Romans étrangers

Impossible, Erri De Luca

En 2 mots : Comme une envie de prendre un grand bol d’air pur à la montagne suite à ma lecture du dernier roman d’Erri De Luca : « Impossible »!

Au cœur des Dolomites, Erri De Luca nous propose un mystère particulièrement fascinant : l’histoire d’un homme soupçonné d’avoir poussé du haut de la montagne un ancien camarade de ses jeunes années d’engagement politique. Un ami intime devenu un traître après l’avoir dénoncé aux autorités il y a près de 40 ans. Pourtant, notre héros prétend ne plus avoir revu cet ex-ami depuis des décennies, ignorant même qu’ils cheminaient tous deux à quelques centaines de mètres l’un de l’autre. Leur présence à tous deux sur cette vire isolée relèverait alors de la simple coïncidence. Mais une telle coïncidence paraît en vérité purement et simplement impossible, surtout lorsque l’un des deux termine raide mort au fond d’un ravin…

Mon avis : Un récit très original de par sa construction qui alterne entre l’interrogatoire de notre accusé par un jeune juge, décidé à faire la lumière sur cette mort suspecte, et les états d’âme de notre prisonnier.

L’histoire offre un beau suspense car l’on se demande tout du long si notre homme a poussé son ancien camarade du haut de la montagne ou s’il a simplement donné l’alerte en découvrant un homme mort, victime d’une mauvaise chute, comme il le prétend…

De belles réflexions philosophiques sur la vie, le pardon, la montagne, l’engagement politique et la résilience ponctuent ce récit entre joutes verbales, chroniques judiciaires et confessions d’un presque condamné..

Références : « Impossible« , Erri De Luca, aux éditions Gallimard, 176 pages, 16,50€.

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La vie mensongère des adultes, Elena Ferrante

En 2 mots : A Naples, l’adolescence tourmentée de Giovanna qui craint plus que tout de ressembler à sa tante, sorte de sorcière grossière et cruelle aux yeux de ses parents. Une tante diabolisée à tel point que la jeune fille ne l’a encore jamais rencontrée, grandissant à l’abri de sa néfaste influence. Lorsque, surprenant une dispute entre ses parents, elle entend son père dire que l’adolescente est devenue très laide, Giovanna est comme frappée par un sort. Désormais persuadée qu’elle ressemble de plus en plus à cette tante diabolique, aussi bien physiquement que moralement, elle n’a alors qu’une idée en tête : rencontrer Vittoria et voir de ses propres yeux si elle est en train de prendre ses traits…On retrouve ici certains codes du conte de fée avec cette marraine malveillante qui attire une jeune fille innocente dans ses filets afin de la détourner du droit chemin.

Mon avis : Je dois avouer que je n’ai pas été particulièrement emballée par ce roman que j’ai peiné à finir! Quel ennui, quelle déception de ne pas retrouver l’énergie et la force de la saga « L’amie prodigieuse » que j’avais tant aimé. Ici, force est de constater qu’il ne se passe pas grand chose et qu’Elena Ferrante peine à transcender la banalité du quotidien de la famille de Giovanna. Pourtant, cela démarrait bien! Lorsque la jeune fille surprend cette conversation qu’elle n’aurait jamais dû entendre, on sent bien que quelque chose se fracture durablement en elle. Comme un poison qui répandrait son venin en elle, l’adolescente commence à s’imaginer qu’elle aussi porte en elle les vices que l’on reproche à sa tante avant de finir par les adopter à son tour, par mimétisme. La rencontre avec cette femme tant fantasmée débouche alors sur une relation complexe d’amour-haine qui aurait pu se révéler tout à fait fascinante. Cela n’a malheureusement pas été le cas pour moi…

Les chapitres – interminables – n’apportent pas de respiration au roman qui s’étire dans l’attente qu’il se passe quelque chose de marquant. Le texte m’a donc semblé pesant et je n’avais pas cette envie de poursuivre ma lecture, ce désir de voir ce qui allait se passer.

Une petite déception donc, car l’histoire manque cruellement de souffle, de vie, d’émotion alors qu’elle paraissait prometteuse sur le papier.

Références : « La vie mensongère des adultes« , Elena Ferrante, aux éditions Gallimard, 416 pages, 22€.

