Romans étrangers

Un garçon sur le pas de la porte, Anne Tyler

En 2 mots : « On se demande ce qui peut bien se passer dans la tête d’un tel homme. Tellement étroit d’esprit, borné ; avec des idées si arrêtées. Il n’a aucune perspective ni ambition particulière.  » Voilà en quels termes peu sympathiques Anne Tyler décrit son personnage principal : Micah Mortimer. Et de fait, cet homme englué dans ses habitudes mène une existence plutôt monotone, se partageant entre son auto-entreprise de dépannage informatique et son rôle de concierge au sein de sa petite résidence. Côté vie sociale, Micah a bien une petite-amie mais, là encore, c’est semble t-il, sans entrain particulier. Lorsqu’il trouve un jour sur le pas de sa porte un jeune adolescent qui prétend être son fils, le monde de Micah vacille enfin de sa trajectoire!

Mon avis : Ce roman a eu sur moi un effet presque relaxant tant la vie routinière de Micah inspire la monotonie et le calme. Sans surprise, tout en lui respire la précision et le méticulosité de gestes mille fois répétés. Un mode de vie qui, finalement, loin d’être anxiogène se révèle apaisant car prévisible, anticipable. L’écriture, elle aussi très détaillée, résonne avec ce personnage pointilleux, décrivant ainsi précisément son quotidien, son caractère, les lieux et les gens fréquentés, et ce jusque dans les moindres détails.

J’ai finalement aimé la manière dont Anne Tyler décortique son personnage ainsi que son caractère insipide pour mieux le pousser dans ses retranchements, faisant alors surgir l’inconnu, l’imprévisible sur le pas de sa porte. Dès lors, on se prend à guetter l’électrochoc qui sortira Micah de sa mélancolie. L’envie de le secouer est présente mais l’on se laisserait presque glisser à ses côtés dans cette sorte de torpeur qui le caractérise…

En bref, pas un coup de coeur mais une histoire qui a le mérite d’être calme et tranquille, sans surprise (ni bonne ni mauvaise).

Références : « Un garçon sur le pas de la porte« , Anne Tyler, aux éditions Phébus, 170 pages, 18€.

Romans étrangers

La chambre aux papillons, Lucinda Riley

En 2 mots : L’Angleterre déploie ses charmes dans cette saga familiale signée Lucinda Riley, célèbre pour sa série phénomène « Les sept sœurs« . Comme souvent chez l’auteure, le roman alterne entre passé et présent, autour de son héroïne, Posy. Nous faisons ainsi sa connaissance en 1943 alors qu’enfant la petite fille s’amuse dans le jardin familial à attraper les papillons. Spécimens collectionnés par son père dans sa « folie », au fond du domaine. Le temps idyllique de l’enfance prend fin lorsque le père est rappelé au combat. Nous retrouvons ensuite Posy en 2006, âgée de près de 70 ans. Alors qu’elle va bientôt se séparer du domaine familial d’Admiral House, l’occasion est donnée à Posy de revenir sur les évènements qui ont marqué sa vie et celle de sa famille.

Mon avis : Une saga familiale « classique » avec ses joies, ses peines, ses drames et ses secrets de famille. J’ai tout particulièrement aimé les descriptions de cette magnifique demeure familiale et de son jardin luxuriant et enchanteur! J’ai toutefois trouvé cette saga un peu longue, mon intérêt ayant mis plus de temps à s’éveiller et à se maintenir que lors de mes lectures des tomes des « Sept sœurs« .

Néanmoins j’ai retrouvé avec plaisir la plume de Lucinda Riley qui n’a pas son pareil pour raconter des histoires de famille et nous embarquer dans des récits romanesques et exaltants.

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La sœur à la perle, Lucinda Riley

En 2 mots : Cece, l’artiste incomprise de la famille, se lance à son tour dans la quête de ses origines suite à la mort de son père adoptif. Ses recherches la conduiront d’abord sur les plages idylliques de Thaïlande avant de la propulser dans la chaleur aride du bush australien, sur les traces de son aïeule, la pionnière Kitty Mercer.
Entre quête des origines et quête identitaire, la jeune femme se révèle sur la terre de ses ancêtres, retrouvant même le goût de peindre qui l’avait déserté depuis si longtemps.

