Romans étrangers

La bibliothèque des rêves secrets, Michiko Aoyama

Alerte lecture ultra apaisante avec cette petite pépite, magnifique premier roman de la japonaise Michiko Aoyama 🤗!

5 histoires pour 5 personnages en quête de sens qui, par hasard, poussent un jour la porte de la bibliothèque d’un petit centre social de Tokyo. Jeune fille en quête d’un livre d’informatique, mère épuisée à la recherche d’un livre d’enfant pour sa fille ou retraité décidant d’apprendre les règles du jeu de go, tous finissent par échouer au comptoir de la bibliothécaire, Mme Komachi. Femme au physique hors norme, elle impressionne nos 5 protagonistes autant par son allure que par son talent à cerner leurs réels besoins et aspirations

Roman éminemment doux et inspirant, ces courtes histoires initiatiques s’attèlent à démontrer que, même lorsqu’on a pris le mauvais chemin, que notre quotidien laisse à désirer, il est toujours possible de se reprendre et de réenclencher la machine de la vie. Mme Komachi, sorte d’Oracle des temps moderne, joue le rôle de détonateur avec ses conseils de lecture particulièrement surprenants qui, à chaque fois, font mouche auprès des lecteurs. C’est elle qui leur insuffle cette petite étincelle de vie si précieuse, elle qui les pousse à se questionner

J’ai adoré les 5 histoires – avec une petite préférence pour la première – et le fait que chaque personnage croise ou se révèle avoir un lien avec un autre des protagonistes. Tout est lié avec, au cœur, cette épatante bibliothécaire si clairvoyante lorsqu’il s’agit de percer à jour les chagrins de ces lecteurs en mal de vivre…

Références : « La bibliothèque des rêves secrets« , Michiko Aoyama, aux éditions Nami, 352 pages, 19€.

Romans français

Soixante secondes de bonheur, Bruno Combes

Nuit du 27 au 28 décembre 1999, sur une petite route serpentant dans la forêt des landes alors que débute ce qu’on appellera « la tempête du siècle », Elena se retrouve piégée dans son véhicule encerclé par les troncs d’arbres qui s’abattent de toute part. Sans l’intervention héroïque de Sébastien, elle serait morte, seule et malheureuse. Cette tempête sera, pour la jeune femme trader à Londres, comme un électrochoc. (Re)découvrant sa région natale complètement dévastée, Elena voit ses certitudes bouleversées, son mode de vie remis en question d’autant qu’elle n’est pas insensible au charme farouche de son sauveur…

Un joli roman, qui met la nature au cœur et qui n’est pas sans rappeler les textes de Christian Signol, un peu dans la même veine. Le texte immerge le lecteur dans le milieu de la sylviculture, le travail du bois étant le pilier central du roman avec un Sébastien qui se démène pour sauver sa scierie alors que le cours du bois chute drastiquement après la tempête. J’ai aimé ce côté brut, simple et naturel avec une nature toute-puissante qui se déchaîne et contraint les hommes à plus d’humilité… Privé d’électricité et de moyens de communication, les personnages fragilisés se dévoilent et nouent des liens profonds que l’on prend plaisir à voir se développer.

La région des Landes, qui a beaucoup souffert de ce désastre, est magnifiquement mise à l’honneur et dévoile les charmes de ses paysages entre océan, dunes et forêts de pins. Elle offre son écrin sauvage et tourmenté aux personnages dans un roman plus sombre qu’à l’accoutumée mais que j’ai adoré pour ce côté cocon!

Petit coup de cœur pour Océane, la fille de Sébastien, si forte et si touchante malgré les drames qui jalonnent sa jeune existence.

Références : « Soixante secondes de bonheur« , Bruno Combes, aux éditions Michel Lafon, 391 pages, 18,95€.

Romans français

Ce qu’il faut de nuit, Laurent Petitmangin

Très belle découverte que ce court roman signé Laurent Petitmangin ! Pour la native de Metz que je suis, retrouver les expressions locales, les « le » et « la » devant les prénoms, la passion pour le club du FC Metz et les week-ends au stade derrière les grenats, cela fleure bon les souvenirs d’enfance!