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Les sept morts d’Evelyn Hardcastle, Stuart Turton

En 2 mots : Dans un manoir anglais perdu au milieu des bois, un homme est chargé d’empêcher le meurtre d’Evelyn, fille de Lord Harcastle. Un crime qui sera commis le soir même, à 23h. Tant qu’il ne sera pas parvenu à résoudre cette énigme, il est condamné à revivre sans cesse la même journée mais, et c’est là le génie du livre!, chaque nouvelle matinée le verra se réveiller dans le corps d’un autre personnage séjournant dans la demeure. Notre homme dispose alors de 8 chances et donc de 8 personnages différents pour collecter des indices, mettre en place alliances et stratégies afin de découvrir la vérité. Mais l’inquiétant manoir est peuplé de personnages troubles qui poursuivent le même but : résoudre le meurtre d’Evelyn Hardcastle pour enfin pouvoir quitter cette demeure maudite!

Mon avis : un livre incroyable, brillant, qui ne ressemble à aucun autre! C’est LE livre à lire durant ce confinement pour être happé par une bonne intrigue. Dans une ambiance empruntant à la fois au jeu vidéo « Alone in the dark » , au cluedo et aux romans d’Agatha Christie, le lecteur est plongé dans un roman à énigmes d’autant plus insolite qu’il est à vu à travers le prisme de 8 personnages différents. J’ai adoré de bout en bout cette histoire qui réunit beaucoup de mes ingrédients favoris : un manoir anglais isolé et inquiétant, des secrets de famille, un meurtre et une enquête passionnante, des rebondissements et du suspens à revendre!

Certes, il y’a beaucoup de personnages et il est nécessaire de bien suivre pour ne pas se retrouver perdu car l’intrigue est particulièrement dense et riche. La topologie des lieux ainsi que la liste des invités et domestiques présents dans la propriété sont indiquées en début du roman, ce qui facilite le repérage. Un roman qui peut donc sembler compliquer avec des boucles temporelles et un héros qui incarne tour à tour 8 personnages différents, mais j’ai trouvé que de nombreux rappels réguliers permettaient de raccrocher les fils de l’intrigue et de se situer dans la chronologie des faits.

J’ai aimé le fait que, à chaque fois que le héros s’endorme ou se fasse tuer, il se réveille dans le corps d’un autre personnage, conservant intact ses souvenirs et tout ce qu’il a appris de son hôte précédant. Fort de ses connaissances, il peut ainsi modifier le cours de la journée et avoir un impact sur les évènements, ce qui se révèle passionnant!

Je reste admirative de la construction de ce roman qui a dû demander à son auteur une sacré gymnastique de l’esprit pour que tout coïncide! Malgré quelques longueurs, je n’ai pas vu les pages se tourner tant j’étais impatiente d’obtenir les réponses aux multiples questions qui ont surgi en cours de lecture. La plupart trouvant leurs réponses dans les dernières pages, permettant au lecteur de refermer le roman sans rester sur sa fin.

Références : « Les sept morts d’Evelyn Hardcastle« , Stuart Turton, aux éditions 10/18, 600 pages, 9,10€.

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Dans la forêt, Jean Hegland

En 2 mots : Un roman vraiment pas comme les autres, qui résonne incroyablement avec la situation du monde d’aujourd’hui… Années 1990, dans une Amérique mystérieusement en déclin, ravagée par les épidémies et les crises successives, deux sœurs tentent de survivre au milieu de la forêt. Privée d’électricité, Nell et Eva subsistent dans leur petite chaumière, préservée de la folie des hommes et du monde. Certes, elles ont dû abandonner leurs rêves – entrer à Harvard pour l’une, devenir danseuse étoile pour l’autre – leurs amis et leur mode de vie mais elles tiennent bon, ensemble.

Ensemble, elles se sont créées un cocon protecteur, fait d’habitudes et de gestes mille fois répétés. Un cocon tour à tour sécurisant puis oppressant, à mesure que les mois passent et que rien ne vient rompre leur isolement… Le poids de la routine, ce sentiment que rien, jamais, ne sera plus comme avant, puis le fol espoir qu’il se passe quelque chose, n’importe quoi, tout plutôt que cette routine lancinante qui les consume à petit feu.