Mon avis : Encore une petite pépite signée Lucinda Riley qui nous emmène cette fois au cœur de l’Outback australien pour le quatrième tome de sa saga « Les sept sœurs »! Dépaysement et aventure romanesque garantis 😊!

CeCe n’était pourtant pas la sœur dont je me sentais le plus proche, loin de là, et j’avoue même avoir un peu traînée avant de découvrir son histoire. Je la trouvais trop autoritaire, possessive et jalouse. Pourtant, bien vite, c’est une jeune femme attachante et tout en nuances que j’ai découverte. J’ai aimé suivre sa transformation, la voir enfin se dépêtrer de ses complexes et gagner confiance en elle et en son art.

Comme toujours, on en prend plein les yeux, tant l’autrice restitue bien les paysages, les odeurs et l’ambiance de l’Australie, terre de tous les possibles mais également de tous les dangers. Un pays d’ailleurs encore divisé par les tensions entre les aborigènes et les descendants des colons européens. Richement documenté, ce roman m’a appris plein de choses sur le plan historique mais aussi artistique, en mettant en lumière l’art aborigène et son plus célèbre représentant : Albert Namatjira.

Ce quatrième tome, peut-être le plus sauvage jusqu’à présent, fait la part belle à la nature luxuriante et aux grands espaces de l’Australie. Cette immensité, la chaleur torride, la faune et la flore donnent à cette lecture un parfum d’exotisme enivrant. On voyage, on respire, on s’émerveille, bref un pur plaisir de lecture !

Références : « La sœur à la perle », Lucinda Riley, aux éditions Charleston, 608 pages, 19€.

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La belle de Jérusalem, Sarit Yishai-Levi

En 2 mots : A Jérusalem, dans la famille Hermosa, ce sont les femmes qui tiennent le premier rôle auprès de Gabriel, le patriarche. Autour de lui gravitent ainsi ces trois filles, sa mère Mercada, une femme aigre et cruelle, ainsi que sa femme, Rosa, effacée et peu éduquée. « La belle de Jérusalem » s’attache à suivre la vie des membres de ce clan de juifs espagnols tout au long du XXe siècle. La famille traversera ainsi l’occupation britannique, la seconde guerre mondiale, la déclaration d’indépendance d’Israël en 1948 ainsi que la guerre civile entre arabes et juifs qui en découla. Dans cette ville mythique, sans cesse à feu et à sang au gré des tensions et des aléas géopolitiques, le clan Hermosa tente tant bien que mal de survivre et de s’adapter, déchiré entre le poids des traditions et l’aspiration à plus de modernité et de liberté souhaitée par les jeunes générations.

Mon avis : Une formidable saga familiale, intense et passionnelle! Bien que le roman puisse paraître interminable du fait de ces longs chapitres (en moyenne 70 pages!), je me suis passionnée pour l’histoire tourmentée de cette famille. Luna, l’aînée des filles de Gabriel, vive et indépendante, incarne ainsi une héroïne moderne qui essaie de s’émanciper du poids des traditions en acceptant un emploi, à l’image de sa sœur cadette Rahelika, qui trouve sa voie en s’engageant dans une organisation clandestine qui lutte pour libérer Jérusalem des ingérences étrangères. Ces femmes fortes, élevées dans un pays instable, m’ont vraiment impressionné par leur courage et leur force : toutes apprennent à faire face, après avoir connu l’opulence, à une vie de privation où les dangers de la guerre et de la famine sont omniprésents. Elles font souffler un vent de liberté dans un roman où l’on sent à chaque page le poids du patriarcat et des traditions millénaires que l’on n’ose pas briser, quitte à rater sa vie. L’exemple de Gabriel, obligé d’épouser une femme qu’il n’aime pas, sur ordre de sa mère, est un parfait exemple de ce carcan des traditions qui broie et oppresse les individus déviants. Il traverse ainsi le roman éternellement malheureux, coupable d’avoir perdu son amour de jeunesse pour n’avoir pas oser défier sa mère. L’histoire semble, hélas! se répéter avec la génération suivante, faisant de Luna la nouvelle victime de cette malédiction des histoires d’amours malheureuses à laquelle semble vouer les membres du clan…

