Feel Good·Non classé

Hamish Macbeth dans « Qui a une taille de guêpe », M. C. Beaton

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En 2 mots : J’ai attaqué cette saga de la regrettée M. C. Beaton (créatrice de la série « Agatha Raisin »), par le tome 4. On y retrouve bien l’esprit décalé et british d’Agatha, transposé ici dans les Highlands écossaises avec son cortège de clichés : loch, whisky,  châteaux et mauvais temps, pour ne citer qu’eux! Petite précision d’importance : nul besoin d’avoir lu les tomes précédents pour s’y retrouver grâce aux nombreuses allusions au passé d’Hamish, policier dans le petit village de Lochdubh. L’histoire tourne ici autour d’une nouvelle venue dans le bourg, Trixie Thomas, une ménagère particulièrement despotique et autoritaire, promesse d’ennuis en perspective pour les femmes au foyer du coin!

Mon avis : J’ai apprécié ce cosy mystery, plus pour le charme de l’Écosse et ses personnages haut en couleur, que pour le suspens de l’intrigue. En effet, j’ai trouvé un côté enfantin à cette histoire, un peu comme dans les romans de la bibliothèque verte que je lisais enfant. Tout y est un peu trop lisse et gentillet, à commencer par le détective Macbeth, héros lunaire et désintéressé, uniquement préoccupé par le bien-être de sa communauté. Un policier dévoué, culotté mais aussi un amoureux transi puisque ce cher Hamish a le béguin pour la riche héritière du coin, Priscilla Hallburton-Smythe. L’ensemble est finalement très convenu mais ça remplit le job de lecture doudou et réconfortante.

Cela reste donc plaisant à lire car très feel good, l’enquête ajoutant simplement au plaisir de s’immerger dans la vie d’un petit village écossais, mais elle reste à mon sens assez secondaire…

Références : « Hamish Macbeth tome 4« , M. C. Beaton, aux éditions Albin Michel, 252 pages, 14€.

Non classé·Policiers

La disparue de la cabine n° 10, Ruth Ware

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En 2 mots : Une croisière en mer du nord sur un yacht luxueux avec quelques invités triés sur le volet. Un voyage de rêve en apparence pour la journaliste Laura Blacklock qui y voit surtout l’occasion de faire progresser sa carrière tout en étendant son réseau. Mais dès le premier soir, la jeune femme est réveillée en sursaut par un cri provenant de la cabine voisine, suivi quelques secondes plus tard d’un gros « plouf ». Terrifiée, pensant que la personne occupant la cabine à côté de la sienne est passée par dessus bord, la jeune femme donne l’alerte. Problème : la cabine numéro 10 est inoccupée – alors qu’elle avait pourtant emprunté un mascara dans l’après-midi à sa voisine – et, surtout, aucun passager n’est porté disparu…

Un véritable mystère en mer qui devient de plus en plus trouble à mesure que l’on devine l’instabilité d’une Laura portée sur l’alcool, accro aux calmants et sujette à des crises d’angoisse et de paranoïa…

Mon avis : Gros coup de cœur pour ce polar maritime que j’ai littéralement dévoré en quelques heures! Même si j’ai mis un peu de temps à rentrer dans l’histoire – le début traînant un peu en longueur – la suite m’a tenu en haleine tout du long et, surtout, je n’ai pas été déçue par la chute! Je me posais beaucoup de questions au cours de ma lecture car plusieurs pistes se dessinaient, certaines dans des directions diamétralement opposées les unes des autres mais la solution proposée par Ruth Ware m’a vraiment donné entière satisfaction.

J’ai apprécié ce côté huis clos et la tension qui monte crescendo, à mesure que l’héroïne dévoile sa complexité : ses problèmes d’alcool, son stress post traumatique, sa dépendance aux médicaments, etc. autant d’aspects qui jettent petit à petit le doute sur sa crédibilité, permettant d’accroître le suspens pour le lecteur. Beaucoup de faux semblants émanent également des différents protagonistes, ce qui contribue à entretenir le flou sur ce qui se passe réellement à bord du bateau, et j’avoue que j’avais échafaudé mille hypothèses – certaines se sont d’ailleurs révélées vraies ^^.