Et bien sûr, il y a la forêt, personnage à part entière du roman. Cette forêt – tant aimée durant l’enfance – préserve les sœurs et garde leurs secrets. Elle enveloppe l’intrigue, comme pour mieux dissimuler nos deux héroïnes et leur offrir un écrin de toute beauté. Ce retour à la terre et à la nature met également en exergue l’obligation de revenir à une vie dépouillée, exempte des technologies modernes. L’on ressent ainsi ,de manière puissante, la difficulté de se déshabituer du confort que l’on a toujours connu : le téléphone ne sonne plus, les lumières ne s’allument plus, l’essence est devenue une denrée rarissime ; la vie s’écoule au rythme des saisons, simplement.

Cette vie en vase clos, seule l’une avec l’autre, permet également d’explorer la complexité des rapports humains. La violence, tapie dans l’ombre et qui ne demande qu’à sortir, lorsque l’autre nous exaspère, la peur du futur, de la mort, de la maladie, du manque de nourriture, exacerbent les sentiments de ces jeunes filles que l’on sent souvent proche de la rupture.

Une lecture qui, je le pressens, restera marquante!

Références : « Dans la forêt« , Jean Hegland, aux éditions Gallmeister, 308 pages, 9,90€.

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Un garçon sur le pas de la porte, Anne Tyler

En 2 mots : « On se demande ce qui peut bien se passer dans la tête d’un tel homme. Tellement étroit d’esprit, borné ; avec des idées si arrêtées. Il n’a aucune perspective ni ambition particulière.  » Voilà en quels termes peu sympathiques Anne Tyler décrit son personnage principal : Micah Mortimer. Et de fait, cet homme englué dans ses habitudes mène une existence plutôt monotone, se partageant entre son auto-entreprise de dépannage informatique et son rôle de concierge au sein de sa petite résidence. Côté vie sociale, Micah a bien une petite-amie mais, là encore, c’est semble t-il, sans entrain particulier. Lorsqu’il trouve un jour sur le pas de sa porte un jeune adolescent qui prétend être son fils, le monde de Micah vacille enfin de sa trajectoire!

Mon avis : Ce roman a eu sur moi un effet presque relaxant tant la vie routinière de Micah inspire la monotonie et le calme. Sans surprise, tout en lui respire la précision et le méticulosité de gestes mille fois répétés. Un mode de vie qui, finalement, loin d’être anxiogène se révèle apaisant car prévisible, anticipable. L’écriture, elle aussi très détaillée, résonne avec ce personnage pointilleux, décrivant ainsi précisément son quotidien, son caractère, les lieux et les gens fréquentés, et ce jusque dans les moindres détails.

J’ai finalement aimé la manière dont Anne Tyler décortique son personnage ainsi que son caractère insipide pour mieux le pousser dans ses retranchements, faisant alors surgir l’inconnu, l’imprévisible sur le pas de sa porte. Dès lors, on se prend à guetter l’électrochoc qui sortira Micah de sa mélancolie. L’envie de le secouer est présente mais l’on se laisserait presque glisser à ses côtés dans cette sorte de torpeur qui le caractérise…

En bref, pas un coup de coeur mais une histoire qui a le mérite d’être calme et tranquille, sans surprise (ni bonne ni mauvaise).

Références : « Un garçon sur le pas de la porte« , Anne Tyler, aux éditions Phébus, 170 pages, 18€.

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La chambre aux papillons, Lucinda Riley

En 2 mots : L’Angleterre déploie ses charmes dans cette saga familiale signée Lucinda Riley, célèbre pour sa série phénomène « Les sept sœurs« . Comme souvent chez l’auteure, le roman alterne entre passé et présent, autour de son héroïne, Posy. Nous faisons ainsi sa connaissance en 1943 alors qu’enfant la petite fille s’amuse dans le jardin familial à attraper les papillons. Spécimens collectionnés par son père dans sa « folie », au fond du domaine. Le temps idyllique de l’enfance prend fin lorsque le père est rappelé au combat. Nous retrouvons ensuite Posy en 2006, âgée de près de 70 ans. Alors qu’elle va bientôt se séparer du domaine familial d’Admiral House, l’occasion est donnée à Posy de revenir sur les évènements qui ont marqué sa vie et celle de sa famille.