D’enfance il est d’ailleurs beaucoup question dans « Ce qu’il faut de nuit » puisque on plonge dans le quotidien d’un père célibataire qui élève seul ses deux fils, Frédéric – surnommé « Fus » en raison de sa passion du foot – et Gillou. Depuis la mort de leur mère des suites d’une longue maladie, les deux garçons vivent une vie simple mais agréable auprès de leur cheminot de père. Surtout, une passion commune pour le foot et le FC Metz les réunit chaque semaine au stade Saint Symphorien pour soutenir les grenats. Ensemble, ils vibrent pour cette équipe, partageant les joies de la victoire comme les déconvenues de la défaite.

Longtemps complice, le trio finit pourtant par se déliter lorsque le cadet quitte la maison pour poursuivre des études supérieures à Paris, plongeant alors son aîné dans le marasme du manque d’ambition et des mauvaises fréquentations. Bientôt, le père découvre que Fus a des accointances avec des membres de l’extrême droite, le surprenant même à coller des affiches et à tracter pour le FN. Pour ce socialiste dans l’âme, c’est l’ultime trahison, la honte et l’humiliation infiltrent son cœur. Père et fils cohabitent alors sans se parler, dans une maison devenue triste à mourir qui ne s’égaye que lors des visites de Gillou. Mais lorsqu’un terrible drame se produit, c’est tout l’équilibre de cette famille, aussi fragile soit-il, qui vacille…

J’ai adoré ce texte à l’écriture naturelle, au plus près du parler des gens d’ici. L’auteur a su remarquablement rendre compte de cette vie des petits villages lorrains où l’engagement politique et sportif, le regard et la place dans la communauté locale comptent encore tellement. Il questionne habilement ce mélange de sentiments contradictoires que ressent le père à voir son fils s’engager dans une voie contraire à ses valeurs, un fils qu’il aime mais qui lui fait désormais honte… Hyper puissant! 

Références : « Ce qu’il faut de nuit« , Laurent Petitmangin, aux éditions Livre de poche, 144 pages, 7,20€.

Policiers

L’affaire Alaska Sanders, Joël Dicker

« L’affaire Alaska Sanders », Joël Dicker signe le retour tant attendu de Marcus Goldman et Harry Quebert!

Ce roman – le 3e centré sur Marcus Goldman – offre une nouvelle enquête à l’écrivain détective, deux ans après avoir élucidé l’affaire Harry Quebert dans laquelle était empêtrée son mentor. Il se retrouve cette fois à démêler les fils d’une affaire vieille de 11 ans et impliquant son ami, le sergent Perry Gahalowood : le meurtre d’Alaska Sanders, toute nouvelle miss Nouvelle Angleterre, retrouvée assassinée au bord d’un lac. Une affaire classée en apparence puisque le meurtrier a avoué, dénonçant par la même occasion son meilleur ami comme complice, avant de se donner la mort dans les locaux du commissariat. Mais une lettre anonyme, déposée dans la boite aux lettres du sergent, suggère qu’il y’a eu méprise et que le vrai coupable court toujours..

J’ai retrouvé avec plaisir le duo Marcus-Perry alors que l’ombre d’Harry Quebert plane toujours en arrière-plan. Il m’a néanmoins manqué cet effet « whaou » que j’avais eu dans la vérité sur l’affaire Harry Quebert et l’énigme de la chambre 622 lorsque survient, au milieu du roman, une incroyable révélation qui me fait littéralement tomber de ma chaise. Ici, je n’ai pas retrouvé cette énorme surprise que je n’aurais pas vu venir. Au contraire, j’avais plus ou moins deviné le gros de l’affaire et quelques-uns des ultimes rebondissements. Reste que la lecture est addictive et maintient le plaisir de lire jusqu’au bout

J’aime toujours autant la manière dont Dicker décrit les petites villes américaines, leur atmosphère si particulière ainsi que ces va-et-vient incessants de Marcus qui ne cesse de traverser la côte est des Etats-Unis au rythme de l’enquête.

Références : « L’affaire Alaska Sanders« , Joël Dicker, aux éditions Rosie et Wolfe, 576 pages, 23€.