Le personnage de Rosa, plutôt taciturne, se révèle également très intéressant, tout en nuances. Malgré son manque d’éducation et son respect des traditions, elle n’hésite pas, dans l’ombre, à dévoiler une personnalité plutôt trouble et des pensées parfois choquantes.

Le féminisme est certes très peu présent dans ce roman qui apparaît, par bien des côtés comme profondément archaïque et intolérant, en décrivant le fonctionnement de la société de l’époque. J’ai néanmoins été frappée par l’incroyable solidarité qui règne dans le roman ; solidarité entre les membres de la famille Hermosa mais aussi entre tous les habitants de leur quartier qui forment une communauté soudée et très liée, dans les bons comme les mauvais moments. Cela reste un très beau roman de femmes ; des femmes lumineuses, indépendantes et courageuses, chacune à leur manière.

Coup de cœur également pour le style de Sarit Yishai-Levi, cette manière de mêler du judéo-espagnol au texte, a contribué à donner profondeur et authenticité à ce récit. J’ai trouvé le roman agréable à lire, fluide et bien rythmé. Malgré quelques allers-retours passé/présent au début du roman, le texte suit ensuite un rythme plus linéaire et chronologique.

J’ai adoré suivre cette famille sur quatre générations, les voire évoluer, vivre et aimer au fil de l’histoire tourmentée de Jérusalem, véritable héroïne du roman!

Références : « La belle de Jérusalem« , Sarit Yishai-Levi, aux éditions Charleston, 560 pages, 22,50€. Sortie prévue le 15/09/2020.

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La sœur de l’ombre, Lucinda Riley

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En 2 mots : Star, l’énigmatique 3ème sœur de la famille d’Aplièse part elle aussi à la recherche de ses origines après le décès de son père adoptif, Pa Salt. Munie des précieux indices qu’il lui a laissé, la jeune femme fait la connaissance d’Orlando, un extravagant libraire de Kensington et tombe amoureuse de sa propriété de famille, High Weald, située dans le Kent. Aux côtés d’Orlando et de son frère Mouse, Star explore le passé de Flora MacNichol, une jeune aristocrate anglaise du début du XXe siècle, dont elle serait peut-être l’une des descendantes. Ce troisième tome entraîne le lecteur à travers la campagne anglaise et le Londres des années 1910, sous le règne d’Edouard VII, à la rencontre de certaines des figures les plus célèbres de l’époque, Beatrix Potter et Alice Keppel en tête.

Mon avis : ça commence à devenir redondant mais, encore une fois, j’ai adoré! Je dirais même que l’intrigue construite autour de Star est à ce jour ma préférée car elle contient tout ce qui me fait vibrer : Londres et la campagne anglaise, un manoir en ruine, l’aristocratie et la famille royale sans oublier l’amour des livres et de la littérature!

Star se révèle également être une héroïne sensible et particulièrement touchante, que j’ai pris plaisir à voir sortir de sa coquille. Constamment dans l’ombre de sa sœur CeCe depuis l’enfance, elle s’émancipe enfin de cette dernière pour construire une vie qui lui plait réellement, au cœur de la nature et des livres. J’ai été touchée par sa gentillesse et sa bonté, par sa discrétion et par son envie de vivre une vie toute simple, à la campagne. Toujours soucieuse des autres, la jeune femme prend soin des êtres qui lui sont chers et aspire à un bonheur simple, ce qui fait du bien vu le monde effréné dans lequel on vit.