Mon avis : Une saga familiale « classique » avec ses joies, ses peines, ses drames et ses secrets de famille. J’ai tout particulièrement aimé les descriptions de cette magnifique demeure familiale et de son jardin luxuriant et enchanteur! J’ai toutefois trouvé cette saga un peu longue, mon intérêt ayant mis plus de temps à s’éveiller et à se maintenir que lors de mes lectures des tomes des « Sept sœurs« .

Néanmoins j’ai retrouvé avec plaisir la plume de Lucinda Riley qui n’a pas son pareil pour raconter des histoires de famille et nous embarquer dans des récits romanesques et exaltants.

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La sœur à la perle, Lucinda Riley

En 2 mots : Cece, l’artiste incomprise de la famille, se lance à son tour dans la quête de ses origines suite à la mort de son père adoptif. Ses recherches la conduiront d’abord sur les plages idylliques de Thaïlande avant de la propulser dans la chaleur aride du bush australien, sur les traces de son aïeule, la pionnière Kitty Mercer.
Entre quête des origines et quête identitaire, la jeune femme se révèle sur la terre de ses ancêtres, retrouvant même le goût de peindre qui l’avait déserté depuis si longtemps.

Mon avis : Encore une petite pépite signée Lucinda Riley qui nous emmène cette fois au cœur de l’Outback australien pour le quatrième tome de sa saga « Les sept sœurs »! Dépaysement et aventure romanesque garantis 😊!

CeCe n’était pourtant pas la sœur dont je me sentais le plus proche, loin de là, et j’avoue même avoir un peu traînée avant de découvrir son histoire. Je la trouvais trop autoritaire, possessive et jalouse. Pourtant, bien vite, c’est une jeune femme attachante et tout en nuances que j’ai découverte. J’ai aimé suivre sa transformation, la voir enfin se dépêtrer de ses complexes et gagner confiance en elle et en son art.

Comme toujours, on en prend plein les yeux, tant l’autrice restitue bien les paysages, les odeurs et l’ambiance de l’Australie, terre de tous les possibles mais également de tous les dangers. Un pays d’ailleurs encore divisé par les tensions entre les aborigènes et les descendants des colons européens. Richement documenté, ce roman m’a appris plein de choses sur le plan historique mais aussi artistique, en mettant en lumière l’art aborigène et son plus célèbre représentant : Albert Namatjira.

Ce quatrième tome, peut-être le plus sauvage jusqu’à présent, fait la part belle à la nature luxuriante et aux grands espaces de l’Australie. Cette immensité, la chaleur torride, la faune et la flore donnent à cette lecture un parfum d’exotisme enivrant. On voyage, on respire, on s’émerveille, bref un pur plaisir de lecture !

Références : « La sœur à la perle », Lucinda Riley, aux éditions Charleston, 608 pages, 19€.

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La belle de Jérusalem, Sarit Yishai-Levi

En 2 mots : A Jérusalem, dans la famille Hermosa, ce sont les femmes qui tiennent le premier rôle auprès de Gabriel, le patriarche. Autour de lui gravitent ainsi ces trois filles, sa mère Mercada, une femme aigre et cruelle, ainsi que sa femme, Rosa, effacée et peu éduquée. « La belle de Jérusalem » s’attache à suivre la vie des membres de ce clan de juifs espagnols tout au long du XXe siècle. La famille traversera ainsi l’occupation britannique, la seconde guerre mondiale, la déclaration d’indépendance d’Israël en 1948 ainsi que la guerre civile entre arabes et juifs qui en découla. Dans cette ville mythique, sans cesse à feu et à sang au gré des tensions et des aléas géopolitiques, le clan Hermosa tente tant bien que mal de survivre et de s’adapter, déchiré entre le poids des traditions et l’aspiration à plus de modernité et de liberté souhaitée par les jeunes générations.