Feel Good

A l’adresse du bonheur, Lorraine Fouchet

Bienvenue à Ker Joie! Cette magnifique maison située sur l’île de Groix est la demeure historique de la famille Saint-Jarme depuis des générations. Enfin, c’était le cas jusqu’au décès de Philippe, le patriarche, qui a conduit sa veuve à s’en séparer au profit d’un coquet appartement parisien. Depuis, la famille déprime et Pierre, le fils aîné, ne rêve que d’une chose : redevenir le propriétaire de Ker Joie et, accessoirement, en mettre plein la vue au reste de la tribu. Lorsqu’en lisant les petites annonces immobilières, il découvre par hasard que la maison est en vente, il saute sur l’occasion. Mais la demeure vient d’être rachetée par un irlandais…Vaille que vaille, Pierre obtient de l’agence immobilière la permission de louer Ker Joie pendant trois jours afin d’y fêter en famille les 80 ans d’Adeline, la matriarche. Les Saint-Jarme retrouvent alors, le temps d’un week-end plein de surprises, leur maison de famille!

Quel bonheur de lecture ! J’en ressors avec une furieuse envie de partir à Groix, d’investir cette maison de rêve avec sa cheminée, sa baignoire à pieds et sa vue plongeante sur le port, de manger des crêpes, des moules et des galettes bretonnes avant de disputer une partie de Monopoly! Je me suis donc régalée avec cette histoire de famille qui se retrouve le temps d’un week-end pour fêter la grand-mère bien sûr mais aussi pour se balancer des piques bien senties et faire quelques révélations fracassantes aux autres membres de la tribu.

À la manière d’une pièce de théâtre, les personnages jouent leur partition, à la fois heureux de se retrouver et n’ayant qu’une hâte : en finir! Le lecteur assiste à ce spectacle avec délectation 🤗 L’un de mes préférés de Lorraine Fouchet ❤

Références : « A l’adresse du bonheur », Lorraine Fouchet, aux éditions Héloïse d’Ormesson, 316 pages, 20€.

Feel Good

On n’empêche pas une étoile de briller, Tonie Behar

Lecture inspirante pour ce week-end avec le nouveau roman de Tonie Behar « On n’empêche pas une étoile de briller »🥰!

À la fin des années 60, la jeune Alexandra quitte la France pour tenter sa chance, direction la côte ouest des États-Unis. Bien décidée à faire carrière en tant que chanteuse, elle laisse derrière elle son père, son emploi de dactylo ainsi que Max, son inséparable ami/amant qui, au dernier moment, a décidé de ne pas l’accompagner en Amérique, la laissant seule et dévastée au milieu de l’aéroport. À San Francisco et en plein summer of love, Alexandra – devenue Sacha – découvre la vie en communauté, le mouvement hippie et la libération sexuelle

Indéniablement le début du roman m’a rappelé « Les chroniques de San Francisco » de Armistead Maupin que j’avais dévoré à l’adolescence 🤩! On y retrouve la même énergie, la même tolérance que dans la célèbre saga de Maupin, le petit coté frenchy en plus! L’histoire de Sacha s’emmêle à celle de Max, les deux amants ne cessant de se retrouver pour mieux se séparer avant de renouer encore dans un feu d’artifice de passion et de drame entre Paris et la Californie

Je me suis laissée emporter par leur chassé-croisé amoureux, malgré quelques longueurs, curieuse de voir où la vie mènerait ces deux êtres épris de reconnaissance et de liberté. Ensemble, ils inventent leur propre manière de vivre leur histoire, laissant l’autre s’épanouir tout en en lui témoignant un soutient indéfectible, une présence et un attachement que même les années et la célébrité n’entachent pas. Beau et émouvant!

Références : « On n’empêche pas une étoile de briller« , Tonie Behar, aux éditions Charleston, 448 pages, 19€.

Romans français

Désenchantées, Marie Vareille

Gros coup de ❤ pour le nouveau roman de Marie Vareille que j’ai dévoré en 2 jours !

Évanescence. C’est le mot qui me vient à l’esprit pour évoquer le dernier roman de Marie Vareille, mon préféré de l’autrice à ce jour. Au cœur des années 90, on découvre l’amitié fusionnelle qui lie Angélique et Sarah, deux copines inséparables jusqu’à cette nuit fatidique qui précipite la fin de leur relation. Plus rien ne sera désormais comme avant. Angélique se réinvente en créant la bande des « Désenchantées » avec deux autres camarades, laissant Sarah s’enfoncer petit à petit dans la dépression. Jusqu’au jour où l’adolescente disparaît sans laisser de trace. 20 ans après, Fanny, la sœur d’Angélique, est chargée d’écrire une série d’articles sur cette affaire non élucidée…

Marie Vareille nous offre un magnifique « cold case » avec ce texte, à mi-chemin entre roman et polar. Aux côtés de Fanny et de sa belle fille, elle aussi de la partie, on se prend au jeu de l’enquête : qu’est-il donc arrivé à Sarah? Les réponses se trouvent-elles du côté de la famille de l’adolescente ou dans son cercle d’amies ? Qui, au village, sait quelque chose et l’a gardé pour lui?

