Romans français

Alabama 1963, Ludovic Manchette et Christian Nimiec

Roman coup de poing, roman coup de ❤!

L’Amérique profonde, sudiste et ségrégationniste se dévoile dans cet ouvrage au titre percutant : bienvenue en Alabama à l’été 1963. Kennedy est à la tête du pays alors que la marche pour les droits civiques voit converger des milliers de personnes en direction de Washington ; Martin Luther King y prononça d’ailleurs son célèbre discours. Voilà pour l’arrière-plan historique

Pourtant, dans la petite ville de Birmingham (Alabama), les mentalités peinent à évoluer, blancs et noirs évoluant toujours dans un climat de peur, de rejet et de mépris les uns à l’égard des autres, bien loin des aspirations de Luther King. La communauté noire est néanmoins en émoi, secouée par la disparition puis la découverte du cadavre d’une petite fille noire. Une affaire que les policiers – blancs – traitent avec peu de diligence, pas concernés, pas intéressés. Ayant besoin d’argent, le détective Bud Larkin accepte d’enquêter sur l’affaire pour le compte des parents de la jeune fille. Alcoolique, colérique et bordélique, Bud met peu de coeur à l’ouvrage jusqu’à ce qu’il soit secoué par Adela, sa toute nouvelle femme de ménage. Perspicace et dotée d’un grand sens de l’observation, Adela pousse Bud à se consacrer sérieusement à l’enquête, d’autant qu’une autre enfant est à son tour portée disparue. Ensemble, Bud et Adela enquêtent, apprenant par la même occasion à se connaitre puis à se respecter et à se faire confiance

J’ai été captivée, autant par l’enquête que par la relation qui se tisse petit à petit entre cet improbable duo. Lui, l’ancien flic déchu, bourru et arrogant et elle, simple femme de ménage noire, analphabète et pieuse. C’est une lecture très immersive, bien documentée, qui plonge vraiment le lecteur au cœur des tensions raciales, à tel point que l’on imagine sans peine une adaptation sur petit ou grand écran

Références : « Alabama 1963« , Ludovic Manchette et Christian Nimiec, aux éditions Pocket, 352 pages, 7,70€.

Feel Good

La ritournelle, Aurélie Valognes

Aurélie Valognes nous propose un repas de réveillon de Noël jubilatoire (et tellement drôle !) dans son dernier roman « La ritournelle »! J’y ai d’ailleurs retrouvé avec plaisir l’ambiance « dîner-de-famille-règlement-de-comptes » que j’avais tant aimé dans « En voiture Simone » 🤗

Cette année – malgré des précédents désastreux – Anne espérait passer un bon Noël entourée des siens. Elle voulait vraiment y croire. C’était sans compter sur son incorrigible famille : sa mère, jamais avare de reproches, son beau-père misogyne, son mari qui ne pense qu’à mettre les pieds sous la table ou encore sa tante qui force un peu trop sur la boisson. Toute cette troupe s’est semble t-il donnée le mot pour ruiner la soirée à coup de petites phrases assassines et de piques bien senties. Pour le côté chaleureux on repassera tant l’ambiance est à couper au couteau chez les Komaneski ce soir là!

Ajoutez à cela des cadeaux au goût douteux (qui offre une crème anti-cellulite à Noël sérieusement ?!), un dîner catastrophique et de vieilles rancunes non digérées qui refont surface et vous aurez le repas de fête le plus craignos que vous aillez jamais vu! Un régal pour le lecteur avide de les voir en découdre, spectateur gourmand de leurs joutes verbales 🤗

On est donc clairement dans une famille de dingues/chieurs/relous hors catégorie. Bien que l’on tombe parfois dans la caricature et l’exagération, j’ai adoré suivre les prises de bec de cette tribu tant les mots qu’ils s’envoient sont drôles et bien sentis! On est très loin des romans de Noël traditionnel et c’est super de s’affranchir ainsi des codes du genre ! Tout comme de lire un roman de Noël en mars 😜!

Références : « La ritournelle« , Aurélie Valognes, aux éditions Fayard, 234 pages, 18,90€.

