Non classé·Romans français

Les choses humaines, Karine Tuil

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En 2 mots : Jean Farel, présentateur vedette à la TV, mène une vie parisienne bourgeoise, ne se préoccupant que de lui-même et de ses intérêts. Séparé de sa femme, Claire, une essayiste à la mode aussi froide et insensible que lui, ils se préoccupent tous deux fort peu de leurs fils Alexandre, jeune garçon promis à la gloire de Stanford ainsi qu’à une brillante carrière aux Etats-Unis. Lorsqu’une plainte pour viol est déposé contre Alexandre, la vie égocentriste de la famille Farel se retrouve sous le feu des projecteurs. Livrés en pâture aux médias et aux réseaux sociaux, excités par la récente mise en lumière de l’affaire Weinstein et du mouvement #metoo, les Farel commencent leur descente aux enfers…

Mon avis : Un roman brillant mais dérangeant qui a mis un peu de temps à démarrer. J’ai en effet été moins séduite par le premier tiers, axé sur la présentation de la famille Farel, dont n’émane aucune sympathie ni empathie. Les personnages sont très bien dépeints mais domine l’impression d’être projeté dans un monde où les relations humaines sont déshumanisées, brutales et intéressées. Tout n’est que façade et faux-semblants, un univers bourré de clichés où règne un froid glacial. Le contexte est planté : celui des hautes sphères du pouvoir et de l’argent. Mais derrière la façade clinquante, les vies de ces happy few sont creuses et tristes à mourir. On se demande comment ces gens imbus d’eux-même peuvent se supporter…

Lorsque la plainte est déposée, enfin! Le roman s’emballe et livre une seconde partie haletante et presque jubilatoire, dans laquelle le lecteur se réjouirait presque de voir ces êtres suffisants et méprisants tomber de leur piédestal. Les versions se confrontent, un sentiment d’ambivalence est présent. On ne sait plus qui croire, qui dit la vérité, qui ment,  et l’on s’attend à un ultime rebondissement, une révélation finale qui mettrait fin  au suspens, à ce parole contre parole insoluble.

Le roman s’attache à une certaine impartialité, ne basculant ni dans un camp ni dans l’autre, préférant sans cesse flirter avec la zone grise, avec deux vérités et deux manières d’avoir vécu cette funeste soirée. Les plaidoiries, les débats d’idées et les questions de société sont la vraie force de ce roman instructif et bien documenté, criant de vérité.

Alors oui, c’est remarquablement bien écrit et la deuxième partie tient toutes ses promesses en se révélant haletante et passionnante. Reste le sentiment de lire le roman de la nausée moderne, à travers une histoire éminemment contemporaine et d’actualité, mais manquant cruellement d’émotions! Un tel roman ne pouvait sans doute être écrit que sur un terreau de suffisance nauséabond mais cela a pu rendre ma lecture pesante et dérangeante.

Je retiendrai la partie consacrée à la mise en branle de la machine médiatique, à partir du dépôt de plainte, et le traitement médiatique du procès qui m’ont captivé au point de lire les deux tiers restant d’une seule traite, complètement captivée par ce spectacle cruel et contemporain.

Références : « Les choses humaines« , Karine Tuil, aux éditions Gallimard, 352 pages, 21€.

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