Comme dans les tomes précédents, le récit contemporain alterne avec une héroïne du passé, Flora, qui nous plonge dans une histoire digne de Downton Abbey! L’adolescence préservée de la jeune fille qui s’épanouie dans la région des Lacs entourée de sa famille et de ses animaux avant d’être propulsée dans les milieux mondains de la haute société londonienne m’a tout simplement passionnée! Mêlant une nouvelle fois la petite et la grande histoire, Lucinda Riley imagine une intrigue captivante – voire royale! – et très immersive. La destinée romanesque de Flora réserve ainsi son lot de surprises et de rebondissements pour le plus grand plaisir du lecteur.

Enfin, comme dans les deux premiers tomes, l’immersion dans la culture du pays choisi est à nouveau un bonheur. Après le Brésil et la Norvège, l’intrigue se situe cette fois en Angleterre et, bien que moins exotique, j’ai beaucoup apprécié les descriptions des balades dans la nature au rythme des saisons, les soirées au coin du feu à déguster tasses de thé et petits plats préparés par Star, véritable fée du logis à High Weald. Toute cette atmosphère feutrée enveloppe la lecture d’une aura chaleureuse et cocooning que j’ai adoré. D’ailleurs, grâce à l’écriture très visuelle de Lucinda Riley, on s’imagine sans peine dans ce manoir !

Une lecture vraiment addictive car, malgré les presque 600 pages, ce tome 3 est passé à toute vitesse!

Références : « La sœur de l’ombre« , Lucinda Riley, aux éditions Charleston / Livre de poche, 589 pages, 19€.

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La danse de Martha, Tom Saller

En 2 mots : La vie de Martha Wetzlaff (1900-2001), jeune artiste originaire de la campagne polonaise, devenue étudiante au sein de la très controversée école d’art du Bauhaus. L’émulsion artistique, la montée du nazisme et l’éclatement de la seconde guerre mondiale propulseront cette jeune fille un peu perchée dans une existence tour à tour exaltante et terrifiante, jusqu’à sa disparition mystérieuse en 1945. Les souvenirs de la jeune fille refont finalement surface à New-York en 2001, lorsque son arrière petit-fils propose à la maison d’enchères Sotheby’s un carnet ayant appartenu à son aïeule et renfermant de véritables trésors, notamment des croquis et des esquisses de maîtres tels que Paul Klee ou Vassily Kandinsky…

Mon avis : Une plongée intéressante dans l’Allemagne des années 20, de la République de Weimar à l’apogée du courant artistique du Bauhaus. On y croise des figures célèbres, Paul Klee et Kandinsky en tête, tout en suivant les années d’études de la jeune Martha qui s’épanouie peu à peu dans cette école d’avant-garde. J’ai aimé suivre le destin de cette curieuse jeune fille, qui voit et entend des choses que les autres ne perçoivent pas. Sa sensibilité toute particulière la conduit ainsi à explorer différentes disciplines artistiques jusqu’à trouver sa voie : celle de la danse, de la mise en mouvement du corps pour traduire au mieux ses perceptions et ses ressentis.

Une petite dose de suspens bienvenue est également présente puisque l’on perd la trace de Martha à partir de 1945 et que l’on a de cesse de se demander ce qu’elle est devenue. L’intrigue parallèle de la vente aux enchères du carnet – pour près de 45 millions de dollars! – apporte elle aussi son lot de mystères et d’interrogations.

Si l’histoire m’a plu sur le fond, je déplore un peu la forme minimaliste du texte, avec ce style très sobre – presque austère – qui caractérise Tom Saller. Les phrases sont courtes, percutantes, presque télégraphiques mais perdent malheureusement en émotion…

Une lecture enrichissante, servie par une héroïne fantasque et courageuse en plein cœur du Bauhaus!

Références : « La danse de Martha« , Tom Saller, aux éditions Charleston, 256 pages, 22,50€. Sorti le 22 septembre 2020.