Polar éminemment féminin, « La disparue de la cabine n°10 » joue aussi sur le côté thriller psychologique en mettant en scène une héroïne elle-même mystérieuse et instable, à laquelle le lecteur ne peut entièrement se fier. En ce sens, il m’a beaucoup fait penser à « La fille du train« , qui jouait un peu sur les mêmes ressorts.

Pour ma part : promesse tenue! J’ai eu l’impression d’être sur des montagnes russes émotionnelles avec ce roman et c’est bien là ce que j’attend d’un bon page turner : de l’émotion, du suspens et une intrigue savamment ficelée!

Références : « La disparue de la cabine n° 10« , Ruth Ware, aux éditions Pocket, 480 pages, 8,20€.

Non classé·Romans français

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Jean-Paul Dubois

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En 2 mots : « Quand Patrick apprit la raison de mon enfermement, il s’intéressa à mon histoire avec la bienveillance d’un compagnon du Devoir prenant connaissance des premières tentatives maladroites de son apprenti. Lorsque j’eus terminé mon modeste récit, il se gratta le lobe de l’oreille droite dévoré par un eczéma rougeoyant. « À te voir, je croyais pas que t’étais capable d’un truc pareil. T’as bien fait. C’est sûr et certain. Moi, je l’aurais tué. »

Jean-Paul Dubois livre ici l’histoire de Paul Hansen, un homme ordinaire qui, suite à un « pétage de plomb« , se retrouve incarcéré pour deux ans à la prison de Bordeaux à Montréal. Sa détention lui offre l’occasion de se retourner sur son passé et d’en tirer le bilan, revenant ainsi sur les grandes étapes qui ont jalonné sa vie : son enfance en France auprès de ses parents franco-danois, son arrivée au Canada, sa profession de surintendant à la résidence l‘Excelsior, son histoire d’amour avec la pilote d’hydravion Winona Mapachee, et enfin les circonstances du drame qui l’ont mené en prison.

Mon avis : le Goncourt 2019 est un texte épuré, minimaliste, presque factuel et pourtant il dégage une étonnante force d’attraction qui pousse à en poursuivre la lecture. Mis à part la précision des passages descriptifs, parfois trop minutieux à mon goût, j’ai apprécié ce style si particulier, entre froideur, détachement et désabusement envers le sort des personnages. Malgré, la distance dans laquelle il maintient le lecteur, on a envie de s’accrocher, fascinée par la solitude de ce microcosme carcéral et par l’étonnant duo que forme Paul et son codétenu, Patrick Horton, ex Hells Angels. Leur relation, empreinte de fraternité et de tolérance mutuelle, apporte un peu de lumière à cette partie sombre du roman. Mais la solitude de l’existence carcérale, tempérée par ce codétenu haut en couleur, ne suffit pas à combler l’hébétude de Paul ni le manque de ses chers disparus : son père, sa femme et sa chienne, qu’il convoque fréquemment en pensée pour supporter le quotidien.

Les passages où Paul se remémore son passé sont moins oppressants mais laissent un goût amer comme si toute la vie du narrateur n’avait été faite que de médiocrité, de solitude et de déceptions. Les petites embellies viennent des passages où il évoque ses instants de bonheur auprès de sa femme, d’origine algonquine, et de sa chienne, Nook. Des bonheurs simples qui représentent de véritables fulgurances dans le roman, des instants de grâce qui tempère la noirceur et le détachement du reste du texte.

Au bout du compte, j’ai trouvé ce roman passionnant et particulièrement bouleversant en toute fin de lecture lorsque la vérité est enfin révélée sur la nature du crime commis par Paul et les raisons qui l’ont poussé à en arriver là. Cet homme ordinaire, humble et serviable, qui n’aspirait qu’à mener une vie paisible et à faire son travail consciencieusement, se retrouve poussé à bout, harcelé jusqu’au point de non retour. C’est à ce moment là que le roman prend, selon moi, toute son ampleur : j’ai alors ressenti une profonde empathie pour cet anti-héros, qu’un seul dérapage malheureux mais compréhensible, condamne à une privation de liberté. Un texte marquant, qui donne à réfléchir sur des questions telles que la liberté, la solitude, la rédemption et le déterminisme.