Romans français

Michelle et Barack, Fabrice Colin

Un passionnant roman biographique qui retrace les origines, l’enfance et la jeunesse de Michelle Robinson et Barack – Barry – Obama. De Chicago à Hawaï en passant par l’Indonésie, New-York et la Californie, l’auteur nous permet de connaitre plus intimement ces deux figures majeures du XXIe siècle. C’est une lecture très inspirante et un bel hommage à ces deux parcours de vie. On se rend surtout compte que, dès le départ, rien n’a été simple, que ce soit pour Barack, délaissé par ses parents et élevé par ses grands parents ou pour Michelle qui grandit dans les quartiers populaires de Chicago et s’en sort grâce à son travail acharné à l’école

Ce roman m’a permis de découvrir plus intimement les Obama et, d’une certaine façon, me les a rendu plus proches, plus humains, loin des icônes qu’ils incarnent aujourd’hui. Malgré quelques longueurs au début, j’ai ensuite été happée par ma lecture à mesure que s’ouvraient les pages ayant trait à leur adolescence. Le roman s’achève quelques pages après leur rencontre, au sein du cabinet d’avocats de Michelle où Barack vient d’être recruté comme stagiaire. Le destin est en marche…

Références : « Michelle et Barack« , Fabrice Colin, 414 pages, 15,90€.

Feel Good

Les possibles, Virginie Grimaldi

Une couronne de fleurs roses poudrées pour vous parler du roman « Les possibles » !

Comme souvent avec Virginie Grimaldi (en tout cas depuis 3-4 romans), j’ai eu du mal avec l’héroïne…Encore une fois, je l’ai prise en grippe presque instantanément tant elle m’a agacé avec ses complexes, sa peur du regard des autres, son obsession à bien rester dans le cadre et à ne surtout pas déborder des limites. Heureusement, elle accueille chez elle son père un peu loufoque après l’incendie de sa maison. Et là, quelle bouffée d’air frais car Jean est tout sauf lisse et conformiste! Personnage haut en couleurs il apporte un peu de fantaisie dans le quotidien étriqué de sa fille et de son gendre qui sont d’un ennui mortel. Certes, Jean a toujours été excentrique mais ces derniers temps, il oublie, se montre désorienté, confus, au point que Juliane soupçonne des troubles cognitifs. Malgré sa crainte, elle décide d’accompagner son père sur le chemin d’un diagnostic potentiellement dramatique, bien décidée à profiter enfin de celui qu’elle connait au fond si peu…

C’est une lecture en demi-teinte pour moi car, si j’ai beaucoup ri des facéties de Jean, j’ai tout de même ressenti peu d’émotion. Le sujet est pourtant tragique mais donne trop du côté de l’humour pour que j’éprouve de la peine ou de l’empathie. On a parfois l’impression que Juliane exagère et qu’elle se fait des films et, finalement, quand on découvre que Jean a réellement un problème, on s’est tellement habitué à ses excentricités, que l’on n’éprouve rien de particulier. Pour moi, cela manque de profondeur et oscille trop entre humour et bons sentiments pour qu’on y croit…

Reste le personnage de Jean qui lui m’a touché. Son divorce, son enfance difficile, sa passion pour les chiens et les indiens, sa pudeur et son originalité en font le pilier du roman. Il n’en rend malheureusement sa fille que plus terne, fade et ennuyeuse…Bref, ça m’a semblé looooong!

Références : « Les possibles« , Virginie Grimaldi, aux éditions Fayard, 378 pages, 19,50€.

Feel Good

Vers le soleil, Julien Sandrel

Immense coup de cœur pour ce magnifique roman signé Julien Sandrel ! Lu quasiment d’une traite, j’en suis ressortie émue, touchée, apaisée

Sur fond de tragédie – l’effondrement du pont de Gênes en août 2018 – l’auteur nous conte l’histoire atypique de Tess, Sasha et de la petite Sienna. Une famille unie en apparence depuis que Sasha a fait irruption dans la vie de cette maman célibataire et de sa fille. Lui, cet acteur embauché à l’origine pour se faire passer pour l’oncle de Sienna a en effet su gagner leur cœur, au point désormais de tenir le rôle de père et de compagnon. D’ailleurs, force est de constater que depuis son arrivée, le duo mère-fille va mieux, sourit à nouveau. Les vacances qui se profilent en Italie s’annoncent idylliques et devraient être l’occasion de clarifier enfin leur situation complexe. C’est sans compter sur l’effondrement du pont de Gênes qui laisse Tess ensevelie sous les décombres alors qu’elle rendait visite à une amie…Sasha se retrouve alors seul avec Sienna, dévasté et terrifié car, en vérité, si Tess ne s’en sortait pas, il n’aurait aucun droit sur cette petite qu’il aime comme sa fille… Commence alors une incroyable fuite à travers l’Italie

J’ai beaucoup aimé la relation fusionnelle de Sasha et Sienna, notamment la force du jeune homme pour ne rien laisser paraître. Il invente en effet mille ruses pour que Sienna ne découvre pas l’effondrement du pont et le danger mortel que court sa maman. Il imagine de nouveaux jeux, des déguisements, des défis pour justifier leur fuite et l’absence de Tess sans éveiller les soupçons de la petite fille. J’ai trouvé le tout presque poétique, profondément humain. En parallèle, le combat de Tess pour sa vie est particulièrement fort, l’angoisse est palpable et l’on se prend à espérer qu’elle s’en sorte coûte que coûte pour qu’enfin ces 3 là se retrouvent…

Références : « Vers le soleil« , Julien Sandrel, aux éditions Le livre de poche, 264 pages, 7,70€.

