Non classé·Romans français

Rhapsodie des oubliés, Sofia Aouine

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En 2 mots : coup de cœur pour le style décapant de ce texte urbain, âpre et cru, qui pulse l’urgence de vivre! Dans son premier roman, Sofia Aouine nous raconte l’histoire d’Abad, un ado libanais débarqué à Paris avec sa famille pour fuir les horreurs de son pays. Son territoire : la rue Léon, dans le quartier populaire de la Goutte d’Or, où les apprentis djihadistes règnent en maître et verrouillent les libertés et les espoirs. Grâce à un style très oral, à la fois vif et percutant, le lecteur a l’impression d’être plongé aux côtés d’Abad, dans ce quartier misérable, peuplé de prostitués, de toxico et de malheureux en quête d’une vie meilleure. Le jeune garçon raconte, avec ses mots d’ado, son mal-être, ses obsessions, son-ras-le-bol de cette vie au rabais mais aussi les petites touches de lumière qui illuminent son quotidien, les rencontres qui comptent.

Mon avis : un roman pourtant loin de mes lectures habituelles mais qui interpelle dès les premières lignes! L’intensité qui se dégage de ce texte, grâce à des phrases courtes et implacables comme un couperet, m’a tenu en haleine tout du long, happée par l’urgence de vivre et la frénésie qui se dégage des mots d’Abad. 

Le jeune garçon dénonce avec ses mots incisifs, la violence / la saleté / le néant / l’obscurantisme comme seul horizon et dresse ainsi un tableau noir à pleurer, noir à vomir de son avenir frappé par le déterminisme social. La honte, la déception de s’enliser dans une vie médiocre une fois arrivée à Paris, tout ça transparaît avec une tristesse folle dans ce roman qui met en lumière les ghettos parisiens dans toute leur splendeur et leur décadence.

Trouver sa place – dans sa famille, dans son pays d’accueil – est également l’un des thèmes majeurs de « Rhapsodie des oubliés« . Abad se sent exilé, éternel étranger ni vraiment d’ici ni vraiment d’ailleurs, condamné à errer dans un entre-deux, coincé dans les limbes car jamais légitime ni légitimé…

Enfin, j’ai adoré la richesse linguistique du phrasé d’Abad, qui laisse jaillir les mots à toute allure dans un bain de langage mélangeant des mots d’argot, de verlan et de français, des surnoms et des mots inconnus. Tous traduisent la profondeur de ce roman, sans fioritures ni faux semblants. Il va à l’essentiel, dit les choses telles qu’elles sont, crûment, sans épargner le lecteur et c’est pour le mieux!

En bref, un roman puissant qui touche au cœur de par sa rage de vivre!

Références : « Rhapsodie des oubliés« , Sofia Aouine, aux éditions de la Martinière, 208 pages, 18€.

 

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