Références : « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon« , Jean-Paul Dubois, aux éditions de l’Olivier, 256 pages, 19€.

Feel Good·Non classé

Tout ce que tu vas vivre, Lorraine Fouchet

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En 2 mots : Dom Le Goff, 15 ans, vit seul à Paris avec son père depuis le départ de sa mère, voilà 5 ans. Cette chirurgienne orthopédique est en effet partie panser ses blessures en Argentine après une opération qui a mal tourné. Depuis, le jeune adolescent se languit d’elle, espérant son retour. Lorsqu’une nuit son père décède subitement d’une crise cardiaque entre les bras d’une mystérieuse femme blonde, Dom se retrouve orphelin. Son oncle et sa tante veillent d’un œil bienveillant sur leur neveu qui tente, tant bien que mal de surmonter son chagrin ; d’abord en trouvant refuge sur l’île de Groix, berceau de sa famille, puis en partant au bout du monde sur les traces de sa mère, jusqu’au mythique cap Horn…

Mon avis : Un formidable élan de vie se dégage de ce roman qui aborde la mort et le deuil d’une bien douce manière. Lorraine Fouchet ne tombe jamais dans le pathos et traite ces sujets délicats avec humanité et pudeur. Tout sonne juste dans l’histoire de Dom qui trouve en lui les ressources pour ne pas s’effondrer et poursuivre son chemin en restant fidèle aux valeurs qui lui ont été transmises. L’évasion, les grands espaces, la fuite en avant pour essayer de renouer avec ses racines et ses origines, sont ainsi les thèmes qui rythment ce roman, entraînant le lecteur à travers des lieux refuges qui apaisent l’âme. C’est d’abord la sauvage île de Groix puis l’éblouissante Patagonie et son cortège de paysages grandioses. J’ai ainsi eu un véritable coup de cœur pour le voyage de Dom en Amérique du sud, pour ces lieux aux noms chantant : Ushuaia, le glacier Upsala, le lac Argentino, le lac Guillermo, le Perito Moreno… J’en ai pris plein les yeux sans quitter mon chez moi!

Ce petit Dom qui fait face à la perte douloureuse de son père m’a touché, mais je retiens surtout la présence de ses proches. Son oncle Gaston, sa tante Tifenn, Mathilde l’amie fidèle restée à Groix, la petite concierge allemande, le patron du café breton juste en face de chez lui à Montparnasse. A eux tous ils forment une petite tribu soudée qui prend l’adolescent sous son aile, l’entoure, le soutienne et le conseille, l’aidant à se relever quand il trébuche. Un formidable élan de bonté et d’entraide qui m’a fait du bien.

Références : « Tout ce que tu vas vivre« , Lorraine Fouchet, aux éditions du Livre de poche, 352 pages, 7,90€.

Non classé·Romans étrangers

Le crocus jaune, Laila Ibrahim

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En 2 mots : Dépaysement géographique et historique avec ce roman qui débute en 1837 dans une plantation de coton du sud des États-Unis ! Une petite fille vient de naître dans la demeure de Fair Oaks et Mattie, esclave aux champs qui vient elle-même d’avoir un fils, est réquisitionnée par ses maîtres pour devenir la nourrice du nouveau-né, mademoiselle Elizabeth. Une relation fusionnelle se créée dès lors entre la petite fille blanche et sa nounou noire.

Mon avis : Un petit côté «Autant en emporte le vent» souffle indéniablement sur ce roman qui réunit plusieurs des ingrédients ayant fait le succès du mythique roman!  Amour, violence, injustice, révolte, tout y est! Néanmoins, « Le crocus jaune » a le mérite de développer une intrigue peu conventionnelle autour de l’attachement quasi-maternel qui lie une esclave noire à sa petite maîtresse blanche. La force de leur lien se révèle particulièrement touchant et souligne à quel point les soins et l’affection du jeune enfant sont primordiaux dès sa venue au monde, afin de lui permettre de se développer de manière sécure. Mattie et Lisbeth ne sont peut-être pas liées par les liens du sang mais l’amour et l’attachement qu’elles éprouvent l’une pour l’autre sont criant de sincérité car tissés sur des bases solides dès les premiers instants de vie de la petite fille.