Feel Good

« La vie en rose », Recueil de nouvelles

Un joli recueil parfait pour ce mois de saint Valentin ! En plus, on y retrouve des autrices que j’adore comme Tiphaine HADET – Auteure, Stéphanie Pelerin ou encore Céline Rouillé sans oublier Fanny Vandermeersch que j’ai hâte de découvrir 🤗

C’est vraiment une belle surprise car les nouvelles sont de qualité, ouvertes d’esprit et proposent bien plus que des histoires romantiques convenues et vues mille fois! Dans la première, signée Stéphanie Pélerin, nous faisons ainsi la connaissance de Vijay, un jeune vendeur de roses qui tente de mettre des sous de côté pour payer son école de commerce, un soir de st Valentin. L’humour et la bienveillance de ce jeune homme m’ont touché, et j’ai eu un vrai coup de ❤ pour son humanité et son petit côté Bridget Jones! Il est d’ailleurs le personnage fil rouge qui traverse les différentes histoires du recueil et que l’on retrouve les soirs de st Valentin

Petit coup de cœur également pour l’histoire de Madelaine, cette mamie qui monte à la capitale pour débusquer la prétendue infidélité de John, son nouveau petit ami! J’ai eu le sourire aux lèvres tout du long tant cette histoire était fraîche et originale

J’ai été frappée par l’unité du livre que l’on dirait écrit par une seule personne tant les 4 voix des autrices fusionnent et se complètent à merveille ! Elles nous offrent un bien joli recueil, doux et harmonieux, avec toute leur belle sensibilité ❤

Références : « La vie en rose« , Recueil de nouvelles, 288 pages, 8,20€.

Policiers

« Mort sur le Nil », Agatha Christie

Le mythique « Mort sur le Nil » est bien sûr au programme du challenge « Je lis Agatha Christie 2022 » de ce mois de février (sortie ciné oblige!) Le moins que l’on puisse dire c’est que le roman surpasse – et de loin – la version actuelle de Kenneth Branagh, vraiment trop bling-bling et vulgaire à mon goût🙄 !

Dans ce roman, c’est toute l’élégance et cette classe surannée propre à Agatha Christie qui se déploient. Hercule Poirot y embarque pour une croisière sur le Nil aux côtés de personnalités hautes en couleurs : une riche héritière en voyage de noces, son ex-meilleure amie bien décidée à lui rendre la vie impossible, une exubérante écrivaine et sa fille, un médecin autrichien ou encore un communiste dissimulant sa véritable identité. Dans ce huis clos suffocant, l’ambiance devient rapidement explosive et ne tarde pas à dégénérer de manière dramatique jusqu’au meurtre…

Ce roman est l’un de mes préférés, je l’ai beaucoup lu et suis à chaque fois happée par sa mécanique, ses paysages exotiques et cette intrigue incroyable qui conduit à un dénouement de folie. L’intelligence d’Hercule Poirot fait encore une fois des merveilles et il n’y a que lui pour entrevoir la solution dans un tel panier de crabes!

Références : « Mort sur le Nil« , Agatha Christie, aux éditons Le Masque/Livre de poche, 240 pages, 5,60€.

Feel Good

« Confessions d’une fille invisible, rejetée et (un peu) drama-queen », Thalita Rebouças

🌷Spécial ado et préado🌷

Un vent de fraîcheur souffle sur ce roman brésilien au titre irrésistible « Confessions d’une fille invisible, rejetée et (un peu) drama-queen »! Plutôt orientée littérature jeunesse, ce roman bourré d’humour séduira les ados mais aussi ceux qui n’ont pas oublié leur adolescence et le flot d’émotions qui l’accompagne. Il m’a d’ailleurs fait penser au « journal intime de Georgia Nicolson » que j’aimais beaucoup quand j’étais au collège

Ici, c’est la jeune Teanira qui tente de survivre dans son nouvel établissement scolaire de Copacabana, après des années de harcèlement dû à son physique difficile et à son apparence négligée. Si l’histoire semble se répéter dans un premier temps – Tetê devenant la souffre-douleur préférée de la cruelle Valentina – elle parvient néanmoins à nouer une belle amitié avec Davi et Zeca, tout en tombant amoureuse du bel Erick. La jeune fille, qui a la fâcheuse habitude de parler à tort et à travers, prend petit à petit confiance en elle et apprend à s’affirmer.

