cheveux voire abracadabrante. Le style de l’auteur manque d’empathie et certains passages sont particulièrement cruels. Je me suis beaucoup demandé comment Véronique pouvait endurer et survivre à toutes ces horreurs qui lui tombent dessus et jusqu’où l’auteur allait pousser son martyr. Il y’ a une sorte d’acharnement sur cette femme dont les supplices semblent sans fin. Je me suis même demandée si tout ça n’était pas une vaste blague car a un moment c’est juste trop…

Déçue également de la quasi absence de Lupin, qui ne fait son apparition qu’en dernière partie du roman…

En bref, l’impression de lire un cauchemar sans fin…

Références : « Arsène Lupin, l’île aux trente cercueils« , Maurice Leblanc, aux éditions du Livre de poche, 285 pages, 5,10€.