Bien sûr, j’ai trouvé que ce roman, aussi beau et lumineux soit-il, avait un petit côté conte de fée, comme si l’histoire était trop parfaite pour être vraie. Difficile en vérité d’imaginer qu’une telle relation ait pu perdurer et être tolérée dans un monde régit par le racisme et les préjugés. Le tournant que prend la vie de Mattie, une fois Lisbeth devenue grande, m’a certes fait plaisir pour cette femme incroyable mais là encore j’ai trouvé que cela manquait de crédibilité, les choses tournant rarement aussi bien dans la « vraie » vie.

Ce roman se lit admirablement bien grâce à la fluidité de son style et à la beauté de l’histoire qu’il déroule. On s’attache très vite à ces deux personnages féminins et l’on se passionne pour les péripéties qui agitent leurs existence, permettant ainsi de passer par toute la gamme des émotions. On vibre en effet à la lecture de ce roman, on tremble, on espère, on se réjouit avec Mattie et Lisbeth, héroïnes du XIXe siècle et pourtant follement modernes!

J’ai d’ailleurs hâte de les retrouver dans la suite : « Un grain de moutarde« !

Références : « Le crocus jaune« , Laila Ibrahim, aux éditions Charleston, 256 pages, 19,90€.

Feel Good·Non classé

Né sous une bonne étoile, Aurélie Valognes

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En 2 mots : J’ai eu un vrai coup de cœur pour le dernier roman d’Aurélie Valognes, « Né sous une bonne étoile » ! Et le moins que l’on puisse dire c’est que le petit Gustave, héros du roman, ne semble justement pas né sous une bonne étoile, lui. Né un 11 mars, journée mondiale des catastrophes (tsunami au Japon, attentat de Madrid, mort de Claude François, etc.), l’enfant grandit dans une cité tristounette de la banlieue parisienne, entre une sœur aînée surdouée et des parents à bout de souffle. Mais surtout, le grand drame du petit Gustave, sa blessure intime, c’est l’école…
L’école, Gustave aimerait tellement y réussir et s’y épanouir. Malheureusement, le petit garçon est un doux rêveur, toujours dans la lune, maladroit et gaffeur. Le retard s’accumule, les années passent et Gustave perd pied, malgré sa bonne volonté et tous les efforts engagés. Pourtant, il est loin d’être bête notre petit bonhomme et, heureusement, quelqu’un va finir par lui tendre la main!

Mon avis : C’est peu dire que le petit Gustave m’a touché et ému! Avec son langage poétique et plein d’humour, le jeune garçon pose un regard presque naïf sur la vie mais , à force de prendre des coups, il perd peu à peu confiance en lui-même et en ses capacités. Certains passages m’ont aussi révolté, notamment lorsque les enseignants de Gustave, désabusés, ne se rendent pas compte de ses tourments et le laisse s’enfoncer dans la tristesse et la conviction qu’il ne vaut rien. Heureusement, Mlle Bergamotte, sa professeur de français qui fait un peu office de bonne fée, va tout mettre en oeuvre pour lui donner une réelle chance de prouver sa valeur. Et le combat de cette enseignante fait un bien fou!

Le roman se révèle particulièrement tendre mais pas mièvre, au contraire il rebooste les batteries grâce à l’admiration que suscite ce petit garçon courageux qui ne lâche rien. Rythmé par des chapitres courts et les péripéties de Gustave, le roman se lit très vite et parvient à maintenir l’attention du lecteur jusqu’au bout, notamment grâce à la curiosité qu’il suscite : que va t-il advenir du petit Gustave une fois devenu adulte ? Est-il, en fin de compte, né sous une bonne étoile ?