Mon avis : Une formidable saga familiale, intense et passionnelle! Bien que le roman puisse paraître interminable du fait de ces longs chapitres (en moyenne 70 pages!), je me suis passionnée pour l’histoire tourmentée de cette famille. Luna, l’aînée des filles de Gabriel, vive et indépendante, incarne ainsi une héroïne moderne qui essaie de s’émanciper du poids des traditions en acceptant un emploi, à l’image de sa sœur cadette Rahelika, qui trouve sa voie en s’engageant dans une organisation clandestine qui lutte pour libérer Jérusalem des ingérences étrangères. Ces femmes fortes, élevées dans un pays instable, m’ont vraiment impressionné par leur courage et leur force : toutes apprennent à faire face, après avoir connu l’opulence, à une vie de privation où les dangers de la guerre et de la famine sont omniprésents. Elles font souffler un vent de liberté dans un roman où l’on sent à chaque page le poids du patriarcat et des traditions millénaires que l’on n’ose pas briser, quitte à rater sa vie. L’exemple de Gabriel, obligé d’épouser une femme qu’il n’aime pas, sur ordre de sa mère, est un parfait exemple de ce carcan des traditions qui broie et oppresse les individus déviants. Il traverse ainsi le roman éternellement malheureux, coupable d’avoir perdu son amour de jeunesse pour n’avoir pas oser défier sa mère. L’histoire semble, hélas! se répéter avec la génération suivante, faisant de Luna la nouvelle victime de cette malédiction des histoires d’amours malheureuses à laquelle semble vouer les membres du clan…

Le personnage de Rosa, plutôt taciturne, se révèle également très intéressant, tout en nuances. Malgré son manque d’éducation et son respect des traditions, elle n’hésite pas, dans l’ombre, à dévoiler une personnalité plutôt trouble et des pensées parfois choquantes.

Le féminisme est certes très peu présent dans ce roman qui apparaît, par bien des côtés comme profondément archaïque et intolérant, en décrivant le fonctionnement de la société de l’époque. J’ai néanmoins été frappée par l’incroyable solidarité qui règne dans le roman ; solidarité entre les membres de la famille Hermosa mais aussi entre tous les habitants de leur quartier qui forment une communauté soudée et très liée, dans les bons comme les mauvais moments. Cela reste un très beau roman de femmes ; des femmes lumineuses, indépendantes et courageuses, chacune à leur manière.

Coup de cœur également pour le style de Sarit Yishai-Levi, cette manière de mêler du judéo-espagnol au texte, a contribué à donner profondeur et authenticité à ce récit. J’ai trouvé le roman agréable à lire, fluide et bien rythmé. Malgré quelques allers-retours passé/présent au début du roman, le texte suit ensuite un rythme plus linéaire et chronologique.

J’ai adoré suivre cette famille sur quatre générations, les voire évoluer, vivre et aimer au fil de l’histoire tourmentée de Jérusalem, véritable héroïne du roman!

Références : « La belle de Jérusalem« , Sarit Yishai-Levi, aux éditions Charleston, 560 pages, 22,50€. Sortie prévue le 15/09/2020.

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La sœur de l’ombre, Lucinda Riley

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En 2 mots : Star, l’énigmatique 3ème sœur de la famille d’Aplièse part elle aussi à la recherche de ses origines après le décès de son père adoptif, Pa Salt. Munie des précieux indices qu’il lui a laissé, la jeune femme fait la connaissance d’Orlando, un extravagant libraire de Kensington et tombe amoureuse de sa propriété de famille, High Weald, située dans le Kent. Aux côtés d’Orlando et de son frère Mouse, Star explore le passé de Flora MacNichol, une jeune aristocrate anglaise du début du XXe siècle, dont elle serait peut-être l’une des descendantes. Ce troisième tome entraîne le lecteur à travers la campagne anglaise et le Londres des années 1910, sous le règne d’Edouard VII, à la rencontre de certaines des figures les plus célèbres de l’époque, Beatrix Potter et Alice Keppel en tête.

Mon avis : ça commence à devenir redondant mais, encore une fois, j’ai adoré! Je dirais même que l’intrigue construite autour de Star est à ce jour ma préférée car elle contient tout ce qui me fait vibrer : Londres et la campagne anglaise, un manoir en ruine, l’aristocratie et la famille royale sans oublier l’amour des livres et de la littérature!

