Romans étrangers

Klara et le soleil, Kazuo Ishiguro

En 2 mots : Klara, une robot androïde ultra perfectionnée, exerce ses talents d’observatrice derrière la vitrine du magasin dans lequel elle est exposée. En compagnie de son amie Rosa, également AA (« amie artificielle »), elle attend patiemment le jour où elle sera adoptée par une bonne famille. De parfaits animaux de compagnie modernes. Jour qui finit par arriver lorsqu’une jeune adolescente malade, prénommée Josie, jette son dévolu sur Klara. Commence alors, dans une luxueuse maison isolée au milieu des champs, une étrange cohabitation de femmes : il y’a Klara et Josie bien sûr, rapidement inséparables, mais aussi la mère et gouvernante Melania, toute deux faisant planer une tension latente. Bien vite, on comprend que Josie est atteinte d’un mal mystérieux et que Klara n’est pas arrivée là par hasard….

Mon avis : le sujet de ce roman a d’emblée piqué ma curiosité tant je trouve que Kazuo Ishioguro n’est jamais autant à l’apogée de son art que lorsqu’il nous parle d’un futur visionnaire, à la fois mélancolique et inquiétant. Un peu comme dans « Auprès de moi toujours« , nous sommes lâchés dans un monde plus ou moins futuriste et dont nous ne parvenons jamais totalement à maîtriser les codes ni à saisir les règles en vigueur. Nous ignorons ainsi tout du mal mystérieux qui frappe Josie tout comme nous savons peu de chose du contexte dans lequel se déroule cette histoire. Ni date, ni lieu dans ce roman où l’auteur se plait à laisser délibérément ses lecteurs dans le flou. Beaucoup de questions restent donc sans réponse à la fin mais cela ne semble plus si important tout compte fait tant les grandes interrogations paraissent secondaires une fois que l’on s’est laissé happer par l’univers – très restreint – que compose les personnages.

J’ai aimé cette atmosphère mélancolique et poétique qui doit beaucoup au côté naïf de Klara, cette AA qui semble parfois plus humaine que les personnages de chair et de sang. Elle, qui pense qu’elle pourra sauver sa petite maîtresse en adressant des suppliques à ce Dieu Soleil qu’elle vénère autant qu’elle le craint, m’a touché, parfois même émue.

Ce récit amène de nombreuses réflexions sur notre futur, plus ou moins proche, et sur la place croissante qu’occupe les nouvelles technologies dans nos existences. Il nuance néanmoins les visions les plus catastrophiques en faisant des humanoïdes de bonnes « personnes », dévouées aux humains. Il a également le mérite de poser la question de la bientraitance envers les AA, tour à tour considérés comme presque humain puis réduits la page d’après au rang d’objet utilitaire avec obsolescence programmé. Un roman édifiant qui donne à réfléchir sur nous-même et notre rapport au « monde d’après ».

Références : « Klara et le soleil« , Kazuo Ishiguro, aux éditions Gallimard, 384 pages, 22€.

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