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La sœur de la tempête – Tome 2 « Ally », Lucinda Riley

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En  2 mots : L’histoire de la deuxième sœur d’Aplièse, Ally, passionnée de musique et de navigation. Après un premier tome qui m’avait fait voyager au Brésil, cette nouvelle histoire m’a entraîné dans un premier temps sous le soleil des îles grecques avant de m’embarquer vers les terres norvégiennes, à la recherche des origines nordiques d’Ally.

Mon avis : Quel plaisir de retrouver la plume de Lucinda Riley! Après avoir dévoré le tome 1 de la saga des « sept sœurs« , consacré à Maia, il me tardait de découvrir l’histoire d’Ally et je n’ai pas été du tout déçue, bien au contraire! J’ai à nouveau été totalement charmée par l’histoire, les personnages et les paysages des îles grecques aux  fjords norvégiens.

Ainsi, Lucinda Riley insuffle à nouveau le goût du voyage et de l’évasion à ses lecteurs en situant la majeure partie de son roman en Norvège, donnant irrépressiblement l’envie de faire ses bagages et de découvrir ce pays si authentique et préservé.

La musique classique tient également une grande place dans ce second tome puisque les origines d’Ally la conduisent à faire des recherches sur une grande famille de musiciens norvégiens, les Halvorsen, dont la jeune femme pourrait bien être l’une des descendantes. La deuxième sœur remonte alors le temps jusqu’en 1875 afin d’en apprendre plus sur ses ancêtres, Anna et Jens, respectivement chanteuse et musicien dans l’orchestre de Christiania, désormais connue sous le nom d’Oslo. Une enquête qui la mènera jusqu’en Allemagne, dans une ville de Leipzig gagnée par la montée du nazisme en 1936.

Encore une fois, la saga des « sept sœurs » se révèle vibrante d’émotion et de passion, avec des personnages mêlés à des événements historiques d’envergure qui les ancrent ainsi dans des histoires passionnantes et addictives. Dans le roman, la famille Halvorsen est ainsi étroitement liée à un personnage réel, le compositeur et pianiste norvégien Edvard Grieg, créateur de l’opéra « Peer Gynt« , dont on assiste à la naissance sur scène aux côtés des personnages. Histoire que l’on découvre lorsque le récit d’Ally est mis entre parenthèses au profit de celui d’Anna puis de son petit-fils, Pip.

En bref, une quête passionnante, sur plusieurs générations, qui m’a tenu en haleine tout du long.

Références : « La sœur de la tempête » – tome 2 « Ally« , Lucinda Riley, aux éditions Charleston / Livre de poche, 600 pages, 19€.

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Les sept soeurs, Lucinda Riley

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En 2 mots : A la mort de leur père adoptif, surnommé Pa Salt, les six sœurs d’Aplièse se retrouvent dans la maison familiale, sur les bords du lac de Genève, pour faire le deuil de cet homme tant aimé. En guise d’héritage, Pa Salt, leur a laissé à chacune une lettre bouleversante ainsi que des coordonnées GPS indiquant leurs lieux de naissance aux quatre coins du monde – au cas où les filles désireraient un jour en apprendre davantage sur leurs origines. Ce premier opus, entièrement dévolu à Maïa, l’aînée des sœurs, entraîne le lecteur dans une quête à travers les paysages luxuriants et fiévreux du Brésil : à Rio, Maïa découvre vite qu’elle descend des Aires Cabral, l’une des familles les plus anciennes et illustres de la ville… Ses recherches la conduiront à remonter jusqu’en 1927, afin de découvrir l’histoire d’Izabela, son arrière grand-mère. Une histoire étroitement liée à l’édification de la statue du Christ Rédempteur sur les hauteurs du Corcovado

Mon avis : Très très gros coup de cœur pour ce 1er tome de la saga romanesque de Lucinda Riley! Je dois bien reconnaître qu’après avoir lu tellement d’avis dithyrambiques sur ces romans, je l’attendais un peu au tournant ce premier tome, redoutant qu’il ne se révèle trop mièvre. Mais effectivement, dès les premières pages, j’ai senti que la magie opérait et que j’allais adorer ce livre tant il pulse de vie et d’émotions!