J’ai adoré l’autodérision de Tetê, et il en faut pour encaisser tout ce qu’elle se prend dans la tête ! Ses maladresses, son envie d’être appréciée pour ce qu’elle est et non pas pour son physique, sa passion pour la cuisine et sa famille déjantée, m’ont fait passer un très bon moment! Le roman parvient ainsi à traiter d’un sujet grave tout en étant imprégné d’espoir. Bien qu’un peu cliché, je l’ai néanmoins apprécié pour sa dimension positive et son héroïne qui ne lâche rien et trouve la force d’arrêter de subir pour s’ouvrir aux autres et leur montrer qui elle est… Un beau roman sur l’amitié adolescente ❤

Références : « Confessions d’une fille invisible, rejetée et (un peu) drama-queen« , Thalita Rebouças, aux éditions Michel Lafon, 285 pages, 15,95€.

Feel Good

« Et ton silence commence à raconter », Virginie Sarah-Lou

Ame sensible ou cœur tendre, foncez sans hésiter sur ce magnifique roman! Émotions garanties au contact de Marcel, bientôt 95 ans, qui se replonge dans ses souvenirs pour le plus grand plaisir de Pauline, son infirmière à domicile

Pour elle, si perdue dans sa vie amoureuse, il accepte de remonter le temps et de faire revivre celle qu’il a aimé plus que tout depuis l’adolescence, sa fée, son unique amour, Jeanne. Une histoire émouvante, forcément contrariée et jalonnée d’embûches mais ô combien bouleversante !

Au-delà de la magnifique histoire d’amour de Jeanne et Marcel, c’est surtout la grande humanité de ce vieux monsieur que j’ai adoré. Foncièrement bon et tolérant, Marcel a accepté les épreuves de la vie, supportant tout par amour, ne jugeant jamais les autres ni leurs choix. Et, ce qui ne gâche rien, le bonhomme est aussi doté d’un humour ravageur qu’il manie quotidiennement en charriant son infirmière qui, elle non plus, n’a pas sa langue dans la poche ! Un petit bijou 😊

Référence : « Et ton silence commence à raconter« , Virginie Sarah-Lou, aux éditions Ramsay, 338 pages, 16,90€.

Romans étrangers

279 lettres pour se retrouver, Jaclyn Moriarty

Grande fan des romans de Liane Moriarty, je ne pouvais pas passer à côté de celui de sa sœur Jaclyn !

J’y ai retrouvé avec plaisir l’Australie et cette énergie matinée de folie que j’aime tant chez Liane Moriarty! L’intrigue est particulièrement originale puisque l’on y suit le parcours de vie d’Abby, une jeune femme qui reçoit depuis l’adolescence de mystérieuses lettres lui donnant des conseils de vie et de développement personnel. Parvenue à la trentaine, Abby reçoit une invitation pour un week-end tous frais payés sur l’île Taylor (au large de la Tasmanie) assortie d’une promesse : toute la vérité sur ces lettres qu’elle reçoit depuis 20 ans lui sera enfin révélée à l’occasion de ce séjour! Curieuse, bien qu’un peu méfiante, la jeune femme accepte l’invitation et ne tarde pas à se retrouver en compagnie d’une vingtaine de personnes, tous dans la même situation qu’elle… Qu’elle est donc cette grande vérité qui doit leur être révélée ?

Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est un roman monté sur ressorts tant l’intrigue se révèle dense et trépidante. Le cerveau d’Abby semble d’ailleurs tourner à 100 à l’heure et j’avais parfois envie de la mettre sur pause pour qu’elle arrête de partir dans tous les sens ! Elle m’est devenue plus sympathique lorsqu’elle commence à dévoiler ses failles et cette blessure intime qu’elle traîne depuis l’adolescence, ce qui permet de comprendre pourquoi elle a joué pendant si longtemps le jeu de ces lettres énigmatiques sans y mettre un terme. Des lettres loufoques mais parfois si justes qu’elles touchent au ❤

Sans être un coup de cœur, j’ai trouvé cette lecture distrayante notamment pour cette part de mystère qui pousse à tourner les pages afin de découvrir le secret de cette mystérieuse correspondance qui accompagne Abby depuis son adolescence…

Références : « 279 lettres pour se retrouver« , Jaclyn Moriarty, aux éditions Michel Lafon, 478 pages, 19,95€.