C’est aussi l’occasion pour Aurélie Valognes de dénoncer les manques et les errances de l’école de la République qui a parfois tendance à baisser les bras et à passer à côté d’enfants en difficulté d’apprentissage… Le parcours de Gustave souligne à quel point les amalgame sont rapides et destructeurs entre un enfant qui n’a pas envie, n’est pas intéressé par l’école et un enfant timide qui se sent seul face à des difficultés qu’il ne s’explique pas. Heureusement, l’autrice met également en valeur ces enseignants qui ne se résignent pas, animés par la passion de leur métier, leur rendant ainsi un bien bel hommage!

Autant j’avais eu du mal à accrocher avec son précédent roman, « La cerise sur le gâteau« , autant celui-là m’a embarqué dès les premières lignes! J’y ai vraiment retrouver tout ce que j’aime chez Aurélie Valognes : tendresse, humour et optimisme!

En bref, un roman de l’enfance touchant et débordant d’humanité qui aborde le décrochage scolaire avec bienveillance et espoir!

Références : « Né sous une bonne étoile« , Aurélie Valognes, aux éditions Mazarine, 342 pages, 18,90€.

Feel Good·Non classé

La femme au manteau violet, Clarisse Sabard

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En 2 mots : Dans ce nouveau roman, sans doute le plus abouti de Clarisse Sabard, nous faisons connaissance avec deux héroïnes, deux jeunes femmes à la croisée des chemin : Jo, qui vit de nos jours dans l’ouest de la France, et Charlotte, que nous découvrons abandonnée à New-York par son mari français, à la fin de l’année 1929. Au début du roman, Jo, qui est thanatopractrice, découvre qu’elle risque de mourir à tout moment d’une rupture d’anévrisme si elle ne prend pas la décision de se faire opérer rapidement. Une situation anxiogène qui pousse son grand-père à l’envoyer en Angleterre percer un mystérieux secret de famille afin de lui changer les idées. Accompagnée d’Adeline, sa meilleure amie, Jo se lance sur les traces de la mystérieuse Charlotte, bien décidée à découvrir qui est cette femme au manteau violet qui hante son grand père depuis des décennies….

Mon avis : Construit autour de deux femmes et de deux époques, ce grand roman romanesque porte ainsi en lui deux histoires fortes et captivantes. Son attrait réside notamment dans le talent de l’autrice à nous embarquer dans cette intrigue double, jusqu’à parvenir à révéler ce lien ténu qui relie les deux héroïnes et leurs familles l’une à l’autre.

J’ai beaucoup aimé suivre ces deux histoires en parallèle et passer de l’une à l’autre ne pose pas de difficulté particulière ; au contraire, cela offre même des pauses bienvenues dans le récit. Si l’intrigue autour de Jo, très contemporaine, nous permet de nous plonger dans une histoire résolument moderne, celle de Charlotte en revanche apporte ce côté suranné que j’adore. Les deux récits se complètent admirablement bien et se révèlent touchants chacun à leur manière, l’un plus doux et introspectif, l’autre plus « paillettes » et glamour.

Jo m’a touché car, bien que frappée par le spectre de la maladie, la jeune femme n’hésite pas à se lancer dans cette quête pour mettre à jour un secret de famille et ainsi apporter la vérité à son grand-père. Digne et courageuse, son désir d’épargner ses proches, en leur cachant son état de santé m’a ému. Quant à Charlotte, outre le fait que j’ai beaucoup aimé l’atmosphère des années 30, sa détermination à prendre sa vie en main et à ne pas subir les événements m’a vraiment passionné. Cette femme abandonnée par son mari dans un pays étranger, privée de son bébé resté en France, se bat pour s’en sortir et se relève de chaque épreuve. Son destin, étroitement lié à celui de son amant américain, m’a apporté cette dose exaltante de romance, sulfureuse et interdite, sur fond de prohibition : un régal! Le tout dans le cadre magique et enjôleur de New-York avec ses clubs de jazz, le commerce illicite d’alcool et son cortège de gangsters, etc.

Un vrai coup de foudre pour ce roman chaleureux, bienveillant et vibrant d’émotion. On sent que Clarisse Sabard y a mis tout son cœur!