Si j’ai tout d’abord été agréablement surprise par le style tout en fluidité de Lucinda Riley, c’est bien vite la force et la densité de l’intrigue qui m’ont conquises! Il n’y a ainsi aucun temps mort dans cette histoire et, malgré les 500 pages, on ne les voit pas passer. Ce roman est un concentré d’énergie et de vitalité et il a réussi le tour de force de m’immerger dans cette ville de Rio, m’en faisant ressentir pleinement toute l’effervescence. Très bien documenté d’un point de vue historique et culturel, on sent que tout a été très bien pensé et construit lors de la rédaction, l’intrigue et les personnages étant ainsi maîtrisés de bout en bout.

J’ai particulièrement aimé le dépaysement que j’ai ressenti tout au long de ma lecture avec cette immersion dans la culture brésilienne que l’on voit évoluer de la fin des années 20 à nos jours, en découvrant l’histoire de l’arrière grand-mère de Maïa, la fougueuse Izabela Aires Cabral. Le volet historique, avec l’édification en fil rouge de la statue du Christ Rédempteur, apporte également beaucoup à l’intrigue, mêlant ainsi la petite et la grande histoire. Alternant entre deux époques et deux héroïnes – Maïa et Izabela – le roman distille habilement suspens, exotisme et histoire d’amour. La coupure qui intervient au premier tiers du livre, pour laisser la place à Izabela, m’a sans doute un peu frustré au début mais j’ai ensuite pris réellement plaisir à découvrir l’histoire incroyable de cette jeune fille. Les deux récits se complétant finalement de manière harmonieuse et équilibrée avec deux héroïnes très attachantes.

Une histoire forte, qui marque les esprits, et dont on a du mal à se défaire une fois le livre refermé. En bref  un bonheur de lecture !

Références : « Les sept sœurs« , Lucinda Riley, aux éditions Charleston / Livre de poche, 512 pages, 19€.

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Le crocus jaune, Laila Ibrahim

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En 2 mots : Dépaysement géographique et historique avec ce roman qui débute en 1837 dans une plantation de coton du sud des États-Unis ! Une petite fille vient de naître dans la demeure de Fair Oaks et Mattie, esclave aux champs qui vient elle-même d’avoir un fils, est réquisitionnée par ses maîtres pour devenir la nourrice du nouveau-né, mademoiselle Elizabeth. Une relation fusionnelle se créée dès lors entre la petite fille blanche et sa nounou noire.

Mon avis : Un petit côté «Autant en emporte le vent» souffle indéniablement sur ce roman qui réunit plusieurs des ingrédients ayant fait le succès du mythique roman!  Amour, violence, injustice, révolte, tout y est! Néanmoins, « Le crocus jaune » a le mérite de développer une intrigue peu conventionnelle autour de l’attachement quasi-maternel qui lie une esclave noire à sa petite maîtresse blanche. La force de leur lien se révèle particulièrement touchant et souligne à quel point les soins et l’affection du jeune enfant sont primordiaux dès sa venue au monde, afin de lui permettre de se développer de manière sécure. Mattie et Lisbeth ne sont peut-être pas liées par les liens du sang mais l’amour et l’attachement qu’elles éprouvent l’une pour l’autre sont criant de sincérité car tissés sur des bases solides dès les premiers instants de vie de la petite fille.

Bien sûr, j’ai trouvé que ce roman, aussi beau et lumineux soit-il, avait un petit côté conte de fée, comme si l’histoire était trop parfaite pour être vraie. Difficile en vérité d’imaginer qu’une telle relation ait pu perdurer et être tolérée dans un monde régit par le racisme et les préjugés. Le tournant que prend la vie de Mattie, une fois Lisbeth devenue grande, m’a certes fait plaisir pour cette femme incroyable mais là encore j’ai trouvé que cela manquait de crédibilité, les choses tournant rarement aussi bien dans la « vraie » vie.