Une plongée passionnante dans l’adolescence des années 90, avec son lot de spleen, de désirs et d’espoirs déçus.

Références : « Désenchantées« , Marie Vareille, aux éditions Charleston, 320 pages, 19,90€. 

Romans étrangers

L’Odyssée de Pénélope, Margaret Atwood

Passionnant récit qui inverse les rôles en se plaçant du côté de la célèbre compagne d’Ulysse, héros de l’Odyssée et de la guerre de Troie. Et si Pénélope n’était pas (que) la fidèle épouse qui attend patiemment son mari pendant 20 ans?

Références : « L’Odyssée de Pénélope« , Margaret Atwood, aux éditions Pavillon Poche Robert Laffont, 191 pages, 8,50€.

Cozy Mystery

Meurtre au manoir d’Archly, Sara Rosett

Un nouveau cozy mystery signé Sara Rosett qui ne m’a pas totalement convaincu…

Ce week-end, j’ai lu ce petit roman « Meurtre au manoir d’Archly » et fait la connaissance d’Olive Belgrave, une apprentie détective dans l’Angleterre des années 20. Si l’histoire est plaisante, elle m’a semblée un peu enfantine, me rappelant beaucoup les aventures d’Alice détective que j’aimais quand j’étais enfant. Olive est une jeune fille courageuse et intrépide qui adore résoudre des mystères et fourrer son nez partout, flanquée de ses deux cousines Gwen et Violet (qui m’ont immédiatement fait penser à Bess et Marion, les deux amies d’Alice). Lors d’une soirée au manoir d’Archly, Alfred le fiancé de Violet, est retrouvé assassiné. Commence alors une enquête, un peu sous forme de huis clos, où tous les invités sont soupçonnés à tour de rôle

Le roman recycle des éléments qui ont fait leur preuve avec sa couverture so british et son plan du manoir en début de roman. Cela reste très bon enfant et malheureusement sans réelle surprise en fin d’enquête, avec même quelques explications tirées par les cheveux. Enfin, l’écriture a également péché pour moi… J’ai en effet relevé certaines incohérences de langage dans la manière dont les personnages, pourtant membres de l’aristocratie, s’adressent ou se comportent les uns avec les autres. Par conséquent, le roman sonnait un peu faux et j’ai souvent eu l’impression que la traduction n’était pas à la hauteur et ne restituait pas avec honneur le texte original..

Références : « Meurtre au manoir d’Archly« , Sara Rosett, aux éditions‎ McGuffin, 318 pages, 13,70€.

Romans français

L’aube sera grandiose, Anne-Laure Bondoux

A la sortie du cours de natation, Titania « kidnappe » son ado de fille pour la conduire dans une petite cabane au bord d’un lac, perdue au milieu de la forêt. Elle a des révélations à lui faire qui ne peuvent plus attendre. Commence alors une nuit de confidences, une nuit au cours de laquelle la mère remonte le fil de son histoire pour partager avec sa fille les secrets qu’elle garde enfouis depuis son adolescence. Au matin, rien ne sera plus pareil et l’aube s’annonce grandiose pour la mère et la fille!

C’est un roman magnifique, empreint d’amour et de douceur. On s’y sent bien aux cotés de Nine et de Titania, blottie avec elles au cœur de la nuit étoilée. L’histoire révélée après avoir été gardée secrète pendant près de 20 ans se révèle passionnante de bout en bout. Titania raconte à sa fille son enfance, les errements vécus en compagnie de sa mère et de ses frères jumeaux, les déménagements successifs au grès des amours maternels puis l’événement fondateur qui a tout bouleversé. Nine pose des questions, Titania ressort quelques souvenirs du grenier, le café noir coule à flot pour tenir le coup lors de cette nuit blanche, l’étirer jusqu’au matin lorsque la mère et les frères de Titania arriveront après deux décennies sans se voir…

L’émotion est donc palpable à chaque page au cours de cette nuit hors du temps❤

Références : « L’aube sera grandiose« , Anne-Laure Bondoux, aux éditions Gallimard Jeunesse, 336 pages, 6,70€.