Références : « La femme au manteau violet« , Clarisse Sabard, aux éditions Charleston, 368 pages, 19,90 .

Non classé·Romans étrangers

Le silence des vaincues, Pat Barker

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En 2 mots : « Le silence des vaincues » met en lumière un épisode assez célèbre de l’Iliade d’Homère, celui de la colère d’Achille. Furieux de s’être fait prendre son trophée de guerre, la très séduisante Briséis – reine déchue de Lyrnessos devenue depuis sa concubine – Achille défi Agamemnon en refusant de continuer à prendre part à la guerre de Troie qui oppose les grecs aux troyens depuis près de 9 ans. La particularité du récit réside dans le fait qu’il se place du côté des femmes, les fameuses vaincues et victimes collatérales de cette guerre mythique. C’est à travers les yeux de Briséis, esclave d’Achille puis d’Agamemnon, que nous suivons le déroulé du conflit. Un conflit qui s’enlise sans que la victoire ne semble se dessiner pour un camp ou pour l’autre. Mais le retrait d’Achille pourrait bien tout changer…

Mon avis : Mis à part un petit souci au niveau du style (problème de traduction?) que j’ai trouvé trop contemporain et familier, je me suis laissée prendre par l’intrigue malgré les passages crus et violents. Bien sûr, qui dit récit mythologique dit également barbarie, cruauté et scènes sanglantes, ce qui peut heurter à la longue. Néanmoins, ces scènes de violences se révèlent nécessaire pour rendre compte de la condition effroyable des femmes dans l’Antiquité. Femme objet, femme trophée, Briséis n’échappe pas à la règle en étant ballottée sans égard entre les chefs grecs, niée jusque dans son individualité la plus intime.

J’ai apprécié cette lecture hors des sentiers battus et cette plongée dans l’univers de la tragédie grecque où tous les éléments du drame se trouvent réunis : héros mythiques, dieux vengeurs, batailles épiques, présages et malédictions font tout le sel de ce récit fleuve. Les grands noms de la mythologie sont réunis pour faire revivre à nouveau cette guerre mythique et les noms des dieux et héros résonnent au fil des pages comme autant de souvenirs de classe : Achille, Agamemnon, Ulysse, Zeus, Apollon, Athéna, etc.

Surtout, je me suis prise de sympathie pour Briséis, cette reine déchue qui fait face avec courage et bravoure à son sort peu enviable. Cette jeune femme qui a tout perdu trouve en elle la force de faire le deuil de sa vie passée et de continuer à avancer, animée par un élan de vie qui ne la quitte pas. Jusque dans ses faiblesses, Briséis se montre touchante. La relation ambiguë qu’elle développe ainsi avec Achille, pourtant son tortionnaire, est particulièrement intéressante à mesure que l’on voit se tisser entre eux une sorte de compréhension et d’attachement. A tel point que j’ai trouvé que parfois Achille prenait trop le pas sur Briséis, pourtant présentée comme la narratrice et personnage principal du récit ; le héros grec domine pourtant de son aura l’ensemble du roman, sa légende éclipsant parfois (trop?) le destin de la jeune esclave.

Cette histoire m’a fait forte impression, malgré quelques longueurs, j’ai trouvé qu’elle frappait les esprits. Un récit puissant et épique qu’il était de bon ton de remettre au goût du jour notamment pour le personnage de Briséis, modèle de femme forte qui inspire le respect et l’admiration dans un monde régi par les hommes…

Références : « Le silence des vaincues« , Pat Barker, aux éditions Charleston, 336 pages, 22,50€. Sorti le 25 août 2020.

Non classé·Romans français

Rien n’est noir, Claire Berest

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En 2 mots : Une plongée fulgurante dans l’univers de la fantasque peintre mexicaine Frida Kahlo (1907-1954) mais surtout le récit de son incroyable histoire d’amour avec le peintre Diego Rivera, de 21 ans son aîné.