Ce roman se lit admirablement bien grâce à la fluidité de son style et à la beauté de l’histoire qu’il déroule. On s’attache très vite à ces deux personnages féminins et l’on se passionne pour les péripéties qui agitent leurs existence, permettant ainsi de passer par toute la gamme des émotions. On vibre en effet à la lecture de ce roman, on tremble, on espère, on se réjouit avec Mattie et Lisbeth, héroïnes du XIXe siècle et pourtant follement modernes!

J’ai d’ailleurs hâte de les retrouver dans la suite : « Un grain de moutarde« !

Références : « Le crocus jaune« , Laila Ibrahim, aux éditions Charleston, 256 pages, 19,90€.

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Le silence des vaincues, Pat Barker

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En 2 mots : « Le silence des vaincues » met en lumière un épisode assez célèbre de l’Iliade d’Homère, celui de la colère d’Achille. Furieux de s’être fait prendre son trophée de guerre, la très séduisante Briséis – reine déchue de Lyrnessos devenue depuis sa concubine – Achille défi Agamemnon en refusant de continuer à prendre part à la guerre de Troie qui oppose les grecs aux troyens depuis près de 9 ans. La particularité du récit réside dans le fait qu’il se place du côté des femmes, les fameuses vaincues et victimes collatérales de cette guerre mythique. C’est à travers les yeux de Briséis, esclave d’Achille puis d’Agamemnon, que nous suivons le déroulé du conflit. Un conflit qui s’enlise sans que la victoire ne semble se dessiner pour un camp ou pour l’autre. Mais le retrait d’Achille pourrait bien tout changer…

Mon avis : Mis à part un petit souci au niveau du style (problème de traduction?) que j’ai trouvé trop contemporain et familier, je me suis laissée prendre par l’intrigue malgré les passages crus et violents. Bien sûr, qui dit récit mythologique dit également barbarie, cruauté et scènes sanglantes, ce qui peut heurter à la longue. Néanmoins, ces scènes de violences se révèlent nécessaire pour rendre compte de la condition effroyable des femmes dans l’Antiquité. Femme objet, femme trophée, Briséis n’échappe pas à la règle en étant ballottée sans égard entre les chefs grecs, niée jusque dans son individualité la plus intime.

J’ai apprécié cette lecture hors des sentiers battus et cette plongée dans l’univers de la tragédie grecque où tous les éléments du drame se trouvent réunis : héros mythiques, dieux vengeurs, batailles épiques, présages et malédictions font tout le sel de ce récit fleuve. Les grands noms de la mythologie sont réunis pour faire revivre à nouveau cette guerre mythique et les noms des dieux et héros résonnent au fil des pages comme autant de souvenirs de classe : Achille, Agamemnon, Ulysse, Zeus, Apollon, Athéna, etc.

Surtout, je me suis prise de sympathie pour Briséis, cette reine déchue qui fait face avec courage et bravoure à son sort peu enviable. Cette jeune femme qui a tout perdu trouve en elle la force de faire le deuil de sa vie passée et de continuer à avancer, animée par un élan de vie qui ne la quitte pas. Jusque dans ses faiblesses, Briséis se montre touchante. La relation ambiguë qu’elle développe ainsi avec Achille, pourtant son tortionnaire, est particulièrement intéressante à mesure que l’on voit se tisser entre eux une sorte de compréhension et d’attachement. A tel point que j’ai trouvé que parfois Achille prenait trop le pas sur Briséis, pourtant présentée comme la narratrice et personnage principal du récit ; le héros grec domine pourtant de son aura l’ensemble du roman, sa légende éclipsant parfois (trop?) le destin de la jeune esclave.

Cette histoire m’a fait forte impression, malgré quelques longueurs, j’ai trouvé qu’elle frappait les esprits. Un récit puissant et épique qu’il était de bon ton de remettre au goût du jour notamment pour le personnage de Briséis, modèle de femme forte qui inspire le respect et l’admiration dans un monde régi par les hommes…

Références : « Le silence des vaincues« , Pat Barker, aux éditions Charleston, 336 pages, 22,50€. Sorti le 25 août 2020.