Star se révèle également être une héroïne sensible et particulièrement touchante, que j’ai pris plaisir à voir sortir de sa coquille. Constamment dans l’ombre de sa sœur CeCe depuis l’enfance, elle s’émancipe enfin de cette dernière pour construire une vie qui lui plait réellement, au cœur de la nature et des livres. J’ai été touchée par sa gentillesse et sa bonté, par sa discrétion et par son envie de vivre une vie toute simple, à la campagne. Toujours soucieuse des autres, la jeune femme prend soin des êtres qui lui sont chers et aspire à un bonheur simple, ce qui fait du bien vu le monde effréné dans lequel on vit.

Comme dans les tomes précédents, le récit contemporain alterne avec une héroïne du passé, Flora, qui nous plonge dans une histoire digne de Downton Abbey! L’adolescence préservée de la jeune fille qui s’épanouie dans la région des Lacs entourée de sa famille et de ses animaux avant d’être propulsée dans les milieux mondains de la haute société londonienne m’a tout simplement passionnée! Mêlant une nouvelle fois la petite et la grande histoire, Lucinda Riley imagine une intrigue captivante – voire royale! – et très immersive. La destinée romanesque de Flora réserve ainsi son lot de surprises et de rebondissements pour le plus grand plaisir du lecteur.

Enfin, comme dans les deux premiers tomes, l’immersion dans la culture du pays choisi est à nouveau un bonheur. Après le Brésil et la Norvège, l’intrigue se situe cette fois en Angleterre et, bien que moins exotique, j’ai beaucoup apprécié les descriptions des balades dans la nature au rythme des saisons, les soirées au coin du feu à déguster tasses de thé et petits plats préparés par Star, véritable fée du logis à High Weald. Toute cette atmosphère feutrée enveloppe la lecture d’une aura chaleureuse et cocooning que j’ai adoré. D’ailleurs, grâce à l’écriture très visuelle de Lucinda Riley, on s’imagine sans peine dans ce manoir !

Une lecture vraiment addictive car, malgré les presque 600 pages, ce tome 3 est passé à toute vitesse!

Références : « La sœur de l’ombre« , Lucinda Riley, aux éditions Charleston / Livre de poche, 589 pages, 19€.

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La danse de Martha, Tom Saller

En 2 mots : La vie de Martha Wetzlaff (1900-2001), jeune artiste originaire de la campagne polonaise, devenue étudiante au sein de la très controversée école d’art du Bauhaus. L’émulsion artistique, la montée du nazisme et l’éclatement de la seconde guerre mondiale propulseront cette jeune fille un peu perchée dans une existence tour à tour exaltante et terrifiante, jusqu’à sa disparition mystérieuse en 1945. Les souvenirs de la jeune fille refont finalement surface à New-York en 2001, lorsque son arrière petit-fils propose à la maison d’enchères Sotheby’s un carnet ayant appartenu à son aïeule et renfermant de véritables trésors, notamment des croquis et des esquisses de maîtres tels que Paul Klee ou Vassily Kandinsky…

Mon avis : Une plongée intéressante dans l’Allemagne des années 20, de la République de Weimar à l’apogée du courant artistique du Bauhaus. On y croise des figures célèbres, Paul Klee et Kandinsky en tête, tout en suivant les années d’études de la jeune Martha qui s’épanouie peu à peu dans cette école d’avant-garde. J’ai aimé suivre le destin de cette curieuse jeune fille, qui voit et entend des choses que les autres ne perçoivent pas. Sa sensibilité toute particulière la conduit ainsi à explorer différentes disciplines artistiques jusqu’à trouver sa voie : celle de la danse, de la mise en mouvement du corps pour traduire au mieux ses perceptions et ses ressentis.

Une petite dose de suspens bienvenue est également présente puisque l’on perd la trace de Martha à partir de 1945 et que l’on a de cesse de se demander ce qu’elle est devenue. L’intrigue parallèle de la vente aux enchères du carnet – pour près de 45 millions de dollars! – apporte elle aussi son lot de mystères et d’interrogations.

Si l’histoire m’a plu sur le fond, je déplore un peu la forme minimaliste du texte, avec ce style très sobre – presque austère – qui caractérise Tom Saller. Les phrases sont courtes, percutantes, presque télégraphiques mais perdent malheureusement en émotion…

Une lecture enrichissante, servie par une héroïne fantasque et courageuse en plein cœur du Bauhaus!

Références : « La danse de Martha« , Tom Saller, aux éditions Charleston, 256 pages, 22,50€. Sorti le 22 septembre 2020.