Frida se caractérise par une personnalité intense et extrême, une fureur de vivre dans ses joies comme dans ses peines : de son accident de bus à 19 ans, qui la laisse exsangue – transpercée par une barre de métal – à son mariage avec le peintre le plus célèbre du Mexique, de ses multiples fausses couches en passant par les tromperies de son mari qui passe de femme en femme de manière frénétique, jusqu’à ses premiers expositions en solo à 31 ans, découvrez ce destin hors du commun!

Mon avis : Le moins que l’on puisse dire c’est que ce roman est à la hauteur de sa réputation : il est juste magnifique, d’une énergie folle!

Claire Berest réussit ici un tour de force : incarner et donner corps à la peintre mexicaine qui n’a jamais semblé plus vivante qu’à travers ces pages. Elle nous livre une héroïne d’une intensité folle, qui vit et ressent les choses avec exacerbation, une instinctive jusqu’au bout des ongles, une femme indépendante et libre d’esprit, quitte à choquer les bien pensants. 

Le style de Claire Berest peut certes déconcerter, tant il est rapide, un peu comme si les mots jaillissaient d’elle en une spectaculaire éruption. Mais c’est pour mieux retranscrire cet élan qui caractérisait Frida Kahlo, elle qui n’a cessé de brûler la vie par les deux bouts, cette survivante qu’aucune épreuve – physique ou morale – ne paraissait pouvoir terrasser. Elle semble en effet avoir traversé la vie comme un coup de fouet, dotée d’un incroyable tempérament de feu lui permettant de faire fi des convenances avec panache.

Frida Kahlo est une héroïne dingue, une peintre née qui couche sur la toile ce qui se présente en elle, peignant comme elle respire des tableaux chocs : « Frida ne peint pas ses rêves, ni son inconscient, elle peint une nécessité intérieure« .

En bref, un immense coup de cœur tant j’ai été captivée par l’écriture fiévreuse et passionnée de Claire Berest qui m’a littéralement emportée dans l’univers de Frida et Diego, entre Mexique, Etats-Unis et Europe de 1928 à 1954.

Références : « Rien n’est noir« , Claire Berest, aux éditions Stock, 250 pages, 19,50€.

Non classé·Romans français

Un automne de Flaubert, Alexandre Postel

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Je découvre avec plaisir la plume d’Alexandre Postel ainsi que son style délicieusement suranné. Il se glisse ici avec talent dans la peau du grand Gustave Flaubert, à une période de sa vie où l’écrivain est au plus mal : accablé par des soucis financiers, mélancolique, il en a perdu l’inspiration. Désespéré de vivre, il trouve refuge à l’automne 1875, auprès de son ami le biologiste Georges Pouchet, à Concarneau. Là, Flaubert mène une vie bien rythmée entre bains de mer, balades, plaisirs de la table et visites à la station de biologie marine que dirige son ami.

Cette parenthèse de quelques mois lui permet surtout de se livrer à l’introspection et de mener une vie oisive où la littérature n’a, dans un premier temps plus sa place, tant il s’est lassé de se soumettre à une si impérieuse maîtresse. Mais, petit à petit, un frisson, un élan créatif le pousse à réenclencher le processus d’écriture : Flaubert décide de coucher sur le papier une vieille histoire médiévale qu’il porte en lui depuis vingt ans mais en laquelle il ne croît guère : « Ce n’est rien du tout et je n’y attache aucune importance ». Cette entreprise lui permet néanmoins de renouer un fil ténu avec la littérature…

Un texte court mais délicieux dans lequel l’auteur imagine ces quelques mois d’errance dans la vie de l’auteur magistral de « Madame Bovary » et de « L’Education Sentimentale« . On y croise avec plaisir, au détour des pages, Victor Hugo, George Sand ou les frères Goncourt et on se laisse emporter par le côté surréaliste des dissections de poissons et de mollusques de Pouchet, sous l’œil circonspect de Flaubert. Une belle découverte dans laquelle on assiste à la genèse de l’un de ses « Trois Contes » :  « La légende de Saint Julien l’Hospitalier« !

Références : « Un automne de Flaubert« , Alexandre Postel, aux éditions Gallimard, 144 pages, 15€.